vendredi , 23 août 2019
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Kinshasa : Lemba confronté à la pénurie d’eau depuis plusieurs années

Les habitants de la commune de Lemba, et particulièrement des quartiers Righini et Salongo, sont confrontés à la pénurie d’eau depuis plusieurs années. Loin de s’estomper, ce calvaire s’amplifie de jour en jour au point que les ménages se sentent asphyxiés.

Chaque mois, Jean-Pierre K. est contraint de débourser 41.000 Fc – l’équivalent d’environ 25 dollars américains – pour négocier de l’eau. Ses robinets ne coulent quasiment plus. Les rares fois qu’il peut s’approvisionner à domicile, c’est parfois après trois semaines. Une aubaine que ne ratent pas les occupants de sa parcelle à Salongo, qui profitent de l’occasion pour faire des provisions. Sinon, il leur faudra encore attendre les trois prochaines semaines.
Lassé de cette gymnastique qui ne lui permet plus de mieux approvisionner son foyer en eau potable, ce père de famille, la quarantaine révolue, regrette de n’avoir pas obtenu gain de cause. « Je suis déçu de continuer à vivre sans eau. Came fait encore plus mal de voir ma petite fille de 9ans se laver juste avec un demi seau d’eau de 10 litres. En tant que père, cette situation me fait peiner. Surtout que ce calvaire se répète tous les jours ».

VEILLER POUR PUISER DE L’EAU

A Righini, quartier mitoyen de Salongo, l’eau coule, mais aux compte-gouttes. Si certains privilégiés ont le plaisir de se servir de leurs robinets à loisir, il n’en est pas le cas pour toutes les familles environnantes. Dans certains foyers, l’eau jaillit certes, mais juste cinq fois par semaine. Pire, aux heures tardives.

Bien que certaines avenues du quartier Righini reçoivent l’eau de 1h00 à 4h00 du matin, ailleurs il faut attendre 48 heures pour voir les robinets couler. « Ici chez nous, sur l’avenue Bokolo, l’eau ne jaillit que la nuit. Mais juste après deux jours. Et si donc, on ne se réveille pas à cette heure, on manquera d’eau toute la journée et pendant les deux jours. C’est vraiment une situation difficile ! », se plaint Charlène M., une habitante du quartier Righini.

A LA MERCI DES KULUNAS

Face à la généralisation de la pénurie d’eau, la solidarité s’est développée entre les habitants de Salongo et de Righini. Certains résidents de ces quartiers prennent de plus en plus de risques de sortir la nuit avec des chariots pleins de récipients pour aller quémander de l’eau de porte à porte quand les robinets coulent. Des inconnus n’hésitent donc pas à toquer la nuit sur les grilles, bravant toutes les menaces sur leurs parcours.

« Il nous est même arrivé de nous retrouver nez à nez avec des Kulunas, ces brigands qui menacent les passants la nuit en se servant des armes blanches », nous confie une dame volumineuse, la cinquantaine révolue, qui a coutume à tirer son chariot plein de récipients, avec ses enfants dont l’âge varie entre 6 et 12 ans. « Cette nuit-là, rapporte-t-elle, nous avons eu la chance, car ces brigands avaient eu pitié et nous avaient vite renvoyés à domicile », confesse-t-elle.

EN QUETE D’EAU A LA CITE

Pour ceux qui n’arrivent pas à s’approvisionner la nuit quand jaillit l’eau, ils sont soumis à aller se ressourcer dans d’autres contrées de la ville. Les plus nantis utilisent généralement leurs véhicules pour aller solliciter le service des membres de familles ou connaissances. Mais, ces trajets quotidiens leur coûtent en temps, en carburant et en argent.

« Il m’arrive parfois de dépenser environ 50 dollars le mois pour ramener de l’eau à la maison. Je dois reconnaître que ça me coûte », nous confie un jeune juriste, père de deux enfants, habitant à la cité Salongo.

Pour ceux qui n’ont pas suffisamment de subsides, ils recourent à la sous-traitance des conducteurs de chariots qui vendent de plus en plus de récipients d’eau de porte à porte. « Nous vendons un bidon de 5 litres à 100 Fc et celui de 25 litres à 300 Fc, voire 500 Fc. Ce qui nous permet d’arrondir non dividendes », nous avoue un pousse-pousseur qui fait quotidiennement des navettes à Salongo Sud.

LES FONTAINES, UNE AUBAINE

Face à ce drame, certains propriétaires des parcelles ont pris l’option de devenir eux-mêmes de fournisseurs d’eau potable, en se dotant des fontaines à domicile. « Nous avons dû débourser 10.000 dollars pour faire appel à des sociétés privés qui sont venus nous installer le forage à domicile. Nous en avions déjà marre de passer huit ans à Salongo Sud sans avoir la moindre goutte d’eau. Nous étions ainsi contraints de patrouiller la ville en véhicule pour quémander de l’eau. Ce qui nous coûtait au moins 60 dollars le mois. Aujourd’hui, c’est à nous maintenant d’approvisionner nos voisins, de jour comme de nuit, moyennant 50 Fc le bidon de 5 litres et 200 Fc le récipient de 25 litres », rapporte Maman Mado.

Malgré la présence de ces propriétaires des fontaines qui raccourcissent la distance d’approvisionnement en eau potable, des femmes et enfants à très bas âge continuent à parcourir de longs kilomètres à pied pour chercher de l’eau, munis de leurs bidons. Ils quittent souvent leurs maisons dès l’aube, d’autres mineurs portent même des uniformes.

QUAND LA PLUIE SAUVE

« Mais, quand il pleut, plusieurs ménages de Salongo et de Righini bénissent le Ciel pour cette aubaine. Les habitants de ces quartiers en profitent pour remplir leurs récipients d’eaux de pluies et se livrent aux travaux de ménages : vaisselles, lessive, nettoyage des locaux… », nous révèle Simone Mbinga, jeune diplômée en communication socio-éducative, habitant Righini.

La population de cette contrée de Lemba n’arrive pas à comprendre pourquoi l’eau potable se fait si rare alors qu’à Salongo tout comme à Righini, la Regideso a installé des stations de distribution d’eau. Selon un agent œuvrant au site de cette régie à Righini, le problème de desserte en eau est sans doute dû au vieillissement du moteur qui permet de pomper l’eau vers les tuyaux de canalisation.

Il soutient, par ailleurs, que le relief escarpé de Salongo et de Righini ne facilite pas non plus l’acheminement de l’eau dans toutes les zones, faute de courant à suffisance. « Une anomalie qui ne pourrait être réglée qu’avec l’appui du Gouvernement, vu le coût élevé des équipements à maintenir ou à acquérir », lâche notre interlocuteur.

[Tania MUBUADI et Yves KALIKAT]

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