samedi , 21 juillet 2018
Accueil / International / Asie / Angleterre : Expulsion de 23 diplomates et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie

Angleterre : Expulsion de 23 diplomates et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie

La Première ministre britannique Theresa May a annoncé mercredi l’expulsion de 23 diplomates et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie, après avoir déclaré Moscou « coupable » de l’empoisonnement d’un ex-espion russe sur son sol, s’attirant les foudres du Kremlin. Le ministère russe des Affaires étrangères a répliqué en dénonçant « une provocation grossière », accusant Londres d’avoir « fait le choix de la confrontation ». « Nos mesures de riposte ne se feront pas attendre », a menacé Moscou. Theresa May a dénoncé devant le Parlement « un usage illégal de la force par l’État russe contre le Royaume-Uni » et jugé « tragique » la « voie choisie » par le président russe Vladimir Poutine, qui n’a pas répondu à sa demande d’explication sur cette affaire.

Elle s’exprimait dix jours après l’empoisonnement d’un ex-espion, Sergueï Skripal, 66 ans, et de sa fille Ioulia, 33 ans, victimes d’une attaque avec un agent innervant militaire de fabrication russe à Salisbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

A New York, lors d’une session du Conseil de sécurité convoquée en urgence à la demande de Londres, les Etats-Unis, « solidaires du Royaume-Uni », ont aussi affirmé que « la Russie était responsable » de cet empoisonnement. Une accusation rejetée en bloc par Moscou.

Pour plusieurs experts, la réaction britannique est restée mesurée.

Le niveau de réponse est même « particulièrement faible », estime Mathieu Boulègue, chercheur au cercle de réflexion londonien Chatham House, pointant l’absence de sanctions financières. Pour Jonathan Eyal, du centre de réflexion RUSI, il s’agit d’une « première étape » et Theresa May « s’est gardée des munitions ».

Appels à la vigilance

L’escalade des tensions entre le Royaume Uni et la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité, intervient à quelques jours de l’élection présidentielle en Russie, dimanche, dont le président Vladimir Poutine est le grand favori, et à trois mois de la Coupe du monde de football en Russie.

Theresa May a précisé que Londres n’enverrait aucun représentant, diplomate ou membre de la famille royale, à la compétition.

Ce choix n’aura « pas d’impact sur la qualité du tournoi », ont commenté les organisateurs russes, déplorant que « tout le monde n’adhère pas au principe de laisser le football en dehors de la politique ».

Le ministère britannique des Affaires étrangères a par ailleurs appelé à la « vigilance » les Britanniques souhaitant se rendre en Russie, redoutant des réactions hostiles à leur encontre.

La Russie disposait jusqu’ici de 59 diplomates accrédités au Royaume-Uni. Les 23 diplomates ciblés, considérés par Londres comme des « agents de renseignement non déclarés », ont « une semaine » pour quitter le territoire. Il s’agit de la vague d’expulsion de diplomates russes par le Royaume-Uni la plus importante depuis la guerre froide.

Theresa May a aussi menacé de geler les avoirs de l’Etat russe. Ajoutant qu’elle suspendait « tous les contacts bilatéraux de haut niveau prévus », elle a toutefois dit « continue(r) de croire que ce n’est pas dans notre intérêt national de couper tout dialogue ».

A l’ONU, plusieurs pays – France, Pologne, Pays-Bas, Suède… – ont apporté leur soutien à Londres, d’autres – Chine, Kazakhstan, Ethiopie, Bolivie – appelant à la prudence et à une « enquête indépendante » et « dépolitisée ».

Novitchok

Peu avant la réunion, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait qualifié d' »inacceptable » l’utilisation d’agents innervants comme arme, soulignant que « son utilisation par un Etat constituerait une violation grave du droit international ».

Le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé que la Russie était « très probablement » derrière cette « attaque brutale » et annoncé qu’il allait demander à mettre le sujet à l’agenda du sommet européen prévu la semaine prochaine.

L’Otan a sommé la Russie de répondre aux questions posées par le Royaume-Uni et qualifié l’empoisonnement de Skripal de « violation flagrante des normes et accords internationaux » sur les armes chimiques.

Le président américain Donald Trump avait estimé mardi qu’il « doit y avoir des conséquences pour ceux qui usent de ces armes odieuses en violation flagrante des normes internationales », selon la Maison Blanche.

Retrouvés inconscients le 4 mars sur un banc à Salisbury, Sergueï Skripal et sa fille sont hospitalisés depuis dans un état « critique ». Un policier britannique qui était intervenu est lui dans un état grave.

Selon Theresa May, la substance utilisée contre eux appartient au groupe des agents toxiques « Novitchok », mis au point par la Russie à l’époque soviétique.

L’un des « pères » des « Novitchok », Vil Mirzaïanov, qui vit aux États-Unis, a affirmé à l’AFP que la Russie était le seul pays capable de produire et déployer un agent innervant aussi puissant.

L’affaire a rappelé aux Britanniques le cas d’Alexandre Litvinenko, ancien agent secret russe empoisonné au polonium-210 et mort à Londres en 2006. La responsabilité de la Russie avait été établie par un juge britannique dans cette affaire.

[Afp]

A lire aussi

RDC : Le processus électoral risque de prendre de l’eau

Le processus électoral risque de prendre de l’eau. La faute au manque de volonté politique. …

Laisser un commentaire