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Coordonnateur du journal ” Le Phare “, Jacques Kimpozo Mayala
Coordonnateur du journal ” Le Phare “, Jacques Kimpozo Mayala

Outrage à « Kabila » : Le journaliste Jacques KIMPOZO MAYALA interpellé à Kinshasa

Le Coordonnateur du journal  » Le Phare « , Jacques Kimpozo Mayala, s’est vu interpellé dimanche 04 mars 2018 vers midi, à la hauteur de l’arrêt Pascal, par trois agents en civil se réclamant de  » l’Etat-Major Renseignements/ Antenne Tshangu « , au moment où il s’apprêtait à prendre un taxi pour sa rédaction, à Gombe. Après un rapide contrôle d’identité (carte d’électeur et carte de presse), l’un d’eux s’est saisi de son téléphone portable Androïd, de marque Samsung. Au terme d’un  » check  » rapide de ce phone, en plein air, il a aussitôt retenu à sa charge l’infraction d’outrage au Chef de l’Etat, Joseph Kabila, à la Police Nationale Congolaise ainsi qu’aux institutions de la République. Selon son verdict, les différents messages et images en libre circulation dans les réseaux sociaux et représentant différentes personnalités politiques de l’Opposition comme de la Majorité, les dernières marches des chrétiens catholiques, les communiqués de presse de Majorité comme de l’Opposition, de la CENI, de la Monusco, de la Cenco, les débats télévisés… bref, tout ce qui se trouvait dans le téléphone du Coordonnateur du  » Phare  » représentait un grand danger pour la Nation.

Conduit manu militari auprès de ses « chefs » dont le bureau est caché dans un vieux bâtiment dont la façade porte le label de la police, en face de l’arrêt Pascal, du côté de Masina, le pauvre journaliste a été aussitôt verbalisé. Dans son procès-verbal d’audition, l’officier instructeur a confirmé, après avoir visionné lui aussi les données de son téléphone, les charges d’outrage au Chef de l’Etat, à la Police Nationale Congolaise et aux institutions de la République.

Le journaliste a eu beau leur expliquer qu’il était techniquement impossible d’éviter les messages et images qui inondent les réseaux sociaux et partant leurs utilisateurs, sa cause était entendue. Il ne restait plus qu’à attendre la décision de son transfert soit à l’ex-Démiap, soit à l’ANR ou aux services du Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité. Ayant constaté que l’affaire prenait une tournure dangereuse pour lui, Jacques Kimpozo a sollicité et obtenu l’autorisation de communiquer avec sa rédaction ainsi qu’avec le Secrétaire général de l’Union nationale de la Presse du Congo, Benoît Kambere.

Après deux heures de flottement et des échanges téléphoniques en cascade entre ceux qui le gardaient à vue et leur hiérarchie, le journaliste, dont le téléphone restait saisi, a été mis en communication avec un officier qui s’est présenté comme un colonel. Ce dernier, après l’avoir vertement blâmé à distance, a ordonné sa libération avec restitution de tous ses effets, à savoir téléphone, argent et pièces d’identité. Enfin, il a été demandé à Jacques Kimpozo de repasser ce lundi matin à 10 heures au même bureau, pour connaître la suite de son dossier.

La question de fond, dans l’affaire d’outrage au Chef de l’Etat et aux institutions de la République par le biais des données des réseaux sociaux (internet, wasthap, face book), est de savoir comment échapper aux messages et images qui tombent dans les téléphones de tout le monde pratiquement à chaque seconde. Si le Coordonnateur du  » Phare  » est réellement coupable d’outrage au Chef de l’Etat et aux institutions de la République, la même infraction devrait être retenue contre des agents des services des renseignements, des membres du gouvernement, du Sénat, de l’Assemblée Nationale, des activistes des droits de l’homme, des diplomates en poste à Kinshasa… parce que tout le monde est alimenté par des anonymes des réseaux sociaux.

Ce type d’interpellation pose un problème pour les journalistes, qui ont le malheur de tout recevoir dans leurs téléphones. Doivent-ils se déconnecter des réseaux sociaux ou faut-il leur laisser la latitude de faire le tri dans le tas d’images et informations qui leur parviennent, conformément à leur déontologie et à la loi portant exercice de la liberté de pressé en RDC ?

Dans l’hypothèse où les médias seraient devenus fort nuisibles au pays, la solution radicale consisterait à supprimer carrément le métier de journaliste en RDC.

On peut rappeler, à ce propos, que le dernier incident diplomatique entre la RDC et le Botswana a eu pour support les réseaux sociaux. C’est le lieu de rappeler aussi qu’un ancien vice-ministre des PT/NTIC avait été révoqué du gouvernement à cause d’un sextape diffusé dans les réseaux sociaux. Quant au ministre des Affaires Etrangères, Léonard She Okitundu, à qui avait été attribué également un sextape à travers le même support, il y avait opposé un démenti cinglant par le même canal. C’est dire combien il est devenu difficile, au commun des mortels comme aux personnalités publiques, de contrôler les réseaux sociaux. Alors, pourquoi jeter la pierre au Coordonnateur du « Phare  » ?

[L.P]

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