jeudi , 17 octobre 2019
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Rossy MUKENDI : Ciblé et assassiné

Au cours de sa conférence de presse hebdomadaire, la Mission des Nations Unies au Congo a délié sa langue sur les échauffourées de la journée du dimanche 25 février dernier. Confirmant son bilan de deux morts, la Monusco a confié mener des enquêtes sur les allégations de bavures notamment, au sujet du décès du militant Rossy Mukendi dont les circonstances de mort soulèvent bien de questions au sein de l’opinion. Alors que l’ACAJ soutient qu’il n’a pas été touché par hasard dans la foule mais a été ciblé, et donc assassiné, la Police Nationale Congolaise parle d’un incident imprévu et regretté. Pendant que certaines personnes soutiennent qu’il a été touché par une balle réelle, les forces de l’ordre indiquent que le brigadier auteur de ce tir, aux arrêts présentement, a ouvert le feu avec une cartouche en caoutchouc, sauf que cela a été fait à moins de 20 mètres d’où, l’impact. Par ailleurs, la mort n’est survenue non pas par le fait d’être touché mais de l’hémorragie qui a suivi et, aussi, à cause du retard encouru par ses proches pour l’amener dans un hôpital pour des soins. Voilà, la polémique est belle. A la Monusco, l’heure n’est pas à soutenir ceci ou cela mais d’enquêter pour faire la lumière sur ce cas.

Florence Marchal, porte-parole de cette mission onusienne, l’a affirmé au cours de la conférence de presse de la Monusco. « L’enquête est en cours dans le cadre de notre mandat, nous menons les enquêtes sur la mort du militant pro-démocratie et sur les allégations de violation des droits de l’homme », a-t-elle dit. La veille de la marche du 25 février, le respect des droits de l’homme a pourtant fait l’objet d’une réunion ad hoc entre la MONUSCO et la Police Nationale Congolaise. « Nous avons noté un dispositif plus allégé des forces de l’ordre, malgré le recours à la force à certains endroits pour disperser les manifestants notamment, à Kinshasa, Mbandaka et à Kisangani, nos équipes ont pu voir qu’à certains endroits les marches ont pu avoir lieu », déclare Florence Marshall. Qui révèle que la Monusco était sur terrain le jour-j : « Nous avions les équipes d’observation déployées ici à Kinshasa et sur l’ensemble de la RDC, conformément au mandat qui nous est donné au Conseil de Sécurité. Ce déploiement avait été précédé d’un dialogue mené par le responsable de la mission notamment, par la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies, un dialogue qui avait été mené avec toutes les parties prenantes avant les manifestations de dimanche afin de s’assurer que les marches seraient pacifiques et que les manifestants et les forces de sécurité feraient preuve de retenue. Lors de ces échanges, l’importance du respect du droit du peuple congolais à la liberté d’expression et au droit de manifester avait été également soulignée ». L’opinion attend donc, désormais, les révélations que devra faire la Mission des Nations Unies sur, entre autres, les contours du décès de Rossy Mukendi.

UNE PLATEFORME DES JEUNES EXIGE QUE JUSTICE SOIT FAITE SUR L’ASSASSINAT DE ROSSY MUKENDI

Préoccupées par l’évolution dangereuse de la situation sociopolitique et mus par la volonté de contribuer au changement social positif du pays, des dynamiques des jeunes fustigent l’assassinat de leur frère co-marcheur de lutte pour la justice sociale, Rossy Mukendi.

C’est au cours d’un point de presse tenu mardi 27 février 2018 au sein de leur siège, que Gloire Watshipa, coordonateur du Mouvement citoyen des dynamiques des jeunes  » Cocorico-RDC « , a exigé que  » Justice soit faite  » à propos de l’assassinat de Rossy Mukendi, tué à balles réelles dans la cour de la Paroisse catholique St Benoit de Lemba.  » Nous exigeons qu’une enquête soit réellement menée et que l’auteur de cet acte soit arrêté ; et non pas un auteur fantaisiste « , a-t-il martelé.

Il a également dénoncé la montée de violences perpétrées par les agents de la police congolaise pendant les manifestations et qui ont entrainé, une fois de plus mort d’hommes, des blessées par balles réelles et ceux de suite d’explosion des bombes lacrymogènes lancées sur les membres de ce mouvement citoyen. L’évolution dangereuse de la situation sociopolitique caractérisée par une escalade disproportionnée de la répression dont sont victimes les membres du Mouvement citoyen des dynamiques des jeunes et le peuple congolais dans son ensemble.

Rappelant les circonstances liées à cette disparition, le coordonateur du mouvement citoyen a expliqué qu’ils poursuivaient leur objectif le 25 février 2018 dans la marche pacifique des chrétiens aux côtés du Comité Laïc de Coordination(CLC). Ceci avec la ferme volonté de contribuer à la décrispation de l’atmosphère d’implosion sociale et politique du pays, en général et de Kinshasa, en particulier. Celle-ci est due à la non-application effective de l’Accord Politique du 31 décembre 2016, situation qui ne garantit nullement la tenue effective des élections crédibles et apaisées.

 » Rossy a été abattu d’une balle réelle lorsqu’il se précipitait pour fermer la grille de l’entrée de la paroisse. Dire qu’il se trouvait dans la foule des manifestants qui menaçaient les policiers commis à l’encadrement de la marche est une fausse perversion des faits « , a expliqué Watshipa. Confirmant que la victime se trouvait à une distance estimée à deux ou trois mètres des co-manifestants qui accouraient en ce moment dans l’église de la paroisse Saint Benoît pour se protéger.

Au regard de ces faits, a-t-il poursuivi, les dynamiques des jeunes ont formulé des recommandations : aux autorités étatiques, aux jeunes congolais et des mouvements citoyens ; que leur camarade puisse recevoir les obsèques dignes d’un militant citoyen.

À la communauté internationale, le mouvement citoyen le demande de ne pas jouer un double jeu.

Il a noté que ce mouvement promet de constituer, avec d’autres activistes des droits de l’Homme, un bloc afin de mener des actions ensemble pour exiger la justice.

MISE AU POINT DE LA POLICE SUR LA MARCHE DU CLC DU 25 FEVRIER : LE MAJOR CARINE LOKESO LAVÉE DE TOUT SOUPÇON

Le Major Carine Lokeso Koso n’est pas responsable de la mort de Rossy Mukendi, ce manifestant abattu le dimanche 25 février à Lemba lors de la marche interdite, initiée par le Comité laïc de coordination (CLC). Cette mise au point de la Police nationale congolaise (PNC) tombe au moment où certaines personnes s’illustrent à accuser à tort l’officier supérieur qui serait, pour eux, l’auteur de l’homicide.

Devant la presse hier, le porte-parole de la PNC a écarté toute responsabilité du Major Carine Lokeso qui, au moment des faits, était le commandant d’unité chargée de disperser les manifestants. Le colonel Mwanamputu admet que le Major Carine Lokeso et le sous-commissaire Willy Mutamba faisaient tous deux objets d’« une agression par une foule très hostile ».

« C’est en ce moment que le brigadier en chef Tokis Kumbo de l’escadron mobile d’intervention du Mont-Amba, voulant à tout prix sauver ses collègues, a dû malheureusement tirer sur Rossy Mukendi ».

« C’était une sorte de légitime-défense », estime le colonel Mwanamputu. Occasion pour le porte-parole de la PNC de réaffirmer que la balle qui a donné la mort à l’infortuné était bel et bien en caoutchouc et non réelle… « elle a eu effet mortel parce que tiré à 20 mètres de la cible ».

Role du major carine lokeso

Quel a été le rôle du Major Carine Lokeso, alors qu’un de ses éléments sur terrain tirait sur Rossy Mukendi ? A cette question, le colonel Mwanamputu explique que « le commandant d’unité qui venait de sauver sa vie n’était pas en état psychologique de contrôler la situation et même incapable de secourir Rossy Mukendi alors qu’il croupissait ».

« Il est vrai que nous étions face aux manifestants non armés, mais l’expérience des dernières manifestations nous a rendus un peu prudents », a argumenté le porte-parole de la Police faisant allusion à un major de la Police qui a été tué à Selembao à coups de machette et de bâtons.« Quand ils (manifestants) descendent dans la rue ils sont sans pitié », a-t-ajouté en substance.

La PNC fait cette mise au point « pour éviter sans doute toute spéculation susceptible de se propager inutilement, intentionnellement pour jeter le discrédit sur la personne du commandant de l’escadron mobile d’intervention Mont-Amba, qui est très dynamique et professionnelle n’ayant rien à envier à son collègue masculin »,répond le colonel Mwanamputu à une certaine opinion qui mettait en doute le professionnalisme du Major Carine Lokeso.

Objectif : faire le buzz

D’une manière ou d’une autre, la Police pointe d’un doigt accusateur les personnes autour de la victime, alors que cette dernière succombait après avoir reçu la balle.« S’il était acheminé aussitôt, Rossy serait encore parmi nous. Ceux qui étaient avec lui se sont contentés de prendre des vidéos pour faire le buzz. C’est ce qui a fait que sa situation devienne fatale. Ils ont mis beaucoup de temps ».

Le colonel Mwanamputu rejette les accusations selon lesquelles certains agents de l’hôpital Saint Joseph où la dépouille de Rossy Mukendi est gardée seraient menacés. « Pourquoi doit-on menacer un infirmier ou un médecin ? », s’interroge-t-il. Il fallait plutôt reconnaître « le fait que le corps de la victime ait mis un peu plus de temps avant d’être embaumé pourrait justifier la démarche de l’organe de la loi à attendre le résultat d’un médecin-légiste ».

Le porte-parole de la PNC dit ne pas comprendre pourquoi la presse continue à propager des informations non vérifiées « alors que la Police a fait des enquêtes préliminaires qui ont abouti à l’arrestation du policier Tokis Kumbo, auteur de l’homicide, identifié et déféré à l’auditorat militaire garnison de la Gombe ».

« A ce stade, a poursuivi le colonnel Mwanamputu, nous souhaitons que toute confusion portant sur la responsabilité de cet homicide sur la personne du commissaire supérieur adjoint Carine Lokeso soit écartée », insiste Muanamputu.

Il met en garde contre tous ceux qui continueront à emballer la toile en diffusant des propos outrageux à l’endroit de l’officier Carine Lokeso. « Ces derniers s’exposeront à des poursuites judiciaires conformément à la législation pénale en la matière », menace la PNC.

[avec Rachidi MABANDU/ForumDesAs/LaPros.]

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