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"Joseph Kabila" et les membres de la MP lors d'une reunion.
"Joseph Kabila" et les membres de la MP lors d'une reunion.

Dauphin : « Kabila » doit passer le fanion à temps

Dernière mise à jour, le 5 mars 2018 à 02:03

L’énigme qui couvait sur l’affaire du Dauphin semble donner, désormais, quelques éclaircis. Au-delà de la guéguerre sur les thèses doctorales à laquelle certains des ceux qui se sentaient favoris se sont livrés sur l’agora politique ces derniers jours, il y a bien à croire qu’en vertu de la pression combinée à l’interne, avec le Comité Laïc de Coordination et ses acolytes, d’une part, et, à l’externe, avec l’entrée en action d’Antonio Guterres, Moussa Faki Mahmat, des déclarations tonitruantes du Botswana, des visites éclaires des Présidents Sassou Nguesso, Joaô Lourenço et, même, de celles d’Ali Bongo et d’Emmerson Mnangagwa, les lignes devront certainement bouger dans le sens de pousser le Président Kabila à reconsidérer ses postures initiales. Loin s’en faut, mieux vaut qu’il se fasse violence en acceptant, malgré lui, de passer le fanion à temps.

Stephane Dujarric, le Porte-parole de l’Onu l’a confirmé, selon des sources recoupées. Il dit, toutefois, que Kinshasa aurait marqué son accord de principe, en répondant à une lettre d’intention, pour Antonio Guterres et Moussa Faki Mahamat, de réaliser cette visite conjointe (ONU-UA) auprès du Président Kabila. Même si aucune date n’a été, du moins jusqu’ici, avancée, il n’en demeure pas moins évident qu’après le passage de Leila Zerrougui à Addis-Abeba et New York, peu avant l’adoption d’une nouvelle résolution de l’Onu sur la prorogation du mandat de la Monusco, ces deux Hauts dirigeants soient intéressés à en savoir un peu plus sur l’évolution du processus électoral et, surtout, sur la manière dont les choses pourraient se dérouler, pour éviter le déraillement du train dont la CENI devra tout faire pour que toutes les manœuvres débouchent sur un atterrissage en douceur. Mais, quelles recommandations Antonio et Moussa ont-ils à donner là où Lourenço, Sassou, Ali Bongo ou, même, Emmerson sont passés à un rythme saccadé ? Peuvent-ils le faire sans que Kinshasa qui, à maintes reprises, crie aux ingérences, ne puisse trouver des matières à regimber ?

Aux antipodes

En RD. Congo, pendant ce temps, lorsqu’on se réfère au calendrier, tel que la CENI l’avait publié, depuis le 5 novembre 2017, les élections ont été fixées au 23 décembre 2018. Aujourd’hui, à plus ou moins dix mois de cette échéance cruciale, où en est-on avec les préparatifs ? Quels sont les partis ou plateformes politiques qui se prennent au sérieux pour faire face aux joutes électorales ? Deux logiques ont pris, paradoxalement, des racines dans le microcosme politique. Les uns, du côté de la Majorité, l’heure a sonné. Il faut aller aux élections, selon ce calendrier-là. Faisant fi de toutes les objections, la famille présidentielle se montre de plus en plus déterminée à aller jusqu’au bout, pour préserver les arcanes du pouvoir dont Joseph Kabila, arrivé aux affaires après l’ignoble assassinat de Mzee Kabila en 2001, élu en 2006, réélu en 2011 et dont le deuxième et dernier mandat a expiré, le 20 décembre 2016, détient encore jusqu’à preuve du contraire la clé de voûte.

L’objectif visé, dans cette démarche, selon qu’il apparaît clairement dans toutes les déclarations des sociétaires de la Majorité, est sans conteste celui de se maintenir en pôle position, lors des élections à venir. D’où, toutes les stratégies mises en œuvre pour rempiler. Les dernières cartes jouées au niveau de la défenestration de Ramazani Shadary de son strapontin du Gouvernement pour l’amener au Secrétariat Permanent du PPRD, sont à classer dans l’ordre de cette propension, pour Joseph Kabila, à se faire la peau neuve. Même-là, Mova, en remplaçant Shadary de l’autre côté, cela relève d’un calcul dont les secrets sont, certes, difficiles à deviner mais dont, seul, le Président Kabila maîtrise bien les méandres.

Ce n’est pas tout. Bien des jours auparavant, Jean Mbuyu Luyongola, le 15 février dernier, venait de succéder à Pierre Lumbi, l’ancien Conseiller Spécial passé au Rassemblement, le 14 septembre 2015, sous le vent de l’exigence du respect absolu des dispositions verrouilées de la Constitution.

La batterie d’actes est bien chargée, dès lors qu’en l’espace de quelques temps, le Président Kabila a nommé les Administrateurs des Territoires et leurs Adjoints. Il est revenu sur les Maires et leurs Adjoints. L’idée de la refonte est toute dans les actes non anodins qui se traduisent par ce florilège de mises en place, au propre comme au figuré. Pour cette famille donc, le mois de mars est déterminant. Puisqu’on avait déjà le calendrier, le budget, le fichier et la loi électorale. Elle mise, en effet, sur sa dernière artillerie autour de la loi portant répartition des sièges. De sorte qu’en juin prochain comme la CENI l’avait déjà si bien programmé et annoncé dans son calendrier, qu’elle soit prête à répondre à l’appel au moment de la convocation du corps électoral et, surtout, de l’ouverture des bureaux de réception et traitement des candidatures.

Fanion ?

L’énigme qui couvait sur l’affaire du Dauphin semble donner, désormais, quelques éclaircis. Au-delà de la guéguerre sur les thèses doctorales à laquelle certains des ceux qui se sentaient favoris se sont livrés sur l’agora politique ces derniers jours, il y a bien à croire qu’en vertu de la pression combinée à l’interne, avec le Comité Laïc de Coordination et ses acolytes, d’une part, et, à l’externe, avec l’entrée en action d’Antonio Guterres, Moussa Faki Mahmat, des déclarations tonitruantes du Botswana, des visites éclaires des Présidents Sassou Nguesso, Joaô Lourenço et, même, de celles d’Ali Bongo et d’Emmerson Mnangagwa, les lignes devront certainement bouger dans le sens de pousser le Président Kabila à reconsidérer ses postures initiales. Loin s’en faut, mieux vaut qu’il se fasse violence en acceptant, malgré lui, de passer le fanion à temps.

L’Opposition en difficulté

A l’Opposition, les choses sont perçues autrement. Il n’est pas question d’aller dans n’importe quelles élections. Il n’est pas, non plus, nécessaire d’aller aux élections pour des élections. Au Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, la méga plateforme née des cendres des cogitations de Genval, dans la périphérie de Bruxelles, alors que Tshisekedi était encore debout et aspirant au fauteuil présidentiel, les vues divergent. Katumbi, le candidat proclamé du G7 et de l’AR, serait toujours sous les feux des démêlées judiciaires. Si bien que son retour au pays avant les élections demeure hypothétique.

La probable montée de Félix Tshisekedi à la tête du gouvernement, le fils d’Etienne, alors que celui-ci n’a même pas encore eu droit aux obsèques dignes dans son pays, paraît difficilement consommable. Tout comme son alignement dans l’ordre de bataille à la présidentielle dans le contexte où l’héritage biologique couplé au poids de la lutte politique et historique de Feu son père, ne lui offre que trop peu de marges de manœuvres pour ne pas s’éloigner des exigences de la base. Donc, c’est un Félix peu libre, peu capable de ramer à contre-courant. Or, en réalité, le moment venu, il aurait à faire à l’Udps de Tshibala, son ex-colistier qui, sans merci, rivalisera d’ardeur avec lui autour de l’héritage politique et qui, tout récemment encore, a vite fait d’organiser un congrès et de faire notarier les statuts aux fins de jouer au quitte ou double, pour lui damer les pions.

Les scénarri en perspective, avec les revendications axées sur les exigences de l’application sans failles de l’Accord de la Saint Sylvestre, pour la décrispation politique, la fin du dédoublement des partis politiques, la redynamisation de la CENI et du CSAC, ferait qu’il n’y aille pas, tête baissée. A moins d’un miracle, alors. Nombreux sont ceux qui pensent d’avance que Félix, logiquement, serait hors jeu. Plus loin, les boursicoteurs enclins dans leurs calculs, derrière les manteaux, essaient de lorgner du côté de Kamerhe mais, ils trouvent qu’il aurait perdu un peu de sa vitalité, depuis qu’il était parti à la Cité de l’Union Africaine et qu’il avait cautionné la signature des arrangements particuliers dits du Palais du Peuple. Craignant les effets induits de la transhumance, trop peu lui donnent la chance, à l’issue des futures empoignades électorales. Mais, il n’est exclu qu’il se rachète.

Chez Bemba, même s’il venait à être relaxé du contrôle de son geôlier, le 8 mars prochain, il suffirait d’un tout petit critère de statut de résident, plus ou moins trois ans avant les scrutins, comme stipulé dans la loi électorale, pour que la CENI l’élimine de la course. Alors qui, finalement, pourrait sauver les meubles ? Fayulu, Tshiani ou Mukwege ? Des questions sont encore là. D’ailleurs, elles sont plus nombreuses que jamais. L’idée d’un Outsider, d’un oiseau rare plane et résiste. Peut-être qu’avec le temps, au cas où des concessions majeures étaient réalisées, le tableau peut évoluer.

Les Evêques non partants…

D’aucuns pensent aussi aux Evêques. Mais, ceux-ci, dans leur dernier communiqué publié, à l’issue de leur dernière Assemblée Plénière Extraordinaire, du 15 au 17 février dernier, disaient ne pas avoir d’ambitions politiques. Ni pour gouverner, ni pour goûter aux délices du pouvoir par effets de rebrousse-poils. D’emblée, ils rejetaient au diable, le sort voué à tous ceux qui cherchent à s’emparer du pouvoir par la force, ou veulent s’y maintenir par des subterfuges ou autres manœuvres subtiles et inconstitutionnelles. L’unique souci, réaffirmaient-ils, était de placer les acteurs politiques congolais devant l’obligation de s’organiser pour créer un climat favorable à la tenue des élections justes, transparentes, démocratiques et apaisées.

Comment trouver, alors, cette pièce maîtresse dans les rangs de l’Opposition ou de la Société civile, appelée à affronter le dauphin de Kabila ? Difficile à dire. Toutefois, il va sans dire que la nature ayant horreur du vide, l’histoire, elle-même, pourvoira…

[LPM]

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