dimanche , 27 septembre 2020
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Ghouta : Bain de sang !

Pour la cinquième journée consécutive, les forces du président Bachar al-Assad ont soumis jeudi à un déluge de feu cette région assiégée située aux portes de Damas, une campagne dévastatrice qui annonce une offensive terrestre pour la reconquérir. Des ONG, organisations internationales et gouvernements étrangers se sont dites horrifiés par l’ampleur de ces bombardements, d’une rare violence dans un pays pourtant ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts. Jeudi à New York, l’ambassadeur russe à l’ONU a annoncé qu’il n’y avait « pas d’accord » entre les 15 membres du Conseil de sécurité sur une résolution réclamant un cessez-le-feu d’un mois dans la Ghouta orientale.

Plus de 400 civils, dont une centaine d’enfants, ont été tués depuis dimanche dans l’enclave rebelle de la Ghouta orientale par les intenses bombardements du régime syrien, qui fait fi des appels internationaux à stopper le bain de sang.

Pour la cinquième journée consécutive, les forces du président Bachar al-Assad ont soumis jeudi à un déluge de feu cette région assiégée située aux portes de Damas, une campagne dévastatrice qui annonce une offensive terrestre pour la reconquérir.

Des ONG, organisations internationales et gouvernements étrangers se sont dites horrifiés par l’ampleur de ces bombardements, d’une rare violence dans un pays pourtant ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts.

Jeudi à New York, l’ambassadeur russe à l’ONU a annoncé qu’il n’y avait « pas d’accord » entre les 15 membres du Conseil de sécurité sur une résolution réclamant un cessez-le-feu d’un mois dans la Ghouta orientale.

Vassily Nebenzia a aussi dénoncé « les discours catastrophiques » qui, selon lui, ne correspondent pas à la situation sur place.

Les Etats-Unis et la France se sont élevés contre la position russe, l’ambassadeur français François Delattre critiquant « les attaques contre les hôpitaux » et parlant d’une « urgence absolue » sur le terrain.

Moscou, grand allié de Damas, utilise régulièrement son droit de veto pour protéger le régime syrien à l’ONU.

Mares de sang

Dans la Ghouta orientale, où quelque 400.000 habitants tentent de subsister, le coût humain et les destructions sont colossales.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), 416 civils, dont 95 enfants, ont été tués depuis le début dimanche de ces bombardements dévastateurs.

Au moins 59 civils sont morts jeudi dans des raids aériens et des tirs de roquettes visant plusieurs localités, notamment Douma, la grande ville de la Ghouta, où 37 personnes ont péri, selon l’OSDH.

L’Observatoire a affirmé que l’aviation de la Russie, alliée du régime, participait aux raids. Mais par le passé, Moscou avait démenti.

Un correspondant de l’AFP a vu des mares de sang sur la route menant à un hôpital de la ville de Douma. A l’hôpital, des corps enveloppés de linceuls blancs, dont ceux de deux enfants, gisaient au sol.

Dans la localité de Hammouriyé, des habitants se sont pressés devant un magasin pour acheter de la nourriture avant de prendre la fuite quand des obus ont explosé à proximité.

Campagne d’annihilation

Sur la scène internationale, les condamnations se sont multipliées, en vain.

Le patron de l’ONU Antonio Guterres a dénoncé un « enfer sur Terre ».

Le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a appelé à « mettre un terme à cette monstrueuse campagne d’annihilation ».

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé un accès à la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés, qui meurent selon lui faute de soins immédiats et de matériel médical.

« Le régime prétend viser des groupes armés mais en vérité il ne vise que les civils! », s’est insurgé Ahmed Abdelghani, médecin dans les hôpitaux bombardés de Hammouriyé et Arbine. « C’est un hôpital civil, pourquoi le régime nous vise-t-il? »

Ces trois derniers jours, 13 hôpitaux de la Ghouta orientale où intervient l’ONG Médecins sans frontières ont été touchés, selon l’organisation.

Offensive d’envergure

Le régime cherche à reprendre la Ghouta orientale, pour, dit-il, stopper les tirs de roquettes sur Damas. Selon le quotidien syrien Al-Watan, une offensive terrestre « d’envergure peut commencer à tout moment ».

Depuis dimanche, 16 personnes ont été tuées à Damas, bastion du régime, par des tirs d’obus et de roquettes des rebelles depuis la Ghouta orientale, selon les médias d’Etat et l’OSDH.

Un enfant a été tué jeudi par un tel tir, selon l’agence officielle Sana.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a assuré que Moscou avait proposé aux combattants de la Ghouta orientale d’évacuer le secteur mais que des jihadistes et leurs alliés avaient « catégoriquement rejeté cette proposition ».

Depuis le début en 2011 de la guerre en Syrie, plusieurs zones rebelles, comme la vieille ville de Homs en 2012 ou Alep en 2016, ont été écrasées par des bombardements et un siège étouffant pour forcer les combattants antirégime à déposer les armes.

Le conflit en Syrie a d’abord opposé les rebelles au régime puis s’est complexifié avec l’implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Avec l’intervention de la Russie en 2015, le régime Assad, qui était en mauvaise posture, a réussi à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

LA VIE SOUS TERRE

Au rythme des bombardements, Oum Jamal cuisine dans une cave sommairement aménagée où elle s’est réfugiée avec sa famille, après la destruction de sa maison par les frappes du régime syrien sur la Ghouta orientale.

Comme elle, de nombreux habitants de ce fief rebelle à l’est de Damas ont trouvé refuge dans des sous-sols, après avoir fui un domicile en ruine, ou pour échapper à la violence meurtrière des raids aériens et tirs d’artillerie du régime de Bachar al-Assad.

« Nous ne sommes pas retournés une seule fois chez nous, nous restons ici jours et nuits », raconte Oum Jamal, vêtue d’une abaya noire et d’un voile serré encadrant son visage.

Avec son fils trentenaire et sa fille handicapée, cela fait plus d’un mois et demi que la quinquagénaire a abandonné la maison familiale, réduite en miettes par les frappes de l’armée, dans la localité de Madira.

« Notre maison a été bombardée, alors on est venu ici. Puis elle a été de nouveau touchée pendant qu’on était là, et elle s’est entièrement écroulée », poursuit-elle.

Avec son fils, elle a aménagé son nouvel habitat en installant des panneaux de tôle pour délimiter son espace, au centre de la cave glaciale au sol terreux.

« Quand les avions envahissent le ciel, mes voisins viennent se réfugier ici, avant de retourner chez eux quand la situation se calme », explique Oum Jamal, 56 ans. « Moi et mes enfants on reste ici », lâche-t-elle.

Froid et humidité

Mais durant les rares moments de répit, elle aussi se risque à sortir de sa cachette pour retrouver la lumière du jour et surtout s’approvisionner en bois et en eau.

A l’aide d’une hachette, elle coupe du bois pour se chauffer, puis remplit d’eau des bouteilles vides avant de retourner dans son abri.

Dans la cave, le bois est déposé sous un poêle en fer qu’elle a elle-même fabriqué, à l’entrée d’une tente jaune, sous laquelle elle dort avec ses deux enfants.

« On dort ici tous les trois, l’espace est très exigu », déplore la quinquagénaire.

« On vit dans le froid, sous la terre », lâche-t-elle, désignant un mur d’où s’écoule des eaux usées du bâtiment.

Assiégés depuis 2013 par les forces du régime, les quelque 400.000 habitants de la Ghouta sont actuellement confrontés à un nouveau déluge de feu du pouvoir, qui pilonne quotidiennement l’enclave.

Cinq jours de bombardements ont ainsi tué plus de 380 civils, dont 90 enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans une autre cave de Madira, alors que gronde à l’extérieur l’aviation du régime, des femmes vêtues de noir, entourées d’enfants, servent des assiettes de taboulé, une salade à base de persil.

Le vacarme des appareils militaires s’intensifie, et l’une d’elle agrippe alors le genou de sa soeur, assise à ses côtés.

Trois enfants jouent au ballon dans une pièce attenante, où un lit et une armoire ont été installés.

Privé de vie

Depuis des années déjà, les habitants se sont habitués à cette « vie des caves », déplore Yousra Ali, qui a élu domicile dans les sous-sols de l’école Dar al-Salam à Erbine, autre localité de la Ghouta orientale.

Souffrant d’une maladie cardiaque l’ayant contrainte à subir une opération chirurgicale, elle raconte, les yeux remplis de larmes, ses souffrances au quotidien.

« Je n’ai plus de médicaments (…) Nous vivons sans soleil, ni air frais. On est privé de vie ici », lâche la quadragénaire.

Dans les salles de classe souterraines, les murs sont décorés de fleurs. Face à l’afflux des habitants, l’espace a été transformé en abri collectif. Matelas et couvertures s’entassent dans tous les coins, du linge sèche sur les jeux pour enfants.

« Nous sommes 14 femmes et enfants à vivre dans une pièce de 2,5 mètres de large, sans toilettes ou espace pour se laver », déplore de son côté Oum Abdou.

« Ma maison a été détruite, mais bon, grâce à Dieu, on prend notre mal en patience », soupire la femme de 53 ans.

[Afp]

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