dimanche , 24 juin 2018
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Universités RDC : Relations incestueuses entre les enseignants et les politiciens-étudiants

Face à ce nouveau phénomène de la ruée d’acteurs politiques vers les Universités, des voix s’élèvent de plus en plus pour fustiger ce qu’elles qualifient de relations incestueuses entre les enseignants et ces dirigeants-étudiants. Dans un contexte de précarité généralisée, certains enseignants n’hésitent plus à brader la science pour des raisons de survie. Certains, moyennant des espèces sonores et trébuchantes, vont parfois jusqu’à rédiger des Mémoires à la place de ces acteurs politiques ! Une situation qui trouve son explication dans la philosophie de Saint Thomas d’Aquin qui soutient avec autorité que « sans minimum de bien-être, la vertu est nulle « . La pourriture !

Les enjeux politiques en RD Congo ont ceci de particulier que la plupart des politiciens ont repris le chemin de l’école. Précisément des universités. Ainsi, depuis quelques années au Congo-Kinshasa, s’observe une ruée d’acteurs politiques vers les établissements d’Enseignement supérieur et universitaire du pays. Toutes proportions gardées, ceux de Kinshasa, capitale du pays.

Si certains reprennent le chemin de l’Université pour parachever un cycle d’étude interrompu depuis des lustres, d’autres y vont pour des études post- universitaire. Voilà qui explique le phénomène de ministres, députés nationaux, Gouverneurs qui obtiennent leurs diplômes de licence, tout en étant en fonction. Tant mieux, tant il n’existe pas d’âge pour apprendre. Tant mieux aussi, si ces acteurs politiques et officiers supérieurs des Forces armées de la Rd Congo ou de la Police nationale congolaise (PNC), décident d’aller à l’Université pour acquérir le savoir. On ne devrait pas non plus en vouloir à ces cadres du pays, civils, policiers ou militaires, si la motivation profonde est d’enrichir le curriculum vitae en vue d’une éventuelle promotion !

Cependant, au-delà de diverses raisons que l’on pourrait avancer, il se pose deux problèmes réels. Le premier est la posture de ces gestionnaires, une fois sur le campus. Nombreux sont ces acteurs politiques qui vont jusqu’à oublier parfois qu’ils n’y vont pas comme député, ministre ou gouverneur de province. Pourtant, ils ne devraient surtout pas ignorer qu’ils sont plutôt admis dans les auditoires comme n’importe quel autre étudiant. La preuve, personne parmi eux n’entre dans la salle de cours avec sa garde.

Un deuxième problème, et le plus fondamental, est l’instrumentalisation à outrance des cérémoniels organisés à la fin de l’année. Nombreux sont ces acteurs politiques qui mobilisent des caméras pour filmer, soit la soutenance publique de leurs Travaux de fin d’Études ou leurs Thèses de doctorat , soit la collation de grade. Même si au courant de l’année académique, leurs camarades étudiants ne les avaient aperçus que très sporadiquement dans l’auditoire.

SANCTUARISER L’UNIVERSITE

Face à ce nouveau phénomène de la ruée d’acteurs politiques vers les Universités, des voix s’élèvent de plus en plus pour fustiger ce qu’elles qualifient de relations incestueuses entre les enseignants et ces dirigeants- étudiants. Dans un contexte de précarité généralisée, certains enseignants n’hésitent plus à brader la science pour des raisons de survie. Certains, moyennant des espèces sonores et trébuchantes, vont parfois jusqu’à rédiger des Mémoires à la place de ces acteurs politiques ! Une situation qui trouve son explication dans la philosophie de Saint Thomas d’Aquin qui soutient avec autorité que « sans minimum de bien-être, la vertu est nulle « . La pourriture !

S’il est établi que le système d’Enseignement supérieur et universitaire en RD Congo a mauvaise presse, on ne devrait sans doute pas mettre tout le monde dans un même panier. Autant dire qu’il existe encore des Congolais intègres et qui, constamment, pensent pays. Bien qu’en petit nombre, ces fils du pays qui, en bon gardien du temple, pensent que tout n’est pas perdu. Choqués par toutes ces tares maintes fois décriées qui dévalorisent l’Enseignement supérieur et universitaire en RD Congo, cette élite en voie de disparition, ne perd pas le cap. Elle insiste sur la sanctuarisation de nos Universités.

APRES DES  » COTES SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLES « , VIVENT DES  » DIPLOMES UNIVERSITAIRES POLITIQUEMENT ACQUIS ?

La dégradation spectaculaire du système d’Enseignement supérieur et universitaire en RD Congo, a donné lieu à de nouveau vocable. Si depuis quelques années on parle, non sans lyrisme de mauvais aloi, des  » Points ou notes sexuellement transmissibles (PST)  » dans nos Universités et Instituts supérieurs (Ndlr : même si personne ne saurait le prouver), a ces jours, des langues se délient pour parler des  » Diplômes universitaires politiquement acquis (DUPA) « . Ici, il s’agit des acteurs politiques proclamés injustement  » licenciés en…  » Ridicule !

Faire de l’Université en RD Congo, un haut lieu d’acquisition du savoir, un sanctuaire de connaissance scientifique, suppose que le Professeur ne doit pas se mettre au service du politique. Il doit plutôt toute sa dévotion à la Science et se mettre entièrement au service de celle-ci.

Comme nous avons eu à le dire précédemment, si un acteur politique va à l’Université pour apprendre, acquérir des connaissances, il n’y va pas comme ministre, député, mandataire public. Il y est plutôt admis comme apprenant. Tout court. Dans ces conditions, les rapports avec le Prof se déclinent en termes de relations Enseignant -enseigné. Pas plus. Car, à la fin d’une année académique, ce n’est ni à un ministre ni à un député national ni à un officier supérieur de l’Armée nationale ou de la Police qu’on confère le titre de gradué ou de licencié. Ce grade sera plutôt collé à un étudiant arrivé à la fin d son cursus académique. Il n’y a pas à mélanger de genres !

C’est vrai qu’on ne cherche pas la fièvre dans le thermomètre. Toutefois, quelle que soit la pertinence des raisons que certains pourraient avancer pour justifier tous ces diplômes universitaires octroyés à des acteurs politiques, à cause de leur statut social ; le bon sens invite les Universités à s’assumer comme hauts lieux de savoir. Sinon, on est tombé plus bas que terre. Pensons-y !

[Laurel KANKOLE]

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