samedi , 17 août 2019
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Orgies : OXFAM au centre d’un scandale mondial

Oxfam a dévoilé vendredi son plan d’action pour s’attaquer aux problèmes de harcèlement sexuel, dans le sillage d’un scandale impliquant des prostituées, décrit par le directeur mondial de l’organisation comme une « tache » qui lui « fera honte pendant des années ».

L’organisation a annoncé la création d’une commission qui « opérera à distance d’Oxfam » et qui aura accès aux registres de l’ONG et à ses employés, avec qui seront menés des entretiens afin d’identifier les abus.

Oxfam va également tripler le financement des programmes de protection, qui atteindra ainsi plus d’un million de dollars, tout en doublant le personnel dédié à ces programmes, et en augmentant l’investissement dans les formations sur les questions de genre.

Ce nouveau plan est présenté une semaine après des accusations d’exploitation sexuelle de prostituées visant des employés de l’ONG déployés pour des opérations humanitaires en Haïti après le séisme de 2010.

« Ce qui s’est passé en Haïti est une tache sur Oxfam, qui nous fera honte pendant des années, et à juste titre », a déclaré Winnie Byanyima, directrice exécutive d’Oxfam International.

« Du plus profond de mon coeur, j’implore le pardon », a-t-elle ajouté.

L’ONG a nié avoir manqué de transparence dans sa gestion du scandale haïtien, qui a fait fuir ses soutiens en nombre, et a poussé le gouvernement britannique à menacer de suspendre les subventions aux organisations qui dissimuleraient des scandales sexuels.

Oxfam a conduit une enquête interne en 2011, menant au renvoi de quatre employés, trois autres ayant été autorisés à démissionner, dont le directeur pour Haïti, Roland van Hauwermeiren. M. Van Hauwermeiren a rejeté jeudi une partie des accusations qui pèsent sur lui.

Les allégations de recours à des prostituées n’avaient pas été transmises aux autorités haïtiennes à l’époque de l’enquête, mais Oxfam a déclaré vendredi que les noms des personnes impliquées avaient été communiqués depuis.

Cette enquête interne sera rendue publique -avec les noms des témoins expurgés-, de même que les rapports de la commission nouvellement créée.

« Nous devons nous assurer que toute personne coupable d’un mauvais comportement aussi grave ne circule pas d’une organisation humanitaires à l’autre, exposant encore plus de personnes vulnérables à d’autres risques », a déclaré Winnie Byanyima.

Un autre homme impliqué dans le scandale en Haïti, avait été engagé par l’organisation CAFOD, qui l’a renvoyé mercredi. Selon l’organisation humanitaire catholique, on lui avait fourni une lettre de recommandation émanant d’une personne prétendant être son ancien superviseur à Oxfam, et envoyé d’une adresse email personnelle.

Oxfam a prévu de créer une base de données mondiales de référents homologués, qui traqueraient les recommandations factices ou non fiables censées provenir des employeurs passés et présents.

L’ONG a également révélé « être en train de vérifier comment » Gurpreet Singh, renvoyé des suites du scandale en Haïti, avait pu être employé de nouveau quelques mois plus tard en tant que consultant pour une mission d’Oxfam en Ethiopie, d’octobre à décembre 2011.

Cible de plusieurs accusations, le Belge Roland van Hauwermeiren, ancien directeur pays au Tchad et en Haïti, avait fait l’objet dès 2004 d’une plainte pour abus sexuel lorsqu’il était en poste au Liberia pour l’ONG britannique Merlin.

Après Oxfam, il avait rejoint l’ONG française Action contre la faim au Bangladesh, cette dernière déplorant ne pas avoir été prévenue.

ROLAND VAN HAUWERMEIREN MIS EN CAUSE

Le Belge Roland van Hauwermeiren, ancien directeur au Tchad et en Haïti pour Oxfam, s’est défendu jeudi d’avoir organisé des orgies avec de jeunes prostituées en Haïti, rejetant ainsi une partie des accusations qui ont placé l’ONG au centre d’un scandale mondial.

« Je ne suis jamais entré dans un bordel, une boîte de nuit ou un bar » en Haïti, affirme le Belge de 68 ans, dans une lettre de quatre pages rendue publique sur le site web de la télévision privée belge VTM Nieuws.

« Il y a eu de nombreuses tentatives d’hommes et de femmes de pénétrer dans mon domicile avec toutes sortes d’excuses pour demander de l’argent, exiger un emploi ou encore offrir des services sexuels. Mais je n’ai jamais cédé à leurs avances », déclare-t-il.

L’ancien responsable d’Oxfam admet cependant, dans une enquête interne menée par l’ONG britannique, « avoir eu des contacts intimes à trois reprises à (s)on domicile ».

« C’était avec une dame honorable et mature, pas une victime d’un tremblement de terre, ni une prostituée. Et je ne lui ai jamais remis d’argent », assure-t-il, ajoutant toutefois en avoir « profondément honte ».

Oxfam est dans la tourmente depuis des révélations selon lesquelles des responsables de l’ONG, déployés en Haïti après le séisme meurtrier de 2010, auraient engagé des prostituées dans ce pays. Plusieurs employés de l’organisation sont également accusés de viols au cours de missions humanitaires au Soudan du Sud et d’abus sexuels au Liberia.

Il est reproché à la direction de la puissante organisation basée en Grande-Bretagne d’avoir sciemment dissimulé le scandale et laissé les salariés incriminés rejoindre d’autres ONG, sans mise en garde.

Dans des déclarations au quotidien populaire flamand Het Nieuwsblad, publiées jeudi, M. van Hauwermeiren a estimé que certains faits qui lui sont reprochés ont été « exagérés ».

Roland van Hauwermeiren avait fait l’objet dès 2004 d’une plainte pour abus sexuel, lorsqu’il était en poste au Liberia pour l’ONG britannique Merlin. Après Oxfam, il avait rejoint l’ONG française Action contre la faim au Bangladesh, cette dernière déplorant ne pas avoir été prévenue.

Enquête en Haïti

Le gouvernement haïtien a annoncé de son côté jeudi qu’il allait lancer une enquête pour faire la lumière sur les accusations visant Oxfam. Il s’agit de « trouver les responsables, ceux qui sont impliqués dans cette affaire » et de faire en sorte que les coupables « soient punis conformément à la justice », a précisé le ministre haïtien des Affaires étrangères Antonio Rodrigue.

Les représentants d’Oxfam en Haïti avaient été convoqués par les autorités haïtiennes jeudi, mais la rencontre a finalement été reportée à la semaine prochaine, pour des raisons d’agenda.

Pour M. Rodrigue – qui comme tous les responsables du pays a découvert les faits par voie de presse – , Oxfam a manqué à ses obligations en n’informant pas les autorités de Port-au-Prince.

Le scandale a eu des répercussions jeudi jusqu’en Afrique du Sud, où l’ancien archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, a annoncé jeudi qu’il renonçait à son rôle d’ambassadeur pour Oxfam. Dans un communiqué, Mgr Tutu se dit « profondément déçu par les accusations d’immoralité et de possible comportement criminel impliquant des travailleurs humanitaires » liés à l’ONG.

Il est également « attristé par l’impact de ces allégations sur des milliers de personnes qui soutenaient les bonnes causes d’Oxfam ».

Desmond Tutu rejoint ainsi deux autres célébrités ayant annoncé qu’elles renonçaient à leur rôle d' »ambassadeur » d’Oxfam: l’actrice et chanteuse britannique Minnie Driver et le chanteur sénégalais Baaba Maal.

La polémique autour d’Oxfam éclabousse tout le secteur de l’humanitaire: mercredi, l’ONG Médecins sans frontières avait dévoilé avoir recensé 24 cas de harcèlement ou abus sexuels en son sein en 2017, un décompte dont elle a admis elle-même qu’il était sans doute sous-évalué.

[Afp]

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