samedi , 21 septembre 2019
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L’éducation comme clé de l’avenir dans le monde d’aujourd’hui

Les deux histoires par lesquelles nous voulons aborder la question de la lutte à mener contre l’ordre néolibéral qui détruit le monde d’aujourd’hui sont tirées du livre du moine bouddhiste français Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance [1]. Matthieu Ricard est Un scientifique, spécialiste des neurosciences. Il est aussi l’une des autorités morales et spirituelles de première grandeur, plongé dans la profonde tradition bouddhiste qu’il a maîtrisée auprès des grands maîtres tibétains, notamment du Dalaï Lama dont il est l’interprète le plus écouté en France et en Occident. Il allie ainsi en lui la puissante rationalité scientifique du monde occidental et le souffle des richesses de l’Orient. Son oeuvre devrait constituer pour la jeunesse congolaise et africaine une précieuse source d’inspiration dans les aspirations de nos peuples pour un autre monde possible, cet horizon au nom duquel il convient de penser l’articulation féconde entre la citoyenneté mondiale et le respect des identités des terroirs. Pour Matthieu Ricard, l’avènement d’un tel horizon de civilisation dépendra de l’éducation à la responsabilité et à l’altruisme comme nouvel esprit.

La première histoire que nous tirons du livre de Ricard est un fait bien connu: celui des sauveteurs des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

« Six millions de Juifs, 60 pour cent de ceux vivant en Europe, furent exterminés par les nazis. Selon Samuel et Pearl Oliner, le nombre des sauveteurs qui non seulement ont aidé mais aussi risqué leur vie, sans aucune compensation, s’élèverait à environ 50000.

Un grand nombre de ces sauveteurs ne seront jamais connus et bien d’autres ont péri pour avoir porté assistance aux Juifs, acte qui était passible de la peine de mort en Allemagne, en Pologne et en France, notamment. L’organisation Yad Vashem a rassemblé les noms de 6000 sauveteurs dont les hauts faits leur ont été signalés par ceux qui leur devaient la vie.

Selon les Oliner, si on compare ces Justes à Un échantillon de personnes ayant vécU à la même époque dans les mêmes régions, mais qui ne sont pas intervenues en faveur des opprimés, on constate que nombre de sauveteurs avaient reçu une éducation fondée sur le souci de l’autre et sur les valeurs transcendant l’égoïsme. »

La deuxième histoire est Un récit de sagesse concernant un vieil homme amérindien qui parle à son petit-fils: « Une lutte impitoyable se déroule en nous, dit-il à son petit-fils, une lutte entre deux loups. L’un est mauvais – il est haine, avidité, arrogance, jalousie, rancune, égoïsme et mensonge. L’autre est bon – il est amour, patience, générosité, humilité, pardon, bienveillance et droiture. Ces deux loups se battent en toi comme en tous les hommes. » L’enfant réfléchit un instant, puis demanda: « Lequel des deux loups va gagner ? « . « Celui que tu nourris », répondit le grand-père.

Ces deux histoires, nous les proposons aux jeunes comme prélude à la connaissance du monde dans lequel nous vivons. C’est un monde qui exige des choix. Il est impératif que les animateurs de sessions de formation des jeunes générations mettent en lumière ces choix à faire comme base de l’éducation à la construction d’un autre monde possible. Selon la première histoire, cette éducation est une éducation aux valeurs. Ce sont les valeurs profondes reçues et acquises comme héritage de vie qui construisent l’être et les pratiques de paix. Il faut aujourd’hui une éducation capable de faire émerger une politique, une économie et une culture des valeurs.

Il y a plus. Dans le récit de sagesse du vieil amérindien, on voit que tout est question d’anthropologie fondamentale: les deux loups qui sont dans l’homme. Le loup qui gagne est le loup que l’on nourrit. Il faut savoir quel loup nourrir. Pas celui de la violence et du mal, mais celui de l’humanité altruiste et solidaire, base d’une civilisation éthique pour fertiliser les domaines politiques, économiques et culturels.

Dans l’ordre mondial actuel, la question des valeurs et des institutions éducatives qui doivent les nourrir au sein des populations est capitale.

Il s’agit de la question de la conscience à développer et à promouvoir pour qu’un nombre important de personnes dans nos sociétés s’engage à assumer la responsabilité de vaincre la dérive du néolibéralisme dont l’essence devra être comparée, dans son pouvoir de destruction, à l’extermination des Juifs par le régime nazi. La comparaison peut paraître excessive, mais elle ne l’est qu’en surface. En profondeur, le désastre moral du néolibéralisme est pire que le nazisme.

Il est pire par l’ampleur de ses victimes. Il est pire par le temps qu’il a mis à casser les ressorts de l’humain dans l’homme et par le pouvoir dont il dispose encore pour mener l’humanité à sa ruine. Il est pire par les instruments dont il dispose pour conditionner les esprits et les asservir à son esprit. Il est pire par le degré de son intelligence pour mondialiser son système d’action et réduire à néant tous ceux qui lui résistent.

Il est pire parce qu’il a développé toute une science de fascination et de conditionnement psychique pour susciter partout la servitude volontaire de la part de tous ceux qui sont ses victimes.

Ce pouvoir phénoménal d’ensorcèlement, d’envoûtement et de neutralisation des individus et des peuples à l’échelle mondiale, le néolibéralisme l’a acquis parce qu’il a su agir sur trois systèmes de réalités intérieures qui tiennent fortement l’être humain:

  • Le système des désirs. Avec sa fabuleuse capacité de produire et d’organiser un monde d’objets qui rendent la vie facile et fascinante, il agit sur les inconscients individuels et collectifs qui ne peuvent pas lui résister et qui lui aliènent même le pouvoir de liberté. Tout est fait pour qu’en lui les hommes et les sociétés désirent être comme ceux qui sont all sommet de la société de consommation. En désirant la consommation, on se consomme soi-même dans l’imitation des riches qui, eux, font tout pour faire du désir de la richesse chez les pauvres une force de domination de tout le psychisme de ces pauvres.
  • Le système de logiques d’existence. Le néolibéralisme, en se concevant comme un système mondial d’ensorcèlement et d’envoûtement, s’impose comme la seule voie pour l’humanité actuelle, l’ordre auquel il faut s’arrimer ou disparaître. Il devient un faisceau de logiques auxquelles on ne peut pas échapper, quand bien même on serait victimes de la violence de ses institutions et de ses rationalités destructrices. Avec lui, tout le monde croit qu’il faut vivre selon les règles qu’il dicte et les considérer comme l’air du temps.
  • Le système d’utopies. L’univers des richesses que les pays nantis ont créé est devenu le rêve même de tous les habitants qui sont dans le monde de pauvres, sans qu’on se pose du tout la question de savoir la responsabilité de ces pays riches dans la misère des pays pauvres.

Avec son pouvoir sur ces trois systèmes, le néolibéralisme est devenu un camp de concentration mondial. Le problème du monde actuel est de construire des imaginaires puissants de personnes capables non seulement de sauver les victimes innombrables de ces camps de concentrations, mais de détruire purement et simplement le système même de ce camp, grâce à de nouveaux systèmes de désir, de logiques vitales et d’utopies existentielles.

Pour ce faire, il faut savoir quel loup on nourrit dans l’ordre actuel du monde, soit celui du renforcement du néolibéralisme dans son pouvoir d’ensorcèlement et d’envoûtement, soit celui de la libération des esprits et de la solidarité des peuples pour un autre monde possible.

L’enjeu de l’avènement de cet autre monde possible est dans l’énergie d’éducation des consciences, des esprits, des imaginaires, afin que le monde d’aujourd’hui soit transformé dans les principes mêmes qui doivent être changés de fond en comble.

Ce travail, c’est dans les pays victimes de l’ordre néolibéral qu’il doit s’imaginer et se faire, ici et maintenant, autour de deux vérités essentielles:

Un : L’avenir du monde, de l’Afrique et du Congo dépend des valeurs que des personnes et des groupes d’action conscients des enjeux de l’avenir choisiront de vivre en vue d’un autre monde possible.

Deux : Cet autre monde possible ne tombera pas du ciel, il faut ardemment lutter en Soi-même et dans la société contre les forces, les puissances et les énergies qui bloquent et empêchent son avènement. Nous considérons ces vérités comme le socle indispensable à la construction de l’avenir.

[KÄ MANA]

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