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Isidore Ndaywel, un Professeur Congolais.
Professeur Isidore Ndaywel

RDC : Le professeur Ndaywel ne décolère pas

Dernière mise à jour, le 8 février 2018 à 12:31

Historien de renom, le professeur Isidore Ndaywel s’est engagé depuis lors dans la lutte que mène le Comité laïc de coordination pour la mise en oeuvre intégrale de l’Accord politique du 31 décembre 2016. Dans un entretien avec Colette Braeckman, journaliste au quotidien belge et grand spécialiste de la RDC, le professeur Ndaywel a dévoilé le sens de son engagement. Contraint à la clandestinité, le professeur ne décolère pas. Il inscrit son engagement dans le sens de rétablir la dignité perdue des Congolais.  » Il faut lutter, dit-il, pour que le pays aille mieux « . Mais, face à la grande répression que réserve le pouvoir à chaque appel du CLC, le professeur estime que le président Kabila a plongé le pays dans une crise inutile « .

Historien de son état, le professeur Isidore Ndaywel n’a pas voulu assister passif à la déliquescence de l’Etat congolais. Il veut désormais être l’historien du présent ; celui qui trace la voie pour libérer un peuple en situation de servitude. Auteur d’un grand ouvrage sur l’histoire de la RDC, le professeur Ndaywel est un homme révolté, dépité par la dérive dictatoriale que prend le pays et qui est alimentée spécialement par la mauvaise foi du pouvoir. Ce dernier refuse de s’inscrire sur la voie de l’alternance démocratique, tel que repris noir sur blanc dans le préambule de la Constitution du 18 février 2006.

Isidore Ndaywel s’est depuis lors engagé dans un mouvement citoyen, le Comité laïc de coordination (CLC), où il milite aux côtés d’autres activistes tels que les professeurs Thierry Nlandu et Okana ainsi que Mme Léonie Kandolo et M. Lukengu pour éveiller la conscience nationale sur l’urgence de sauver l’Etat congolais.

Après son passage en 2012 à la tête du comité d’organisation du sommet de la Francophonie organisé à Kinshasa, personne ne s’attendait à ce que le professeur prenne ce virage aussi spectaculaire. Interrogé à ce sujet par Colette Braeckman, le professeur confond ses détracteurs. Il n’est pas, dit-il, un déçu du pouvoir par le fait d’une promesse de promotion non tenue dans la sphère du pouvoir.

 » Mon engagement n’est pas récent, loin s’en faut : en 1966, alors que j’étais encore étudiant à l’Université Lovanium, je me suis rendu, avec d’autres, à Kisangani et Idiofa, pour porter secours aux populations qui sortaient de la forêt où elles s’étaient réfugiées pour fuir les rébellions mulélistes et l’assaut des mercenaires. Par la suite, en rédigeant mes livres, j’ai voulu remonter à l’histoire précoloniale et démontrer qu’une conscience nationale existait déjà dans ce vaste ensemble. Je me suis toujours attaché à faire connaître l’histoire culturelle et sociale du peuple congolais « , a-t-il répondu à une question de la journaliste belge. Depuis lors, cette envie de porter secours à un peuple en détresse ne l’a plus quitté. Ce qu’il tente, dira-t-il par la suite, de ressusciter au travers du Comité laïc de coordination.

Le professeur Ndaywel et ses compagnons signataires de différents messages du CLC se sont distingués pour la première fois en lançant l’appel à la grande marche du 31 décembre 2017, suivi de celle du 21 janvier. Après ses deux initiatives, toute la population s’est alliée au CLC, amenant dans cette dynamique l’Eglise catholique, les partis de l’Opposition et un bon nombre de mouvements de la Société civile.

Alors que la RDC sombre dans le désespoir, le professeur Ndaywel ne veut pas être aligné un jour sur la liste de gens qui se sont tus, au moment où le pays était menacé de disparition.  » Il est donc normal qu’aujourd’hui à nouveau je me mobilise… Je ne voudrais pas qu’un jour on puise me faire le reproche d’avoir péché par omission. Qu’on puisse me dire  » vous étiez là et vous n’avez rien essayé… « .

Il est convaincu qu' » aujourd’hui encore il faut lutter pour que le pays aille mieux, pour que le peuple puisse vivre en paix, que chacun puisse s’exprimer, contribuer au développement « . De la relève de la RDC, pense-t-il, dépend aussi le redressement de tout le continent noir.  » Le redressement du Congo pourrait faire progresser toute l’Afrique… « .

LA FAUTE À KABILA

Après avoir côtoyé les couloirs du pouvoir, alors commissaire général du comité d’organisation du sommet de la Francophonie de 2012, le professeur Ndaywel dit avoir perdu tout espoir dans le président Kabila.  » Je suis vraiment triste pour le Congo : en 2012, lors de la conférence de la Francophonie, mon pays avait retrouvé sa réputation, son prestige. Et maintenant voilà qu’à nouveau nous reculons… Une telle fragilité est inadmissible… « .

 » Le président Kabila avait cependant suscité de grands espoirs : dans les années 2000, afin de rétablir l’unité du pays divisé par les rébellions, il avait accepté de partager le pouvoir avec quatre viceprésidents; ce qui avait permis la réunification du pays. Aujourd’hui, le risque de division est là, la guerre menace à nouveau… La loi électorale a été promulguée mais l’esprit n’y est pas. Le climat n’est pas favorable à des élections libres et apaisées « .

Aujourd’hui, le professeur regrette que le président Kabila se soit complètement détourné de sa promesse du 26 janvier 2001 lorsqu’il prêtait son premier serment de président de la République, héritant du poste laissé vacant par son père assassiné le 17 janvier 2001.

En historien averti, le professeur Ndaywel a une toute autre image du président Kabila, 17 ans après son arrivée à la tête du pays. Devant Colette Braeckman, lorsqu’il s’agit de décrire le personnage qu’incarne actuellement le président Kabila, il n’y va pas par le dos de la cuillère.

 » Il a plongé le pays dans une crise inutile…Les mesures de décrispation du climat politique prévues par l’Accord de la Saint-Sylvestre n’ont pas été appliquées, les prisonniers politiques n’ont pas été libérés. C’est pour cela que le Comité des laïcs chrétiens a appelé à manifester afin que des élections sereines soient possibles. Nous avons répondu à une demande de la Conférence épiscopale qui, le 27 juin 2017, de manière pathétique, avait déclaré  » le pays va mal « … Un appel avait été lancé aux hommes de bonne volonté, car les prélats voulaient que les laïcs prennent le relais « .

Est-ce pour autant que le professeur perd toute espérance à un avenir meilleur pour son pays ? Loin s’en faut. Le professeur Ndaywel ne se classe pas dans la catégorie des pessimistes.  » La détermination des chrétiens ne faiblit pas … Les jeunes sont mobilisés et je salue en particulier le courage des membres des mouvements Lucha et Filimbi, qui ont marché avec nous. Entre eux et nous, une synergie s’est établie, le fossé des générations a été comblé, car nous partageons une ambition commune pour notre pays « .

Condamné à vivre dans la clandestinité, à l’instar d’autres co-signataires de différents appels du CLC, notamment les professeurs Thierry Nlandu et Justin Okana ainsi que Mme Léonie Kandolo et M. Lukengu, le professeur Ndaywel reste debout sur ses deux jambes, déterminé à aller jusqu’au bout de son combat.  » Depuis le 31 décembre, je n’habite plus chez moi… A mon âge… Certes, j’ai pris des risques, je mesure le danger, ma famille, au moment de Noël, m’a mis en garde… Mais j’ai tenu à rester dans mon pays « .

L’HEURE DE LA LIBÉRATION A SONNÉ

L’heure de la libération a sonné, laisse-t-il entendre.  » Notre génération doit être un exemple pour les jeunes ; il y a eu des héros dans ce pays, et d’abord Patrice-Emery Lumumba, il y a toujours eu des résistances, même si elles ne sont pas suffisamment connues… Cet esprit de résistance est toujours là, plus fort qu’avant, avec une jeunesse qui ouvre la voie… Les Congolais, aujourd’hui comme hier, aspirent à la justice, souhaitent la paix, la dignité. Ils n’acceptent pas de se retrouver en haillons, mendiants en Angola ou à Brazzaville, refoulés en Libye, c’est la honte… « .

Isidore Ndaywel, Justin Okana, Thierry Nlandu, Léonie Kandolo et M. Lukengu portent désormais le flambeau d’un Congo qui se met debout pour se forger une autre image aussi bien en Afrique que dans le monde.

Malgré l’ampleur de la répression et toutes les privations qui leur sont imposées, les obligeant à se détacher de leurs familles, les membres du CLC n’entendent pas baisser les bras. A l’instant du professeur Ndaywel, ils sont mus par le devoir de  » lutter pour que le pays aille mieux « .

Face à une opposition désunie, essoufflée et empêtrée dans des querelles intestines, c’est le CLC qui incarne pour l’instant le vent de l’espoir. Le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018, le peuple a prouvé sur toute l’étendue du territoire national qu’il est derrière le CLC pour un Congo meilleur.

[lePotentiel]

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