lundi , 28 septembre 2020
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 » Ya Tshitshi  » : Retour sur les temps forts d’un parcours politique tumultueux

Si certains considéraient le retour en RD Congo d’Étienne Tshisekedi, le 27 juillet 2016, comme un tournant historique à même de pousser le président Kabila au départ, d’autres jugeaient que l’état de santé de l’opposant, qui s’était beaucoup détérioré, ne lui permettrait pas de mener à bien son combat. Ces derniers ont finalement eu raison. Décédé mercredi 1er février à Bruxelles d’une embolie pulmonaire,  » Ya Tshitshi  » n’a pas pu mener à bien l’ultime bataille politique qui devait clore des années de lutte farouche contre le pouvoir.

En quatre décennies, le Sphinx de Limete s’est imposé contre vents et marées comme la figure emblématique de l’opposition congolaise. Retour sur les temps forts d’un parcours politique tumultueux.

Si certains considéraient le retour en RD Congo d’Étienne Tshisekedi, le 27 juillet 2016, comme un tournant historique à même de pousser le président Kabila au départ, d’autres jugeaient que l’état de santé de l’opposant, qui s’était beaucoup détérioré, ne lui permettrait pas de mener à bien son combat. Ces derniers ont finalement eu raison.

Décédé mercredi 1er février à Bruxelles d’une embolie pulmonaire,  » Ya Tshitshi  » n’a pas pu mener à bien l’ultime bataille politique qui devait clore des années de lutte farouche contre le pouvoir.

Les années 1960 : premiers pas en politique aux côtés de Mobutu

Avant de tourner le dos à Mobutu Sese Seko, le jeune Tshisekedi a d’abord été étroitement lié à ce dernier. D’abord, membre du gouvernement provisoire mis en place après le coup d’Etat de 1960, Tshisekedi se hisse en 1965 au rang de ministre de l’Intérieur, après le second coup d’État.

Alors que Tshisekedi gravit les échelons du pouvoir, le pays ploie sous la chape de plomb du régime de Mobutu, qui impose le Mouvement populaire de la révolution (MPR) comme parti unique. Un affront pour Tshisekedi, qui avait pris part à la rédaction du Manifeste de la N’sele en 1967, acte fondateur du parti national qui prévoyait initialement l’existence de deux partis politiques au Congo.

En 1980, Tshisekedi signe ainsi une lettre ouverte avec un groupe de parlementaires condamnant les abus du régime du Maréchal-Président. La rupture est consommée : deux ans plus tard,  » Tshitshi  » fonde l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), dont les membres sont traqués par les autorités. Son activité au sein de ce parti d’opposition lui vaudra ainsi d’être incarcéré à plusieurs reprises durant cette décennie.

Les années 1990 : la valse de l’opposant

À l’occasion de la Conférence nationale souveraine (1990-1992) qui instaure finalement le multipartisme, Mobutu consent à nommer Tshisekedi Premier ministre, d’abord pour quelques jours en 1991, puis le 15 août 1992. Au sommet de sa popularité, le chef de l’opposition montre qu’il n’hésite pas à tenir tête au chef de l’État lors de sa prestation de serment, ce qui lui vaudra d’être limogé en février 1993.

Même scénario en 1997 : nommé une nouvelle fois Premier ministre alors que les troupes de Laurent-Désiré Kabila envahissent l’Est de la RD Congo, Tshisekedi a pour mission de rétablir la paix dans le pays. Taclant de nouveau un Mobutu vieillissant, il dévoile son gouvernement qui réserve six portefeuilles à l’AFDL de Kabila. Ce dernier, peu impressionné, rejette l’offre d’intégrer l’équipe de Tshisekedi… et l’écarte du gouvernement immédiatement après sa prise de pouvoir en mai 1997. Tshisekedi est ainsi brièvement arrêté un mois plus tard, puis tout bonnement interdit d’exercer son activité politique en 1998.

Les années 2000 : président envers et contre tous

En 2003, deux ans après l’assassinat du Mzee, Tshisekedi reste inflexible face au fils de l’ancien président, Joseph Kabila, qui s’est glissé dans les habits du pouvoir au lendemain de la mort de son père. Sans doute lassé, aussi, de jouer un rôle de ministre putatif, il refuse d’intégrer le gouvernement de transition et demeure à la tête de l’opposition chapeautée par l’UDPS, qui suscite régulièrement des mobilisations pacifiques depuis 1997. En 2006, ce mouvement appelle, en vain, au boycott de la première élection présidentielle multipartite du pays fraîchement doté d’une nouvelle Constitution.

En 2010, Tshisekedi reprend du poil de la bête. Après un exil médical de trois ans, il décide d’entrer dans la course du scrutin présidentiel de 2011 contre Joseph Kabila. Arrivé deuxième, il conteste le scrutin qu’il juge  » truffé d’irrégularités  » et s’autoproclame président de la République démocratique du Congo…

2016 – 2017 : le retour du Sphinx

Contraint de s’écarter malgré des tentatives de négociations, Tshisekedi refuse néanmoins de s’avouer vaincu et conserve son aura auprès de ses partisans, même lorsqu’il quitte Kinshasa pour Bruxelles le 16 août 2014, suite à un malaise. Après avoir annoncé son retour plusieurs fois en 2016, le 27 juillet dernier,  » Ya Tshitshi  » rentre enfin au pays : dans les rues de Kinshasa, des dizaines de milliers de personnes, dont des militants de l’UDPS mais aussi des partisans d’autres partis, accompagnent son cortège.

Dimanche 30 juillet, Tshisekedi galvanise à nouveau les foules lors d’un meeting où il donne son préavis au président Kabila :  » Le 20 décembre, la maison doit être libre « , lance-t-il. Sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo, il acceptera finalement de participer à des discussions directes avec le régime, débouchant sur l’accord politique du 31 décembre. Tshisekedi est alors désigné président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), chargé notamment de surveiller le bon déroulement du processus électoral en cours, la présidentielle étant reportée à la fin de l’année. Mais, évacué en urgence à Bruxelles le 24 janvier, il décédera une semaine après, avant même d’avoir été investi dans ses nouvelles fonctions.

Olenghankoy – Tshibala : les violons sont loin de s’accorder

Joseph Olenghankoy, président du CNSA, et Bruno Tshibala, Premier ministre, n’émettent plus sur la même longueur d’ondes. Après s’être contredits autour de la marche du 21 janvier dernier, les deux frondeurs du Rassemblement étalent maintenant leur divergence sur la place publique autour de la messe de suffrage en mémoire d’Etienne Tshisekedi, président du Rassemblement décédé le 1er février 2017 à Bruxelles.

Entre Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l’Accord du 31 décembre et du processus électoral (CNSA), et le Premier ministre, Bruno Tshibala, les violons sont loin de s’accorder. Après s’être brouillés autour de la marche qui était proclamée le 21 janvier 2018, les deux frondeurs du Rassemblement ne partagent le même point de vue sur la célébration de la messe prévue en mémoire du défunt président de l’Udps, Etienne Tshisekedi.

Alors que le Rassemblement qui se reconnaît autour de Bruno Tshibala a convoqué une messe ce jeudi pour célébrer la mémoire du Sphinx de l’Udps, Joseph Olenghankoy ne se sent pas concerné. Il le fait savoir dans un communiqué parvenu à notre Rédaction.

 » Pour ne pas perturber le programme déjà établi par l’UDPS et la famille du défunt pour ce jeudi 1er février 2018 ; le président du Conseil des sages du Rassemblement et président du Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA), M. Joseph Olenghankoy Mokundji, ainsi que la base du Rassemblement informent les autorités du pays en leurs titres et qualités respectifs, les ambassadeurs et chefs des missions diplomatiques, les personnalités politiques dans leurs diversités, toute personne ayant eu un attachement de près ou de loin envers le défunt ainsi qu’à tous les membres du Rassemblement, qu’une messe d’actions de grâce sera dite en l’honneur du patriarche Etienne Tshisekedi wa Mulumba ce vendredi 2 février 2018 à 13 heures 30 à la Cathédrale Notre-Dame du Congo, à Lingwala « , mentionne le communiqué.

Olenghankoy se plie donc à la famille biologique d’Etienne Tshisekedi et se refuse, à l’opposé de Bruno Tshibala, de faire ombrage aux activités dans le cadre familial du leader disparu.

Dans le même communiqué, Joseph Olenghankoy et la base du Rassemblement disent saisir cette occasion pour  » présenter à l’UDPS et à la famille du défunt toute leur compassion « . Par la même occasion, le président du CNSA indique qu' » un hommage déférent sera une fois encore rendu à ce vaillant combattant +du peuple d’abord+ et de la démocratie dans le cadre du Rassemblement et du CNSA pour permettre à plusieurs personnalités, la population, ainsi que la base du Rassemblement de commémorer ensemble et de demander à Dieu de lui octroyer une place de choix à ses côtés « .

Entre Olenghankoy et Tshibala, les contradictions s’amplifient. Les deux leaders de la fronde menée au sein du Rassemblement, incarné aujourd’hui par Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, ne semblent pas converger leur vision politique. La fronde est en sérieux ballotage. Combien de temps tiendra-t-elle encore? Difficile à prédire.

Toujours est-il que Joseph Olenghankoy ne cache plus son opposition à Bruno Tshibala. Il le fait savoir chaque fois qu’il en a l’occasion. Après la marche du 21 janvier, convoqué parallèlement par le camp Bruno Tshibala, voici Olenghankoy qui ne s’inscrit pas dans la démarche de Tshibala concernant la célébration de la messe en mémoire du défunt lider maximo de l’Udps.

[LP/JA]

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