dimanche , 24 mai 2020
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Accord Saint Sylvestre : La CENCO refuse de verser dans le désespoir

La Cenco est convaincue que la mise en œuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016 reste la seule planche de salut pour des élections apaisées. Elle souligne notamment la nécessité d’accélérer le volet décrispation pour donner la chance à tous de participer aux scrutins du 23 décembre 2016.

Contrairement au point de vue défendu, vendredi dernier, par le président Joseph Kabila devant la presse, la Cenco est convaincue que la mise en œuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016 reste la seule planche de salut pour des élections apaisées. Elle souligne notamment la nécessité d’accélérer le volet décrispation pour donner la chance à tous de participer aux scrutins du 23 décembre 2016. Secrétaire général de la Cenco, l’abbé Donatien Nshole, insiste sur cette contrainte, sans laquelle, les élections prochaines porteront les germes d’une crise inévitable.

Malgré la volonté du président Joseph Kabila et de sa famille politique, la MP, d’enterrer définitivement l’accord de la Saint Sylvestre, le clergé catholique, parrain de cet accord obtenu à l’arrachée dans la nuit du 31 décembre 2016 à travers la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo), refuse de verser dans le désespoir. A la suite de l’Union africaine et des Nations unies, qui viennent de réaffirmer depuis Addis-Abeba la nécessité de réactiver ledit Accord, la Cenco note que rien de durable ne saura être fait dans le sens d’un processus électoral valable tant que ce compromis politique n’est pas totalement mis en œuvre.

Relayé par le site actualite.cd, l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, est revenu sur cette contrainte qui s’impose à tous les signataires, particulièrement au chef de l’Etat et à sa famille politique qui tentent par tous les moyens d’en torpiller le contenu. L’abbé Nshole est convaincu que le processus électoral restera hypothéqué tant que certains volets de cet accord ne sont pas mis en œuvre. C’est le cas de la décrispation politique exécutée de manière sélective par la MP, avec une intention délibérée de disqualifier de la course à la présidentielle certains candidats gênants. Il s’agit, entre autres de Moïse Katumbi, condamné à un exil forcé par le fait d’une décision judiciaire controversée rendue par le tribunal de paix de Lubumbashi/Kamalondo.

Ayant pris une part active aux pourparlers du Centre interdiocésain, l’abbé Nshole a eu le temps de côtoyer tous les protagonistes. Aussi craint-il que le processus électoral ne puisse conduire le pays dans un trou noir.

 » Pour nous, les choses sont claires. L’accord du 31 décembre 2016 est là. La Cenco a accepté le calendrier publié par la Céni, mais la Cenco exige que le préalable contenu dans cet accord pour l’organisation de bonnes élections soit mis en pratique, parce que la Cenco n’accepte pas d’élections qui seront encore à l’origine de la crise « , a indiqué le secrétaire général de la Cenco. Il a posé le problème en ces termes :  » Comment aller aux élections quand le climat n’est pas décrispé ? Comment aller aux élections quand la Céni ne connait pas de restructuration ? Il y a des remplacements qui devront être faits pour beaucoup plus de confiance « .

Se détournant de l’avis soutenu par le chef de l’Etat, vendredi devant la presse, qui considère déjà l’accord du 31 décembre comme un fait politique relevant du passé, l’abbé Nshole prend le contre-pied, tout en tirant la sonnette d’alarme : » La Cenco rappelle juste ce qui est contenu dans l’accord, on n’invente rien. Si on veut les élections apaisées, il faut prendre des dispositions « .

Poser des actes qui rassurent

En bon pasteur, l’abbé Nshole a donc montré la voie à suivre. Il est d’avis que les élections apaisées passent inévitablement par la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016 dans toute son intégralité, quand bien même la MP prétendrait avoir réalisé des avancées significatives dans ce sens. A Addis-Abeba, l’UA a, en marge du dernier sommet, réaffirmé l’extrême urgence de revenir à cet accord pour garantir la tenue d’élections de décembre 2018.

La majorité au pouvoir ferait mieux de revoir ses calculs pour ne pas s’attirer la furie de toute la communauté internationale. Car, de New-York à Bruxelles, en passant par Addis-Abeba, un front commun s’est créé au niveau international pour exiger de Kinshasa la mise en œuvre intégrale de l’accord du 31 décembre 2016.

Donc, Kinshasa devrait poser des actes qui rassurent en termes de décrispation politique, notamment par la libération des prisonniers politiques tels qu’Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo et Franck Diongo ainsi que la levée de la décision judiciaire qui condamne à l’exil Moïse Katumbi.

LA PEUR AU VENTRE

Les Congolais sont en train d’avancer vers l’organisation des élections avec la peur au ventre. Cette crainte, la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) l’a exprimée et continue de l’exprimer à chaque fois. Qu’est-ce qui fait peur dans cette marche périlleuse vers les élections annoncées par la Céni le 23 décembre 2018 ? – Le manque d’équilibre dans le jeu démocratique.

En effet, pour plus de crédibilité au processus électoral en cours, il convient d’accorder les mêmes chances à tout le monde. Ce respect de règles du jeu permettra à chaque candidat potentiel de mesurer ses forces tout en acceptant ses limites. On ne peut pas vouloir organiser des élections crédibles et apaisées tout en excluant les autres. La politique d’exclusion, c’est une politique contreproductive qui ne paie jamais.

Les élections véritablement apaisées passent nécessairement par la décrispation de l’espace politique. Sans cela, les élections porteront en elles-mêmes ses propres germes de conflits.

Or, pour le moment, la crise politique est le fait que le pouvoir veut changer les règles du jeu. Une forfaiture que l’écrasante majorité des Congolais ne veut cautionner.

Pour garantir la paix avant, pendant et après les scrutins annoncés de décembre 2018, il faut que chaque partie prenante joue sa partition dans ce jeu démocratique. Mais il faut le dire : il n’y aura ni paix ni cohésion nationale là où règnent des injustices et la méconnaissance des droits des autres par les catégories sociales dominantes ou dirigeantes.

Ceux qui tiennent les rênes du pouvoir doivent jouer franc jeu afin de donner les mêmes chances à tout le monde, quelle que soit son obédience politique. Sans quoi, la tenue des élections en décembre 2018 devient de plus en plus une gageure quand on sait que seuls les partis de la mouvance présidentielle ont droit de tenir des meetings et de circuler librement à travers le pays.

À scrutin égal, jeu égal.

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