mardi , 22 mai 2018
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RDC : « Kabila » place le curseur sur les élections ?

«  On est sur la bonne voie de l’organisation des élections « . Déclinée dans les propos liminaires comme dans l’épilogue de sa « conversation  » avec les journalistes, cette phrase vaut confirmation de ce que Joseph Kabila a résolument placé le curseur sur les élections. Gros plan sur une conférence de presse assortie d’une mise au point à très large spectre, donnée vendredi 26 janvier par le Président Joseph Kabila, à l’occasion du dix-septième anniversaire de son investiture à la tête du pays. 17 ans après, c’est donc avec les journalistes que le Raïs a pris date dans la célèbre rontonde du Palais de la Nation.

Sur le front du processus électoral, le Président Kabila a recouru à cette métaphore puisée dans le lexique du transport ferroviaire :  » On est sur les rails « . Manière pour le Raïs de rassurer l’opinion nationale :  » Les Congolais gardent leur calme, le Congo est sur une bonne voie, celle de l’organisation des élections ».

Et le chef de l’Etat de rendre opportunément coup pour coup à ses détracteurs internes.  » Notre objectif d’organiser les scrutins rencontre, comme en 2006 et 2011, la résistance farouche d’une frange de l’Opposition, de ce qu’on appelle Société civile et de la part d’un homme de Dieu ». Pas besoin d’être clergé en exégèse pour savoir à qui le Président fait allusion. Puisqu’il enfonce lui-même le clou :  » de notre côté, il y a des options claires déjà levées, une feuille de route claire « . Avant de poser la question et d’y répondre :  » Qu’est ce qu’on nous propose ? Un saut dans l’inconnu, sans base juridique « .

Si Joseph Kabila confesse, non sans une pointe d’humour, que la porte est ouverte aux « savants » qui ont des idées pour améliorer le processus électoral en cours, c’est pour juste marquer la ligne rouge à ne pas franchir : « Essayer de dérailler ce processus avec des propositions farfelues est inadmissible « , martèle le numéro 1 congolais.

NON AUX ELECTIONS INFLUENCEES PAR DES ETRANGERS

Ajoutant une flèche souverainiste à sa mise au point, le lumumbiste-mzéiste Kabila achève de circonscrire :  » Il s’agit des élections libres et démocratiques, organisées par les Congolais et non celles influencées par un ou d’autres pays « . Là non plus, pas la peine d’un dessein pour deviner le (ou les) pays visé (s) par le Raïs.

Alors, question de la consoeur de RFI,  » allez-vous vous représenter Monsieur le Président ?  » Réponse aussi originale que riche en symbolique d’un chef d’Etat. On fait remettre, séance tenante, un exemplaire de la Constitution à la journaliste. Une manière pour le Président d’inviter l’auteur de la question à revisiter prescrits de la Loi fondamentale. Idem pour un autre confrère qui se fait l’écho des bruits sur un éventuel référendum. Cette fois-là, le Président le renvoie au calendrier électoral déjà publié dans lequel nulle part il n’est fait mention de consultation référendaire.

Déclinant le processus électoral en cours, Joseph Kabila note qu’on tend vers la fin de l’identification et enrôlement dans l’espace Kasaïen : 46 millions d’enrôlés. Au terme de cet exercice, la répartition de sièges conclura l’arsenal législatif entourant les élections. Le Président fait remarquer que, jusque-là, l’Etat congolais est le seul à financer ce processus avec 20 à 30 millions de dollars par mois.

Fort de toutes ces avancées, le Garant de la bonne marche des institutions félicite la CENI qui, souligne-t-il, travaille dans des conditions difficiles. En témoigne le lourd tribut en lettres de sang, payé par la Centrale électorale dans le Kasaï où les terroristes labellisés  » Kamwina Nsapu  » ont tué des agents de la Centrale électorale et saccagé leurs bureaux.

A ceux qui accusent le Pouvoir congolais qu’il incarne de n’avoir pas voulu organiser les élections dans le délai constitutionnel, Joseph Kabila renvoie les uns et les autres au seuil de son second mandat. « En 2012, le pays était confronté à une situation inédite, à savoir la présence de la rébellion estampillée M23 aux portes de Goma. Il fallait donc affecter les ressources à la défense de la République, et de l’intégrité du territoire. « Pendant 18 mois, les moyens étaient orientés vers cet objectif « , précise le Président. Avant de lâcher :  » C’était la bonne décision « . Comme quoi la défense de la souveraineté n’a pas de prix et vient avant toute chose « .

 » LE CONGO N’EST PAS A VENDRE « 

C’est au nom de ce primat souverainiste que le chef de l’Etat martèle que le Congo n’est pas à vendre. S’il note que Kinshasa entretient de bonnes relations
avec tous les pays de ce vaste monde, Joseph Kabila ajoute tout de même que la RDC tient au sacro-saint principe du respect mutuel.  » Le Congo tient à sa dignité et doit être respecté comme lui aussi respecte les autres pays du monde « , déclare le Président.  » La RDC a refusé que l’aide soit utilisée comme moyen de subordination « , renchérit un président qui affirme, en l’occurrence sans circonlocution diplomatique que  » la Belgique doit arrêter de comploter contre notre pays et on a des éléments à l’appui ». Des accusations qui résonnent d’autant plus fort de la part d’un chef de l’Etat qui a rappelé, parlant de démocratie, que six mois seulement après l’indépendance, on a tué le Premier ministre issu des urnes, assassinant ainsi la démocratie.

 » Ceux qui ont tué la démocratie devraient être humbles, au lieu de s’ériger en donneurs de leçons « , souligne Kabila.  » La démocratie que l’on a rendue effective est un choix politique et idéologique. C’est par conviction et non par contrainte qu’on a accepté d’aller aux élections en 2006 et 2011 « .

PAS DE COGESTION DE L’ETAT AVEC LA MONUSCO

Même souci souverainiste dans les propos présidentiels sur la mission onusienne au Congo. Le Président n’entend pas souscrire à  » la cogestion de l’Etat avec la Monusco « . Considérant qu’il y a une incompréhension au niveau de la portée du mandat de la Monusco, Joseph Kabila estime qu’il est impérieux de clarifier les rapports entre celle-ci et le Gouvernement congolais.

Pour ce faire,  » la RDC va exiger le strict respect de l’Accord de siège (SOFA), indique le chef de l’Etat congolais. Après une vingtaine d’années sur le sol congolais, on a l’impression que c’est une mission qui a vocation à s’éterniser « , semble regretter le Président, qui rappelle avoir demandé un plan de retrait depuis 2010.

Dans ce qui apparaît comme une espèce de bilan de son action depuis 2001, Joseph Kabila souligne, sur le plan économique, que le taux de croissance (entre 3,5 et 4 %) est supérieur à la moyenne africaine, qui est de 2 %. L’objectif est de diversifier l’économie, en faisant notamment de l’agriculture priorité des priorités.

Cela passe aussi par les hydrocarbures. Des tests d’exploration et d’exploitation sont en cours. Pour le moment, la RDC produit 25 à 30 mille barils au niveau de la côte.

En outre, la réforme fiscale en cours devrait rendre fluide le climat des affaires et les investissements, en finissant avec la bureaucratie et la multiplicité des taxes. Ce qui aura un impact positif sur le social.

Quant aux infrastructures, l’ambition demeure de relier le pays (du sud Est à l’Ouest). Normal pour un Président pour qui la réunification de la RDC constitue sa plus grande réussite.

[José NAWEJ]

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