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« Kabila » : Discours vide

Dernière mise à jour, le 28 février 2018 à 05:07

«  Discours  » vide « . Des  » contrevérités « . Les opposants au chef de l’État se sont déchainés après la conférence de presse du vendredi 26 janvier au Palais de la nation, au cours de laquelle Joseph Kabila a distribué des cartes en tentant notamment de renvoyer l’Église dans son temple ou encore d’agiter la fibre nationaliste contre l’ancienne puissance coloniale. Du côté de la MP, Lokondo a donné de la voix critique sur certains points.

Lokondo :  » L’Accord n’est pas intégralement exécuté en sa partie décrispation politique « 

 » J’ai retenu trois choses importantes : le président de la République réaffirme, conformément à la Constitution, qu’il ne peut pas être candidat. C’est la confirmation juridique, qui est d’ailleurs importante pour moi, même si l’opinion l’attendait sur la confirmation politique, celle de dire clairement qu’il ne sera pas candidat. Dès lors, cela devient un faux débat, car sur ce point précis, la Constitution est claire comme l’eau de roche… Et que les élections auront lieu à la date définitivement arrêtée par la Céni et que cette date est irrévocable « .

Dans la foulée, Lokondo estime que l’Accord du 31 décembre 2016 n’est pas encore intégralement exécuté, en sa partie décrispation politique pour les élections apaisées.  » Le président a déclaré plusieurs fois que cela est de la compétence du CNSA. Qui ne sait pas que les arrestations et condamnations de Muyambo, Diomi et Franck Diongo sont politiques ? « , s’est-il interrogé.

S’agissant du procès Katumbi, Lokondo donne sa position :  » Un scandale judiciaire de législature. Une opération mal montée malheureusement. Car même son frère qui se déclare aujourd’hui propriétaire de l’immeuble n’a jamais été entendu « . À cet argumentaire, l’élu de Mbandaka s’appuie aussi bien sur l’aveu de la juge Chantal Ramazani qui n’a plu résolu, selon ses propos, à voir un innocent illégalement condamné et sur la dénonciation faite par le ministre de la Justice lui-même, de la présence de faux magistrats dans le corps. Des personnes n’ayant jamais fait des études de droit se retrouvent procureurs ou juges.

Par ailleurs, Henri-Thomas Lokondo réfute la polémique soulevée entre l’Église et l’État.  » C’est une polémique sans importance pour moi. Car, si l’on met dans la balance les missions régaliennes de l’État pour le développement intégral du peuple congolais et les missions prophétiques et sociales de l’Église, on ne sera pas dans une situation asymétrique. Chacun joue son rôle pour le bien-être de la population.  »

Concernant la Monusco, Lokondo fait savoir qu’elle est venue sur base d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu.  » Si nous voulons qu’elle puisse partir en considérant que les missions pour lesquelles elle a été envoyée ont été atteintes, le gouvernement n’a qu’à faire un rapport complet et motivé au secrétaire général de l’Onu qui le soumettra au Conseil de sécurité pour décider, par une autre résolution, la fin du mandat assigné à la Monusco « .

Delly Sesanga :  » Joseph Kabila ne prend nullement la mesure des atrocités infligées à nos concitoyens « 

Pour le coordonnateur de la plateforme Alternance pour la République, Delly Sesanga, le chef de l’État s’est livré à un exercice d’illusionniste sur fond des mensonges d’État assénés à coup d’autosuggestion et d’autosatisfaction, pour se convaincre lui-même du bienfondé de la crise politique dans laquelle il a plongé la RDC.

 » Sur le coût des élections, Joseph KABILA fait une proposition indécente consistant dans le choix entre le développement et la démocratie, au motif que les élections couteraient chères. Si, pour lui, ceci est une nouveauté, laissez-nous vous dire que le peuple congolais a déjà expérimenté 32 ans d’un régime de dictature voulue, entre autres, pour développer le Congo. Au bout du compte, ni développement, ni liberté encore moins l’indépendance nationale ne furent préservés. C’est conscient de cette expérience douloureuse que depuis 1990, au prix souvent du sacrifice suprême que les Congolais ont opté pour un régime démocratique pluraliste dans lequel le pouvoir est dévolu par les élections, les suffrages exprimés par les Congolais. Un régime fondé sur les valeurs de liberté, d’égalité, da justice et de participation de tous. Ce sont ces valeurs de démocratie qui ont été consignées à la Conférence nationale souveraine, rééditées dans l’Accord de Lusaka pour mettre fin à la guerre civile avant d’être consacrées par le référendum constituant de 2005. Telle est l’histoire de notre Constitution qui consacre un Etat de droit dans ce pays. Rien que soulever pareil sujet, 28 ans après l’ouverture de l’espace politique, est en soi indécent. Cette problématique n’est pas à la hauteur de la charge de celui qui est censé être le garant du bon fonctionnement des institutions. Les Congolais ne veulent pas d’un développement, sans droit de vote, conduit par un  » deus ex machina  » à leur place, parce que ce qui est fait sans eux est nécessairement fait contre eux « , note l’AR.

Dans la foulée, l’AR qualifie de démagogique l’interrogation sur le choix à opérer entre la démocratie et le développement.

 » En réalité, le cycle électoral étant de 5 ans, le financement a été assuré régulièrement par des allocations budgétaires annuelles à hauteur moyenne de 250 millions dollars en moyenne par an, soit 1,25 milliards pour cinq ans. Il est donc indécent de cacher, sous forme de réflexion lapidaire, la mauvaise gestion des finances publiques pour remettre en cause les valeurs qui fondent notre vouloir-vivre-ensemble et notre projet démocratique. Sur un cadre de dépense à moyen terme, cela représente plutôt 1,250 milliards sur 35 milliards en moyenne, soit 3,4% de la dépense publique sur cinq ans consacrés à la stabilité des institutions. Un pays qui consacre un tel coût à sa démocratie pour notamment éviter des guerres civiles et des conflits incessants de légitimité ne devrait même pas soulever cette question… Pour le peuple congolais, il n’y a aucune contradiction entre développement et démocratie, d’autant par ailleurs que nul n’a épuisé le génie congolais au point de penser achever le développement du Congo. Le sens de l’histoire veut que chacun apporte sa pierre à l’édifice « .

S’agissant de la décrispation politique, Delly Sesanga a, une fois de plus, éclairé sur la position de l’AR en ces termes :  » Sur l’entendement de la décrispation L’Alternance pour la République rappelle que jadis la question de libération des prisonniers politiques, d’ouverture de l’espace politique et médiatiques furent posés comme des préalables à tout dialogue en vue de la sortie de crise. Pour donner une chance au dialogue, nous avions consenti à en faire une matière au dialogue et favoriser la recherche d’une issue à la crise. Le dialogue lui a donné un contenu dans l’accord de la Saint-sylvestre en exigeant la libération des prisonniers politiques, la libération des médias et la fin du dédoublement des partis politiques. La question de Joseph KABILA sur le contenu de la décrispation est une provocation. L’Accord de la Saint-Sylvestre en a formulé un contenu opérationnel : les cas emblématiques, la fin du dédoublement et l’ouverture de l’espace politique. C’est pourquoi, les Congolais sont mobilisés pour exiger l’application de ces mesures de décrispations, bien connues de tous en vue des élections libres, démocratiques, inclusives et apaisées. Et nous en appelons à tous les partis politiques de l’opposition, aux forces politiques et sociales de poursuivre la mobilisation en vue du respect de l’application effective des mesures de décrispation « .

Vital Kamerhe :  » le président Kabila a une vision édulcorée de la RDC « 

Le président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), Vital Kamerhe, s’est également invité à la critique avec une touche particulière ressortant  » dix contre-vérités  » dans le message du Chef de l’État.

Selon l’UNC, la paternité de la Constitution dont s’attribue le président de la République oubliant que c’est à plus de 85% que la population congolaise que celle-ci a été votée, est une contre-vérité.  » L’UNC considère la Constitution comme l’oeuvre de tous ces Congolais, y compris ceux qui l’avait boycotté, à la défendre « , a-t-il déclaré.

Une autre contre-vérité, c’est le fait que le président de la République n’ait pas pris la responsabilité dans la non-organisation des élections.  » À ce niveau, l’UNC a rappelé les initiatives répétées de la MP tendant à éloigner les conditions de l’organisation des élections en citant comme exemple la mise en place de l’ONIP et du projet de loi électorale qui conditionnait la tenue des élections au recensement général de la population congolaise « .

Aussi, l’UNC s’étonne que le président Kabila n’ait pas évoqué la cause de la non-organisation des élections provinciales pour lesquelles pourtant les candidatures avaient été déposées et les cautions versées.

Par ailleurs, le fait que le chef l’État ait indiqué que le pays se portait actuellement mieux est une contre-vérité. Car, il s’agit pour l’UNC, d’une vision édulcorée de la réalité de la population. Des crises sociales sont vécues : grogne à l’université, résurgence des maladies autrefois éradiquées telles que le choléra, dégradation des conditions d’hygiènes, grève de différents corps de métiers, l’instabilité du taux de change…

Dans la foulée, Kamerhe relève la posture d’isolement dans laquelle se trouve le chef de l’État devant l’unité d’actions de la Société civile dont à leur tête différents leaders des confessions religieuse. Ajouter à cela, la suspension de la coopération structurelle à la suite des violations massives de droits de l’homme.

 » La cinquième contre-vérité, c’est quand le chef de l’État dans son discours cherche à séparer le développement et la démocratie. Une appréhension à demeurer éternellement au pouvoir, car il n’y a pas développement sans démocratie, ni démocratie sans développement « , a fait savoir Vital Kamerhe.

Selon lui, l’appréhension de la transformation du peuple congolais voulue par le chef de l’État est aussi une contre-vérité. Une appréhension que l’UNC considère comme un lapsus linguae pour lequel il a invité le chef de l’État à réparer.  » La seule transformation du peuple congolais dans le régime Kabila, c’est son abandon de la peur devant ce que l’UNC appelle des tirs à balle réelles, bombes lacrymogènes… « , a déclaré Vital Kamerhe.

Autre chose, c’est le fait que le chef de l’État ait éludé la responsabilité des forces de l’ordre dans la répression ou encore le fait que le chef de l’État ait confié la responsabilité de la mort des paisibles citoyen lors des marches pacifiques au Comité Laïc de Coordination (CLC) en se dédouanant de sa casquette de commandant suprême de l’armée et de la police.

Les dernières contre-vérités, c’est la mise à l’écart de l’Église dans les questions politiques.  » Or, dans sa mission, l’église a le devoir de se mettre aux côtés du peuple opprimé « .

[P.M.]

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