mardi , 22 mai 2018
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RDC : Le peuple congolais ne jure que par l’application intégrale de l’Accord de la Saint-Sylvestre

Eu égard à tous les événements qui se sont succédé depuis la fin de l’année 2017, Konde Vila Kanda estime  » qu’il est grand temps que le pouvoir en place comprenne le message des évêques « . Car, de par le comportement qu’il affiche ces derniers temps, le peuple congolais ne jure que par l’application intégrale de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Lors des événements malheureux du 31 décembre 2017, des chrétiens catholiques de l’archidiocèse de Kinshasa sont tombés sous les coups de balle des forces de l’ordre. Et en mémoire des victimes des événements troubles, le Comité laïc de coordination (CLC) a, hier vendredi 12 janvier, organisé une messe en la Cathédrale Notre-Dame du Congo. Cette célébration eucharistique présidée par le cardinal Laurent Monsengwo a connu la participation des membres du corps diplomatique, des acteurs politiques et de la Société civile ainsi que de nombreux Kinois.

Président national intérimaire de l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC) dont le parti est membre du G7 et député national élu de la ville de la Goma, Konde Vila ki Kanda s’est dit impressionné par l’engouement des chrétiens catholiques et des fidèles d’autres confessions religieuses.  » Tous avaient une pensée pieuse pour des personnes qui ont succombé le 31 décembre 2017 pour avoir réclamé l’application intégrale de l’Accord de Saint-Sylvestre « .

Pour l’élu de la ville de Goma, la participation massive des chrétiens catholiques de Kinshasa et ceux d’autres confessions religieuses à cette célébration eucharistique est une preuve de plus de la crédibilité qu’on accorde à l’église-mère.

Une homélie émouvante

Pendant que l’assistance s’attendait à la prédication de l’archevêque métropolitain de Kinshasa, c’est plutôt l’un des évêques auxiliaires qui est monté en chaire. Konde s’est dit épaté d’autant plus que sa prédication était émouvante et pathétique.  » Les ovations du cardinal Laurent Monsengwo prouvent à suffisance qu’il a à ses côtés un bon berger « .

La nouvelle qui a réjoui le député national Konde Vila ki Kanda est la célébration, le 31 décembre de chaque année de la Journée nationale des martyrs de la démocratie.

Eu égard à tous les événements qui se sont succédé depuis la fin de l’année 2017, Konde Vila Kanda estime  » qu’il est grand temps que le pouvoir en place comprenne le message des évêques « .

Car, de par le comportement qu’il affiche ces derniers temps, le peuple congolais ne jure que par l’application intégrale de l’Accord de la Saint- Sylvestre.

LE RÉGIME DE KINSHASA VEUT NEUTRALISER LE CLC

Dans une alerte lancée hier vendredi 12 janvier, le défenseur des droits de l’Hommes Paul Nsapu de FIDH annonce que sur instruction des autorités politiques et judiciaires de la RDC, le Parquet près le tribunal de Grande instance de Kinshasa/Gombe vient de lancer des mandats d’amener contre les organisateurs de la marche pacifique du 31 décembre 2017, marche réprimée dans le sang par les forces de défense et de protection congolaises.

Selon cette alerte, les huit membres Comité Laïc de Coordination (CLC) que le régime veut neutraliser sont : Prof Thierry Nlandu, Prof Isidore Ndaywel, Prof Justin Okana, Jonas Tshiombela, Mme Léonie Kandolo, Mme Gertude Ekombe, Julien Lukengu, Francklin Mboliko. A cet effet, le défenseur des droits de l’Homme Paul Nsapu exhorte la population congolaise à s’opposer à ce qu’il qualifie comme  » une énième tentative d’étouffement de sa liberté et ses revendications démocratiques par un régime illégitime, illégal, dictatorial et sanguinaire en place à Kinshasa « .

A ce sujet, il sied de relever qu’au cours d’un point de tenu le 2 janvier 2018, l’organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme  » La Voix des Sans Voix pour les droits de l’Homme (VSV)  » a condamné et protesté avec la dernière énergie contre la répression violente et sanglante des chrétiens manifestants pacifiques et sans armes ainsi que la violation des libertés de culte et de manifestation en République démocratique du Congo.

Le monitoring de la situation fait par la VSV, après des entretiens avec des victimes et des témoins oculaires dans plusieurs paroisses de la ville de Kinshasa, révèle de nombreux cas d’arrestations illégales des dizaines de chrétiens et chrétiennes, de nombreux cas de violations du droit à l’intégrité physique, à la vie, à la liberté de culte et de manifestation émaillés d’une brutalité inouïe, planifiée et préméditée sous divers prétextes savamment concoctés pour mettre à mal la démocratie et décourager toute tentative de lutte pour les valeurs de paix, de démocratie et de l’Etat de droit en RDC.

Des tirs à balles réelles et à bout portant

Au regard des données recueillies dans trente-sept paroisses catholiques, la VSV fait le constat suivant : l’observation stricte du caractère pacifique de la marche par les chrétiens manifestants accompagnés de certains prêtres ; la violence enregistrée est venue des autorités congolaises à travers les militaires et les policiers lourdement armés déployés dans les différentes paroisses catholiques dont certains ont sciemment perturbé le déroulement normal des messes à défaut de les empêcher. Des militaires et policiers lourdement armés ont fait usage des tirs à balles réelles et à bout portant sur des chrétiens.

A titre illustratif, les cas de deux personnes tuées non loin de la paroisse St Alphonse de Matete au vu et au su de la population, d’une dame chrétienne de St Dominique qui a été atteinte d’une balle au front et de plusieurs autres chrétiens de la même paroisse blessés aux jambes par des tirs à bout portant à la Grotte Mariale, de Mlle Dorcas Makaya dont la mâchoire a été broyée par le tir d’un militaire, du Père Jean Nkongolo atteint par une balle en caoutchouc à
côté de l’oeil gauche, violant ainsi le droit de chaque personne à la vie ainsi que le droit à l’intégrité physique garanti à toute personne par la Constitution de la RDC et les instruments relatifs aux droits humains au niveau régional et international. Des centaines d’interpellations des chrétiens acheminés les uns vers une destination inconnue et d’autres vers le district de la Tshangu, le commissariat provincial de Kinshasa, etc.

Cette organisation dénonce le comportement des militaires et des policiers dont certains se sont permis d’entrer dans les églises ou d’y lancer des bombes à gaz lacrymogènes, alors qu’ils s’y trouvaient des nourrissons, des vieillards ne constituent pas moins une violation du droit à la liberté des cultes pourtant garantie par les instruments relatifs aux droits humains ratifiés par la RDC. Elle conclut  » L’humiliation, les intimidations, la violation du droit à l’intégrité physique des prêtres (abbés et autres religieux) est inacceptable et prouve à suffisance combien l’intolérance et le non respect de la dignité humaine ont atteint le paroxysme en RDC « .

MAJORITÉ, OPPOSITION ET SOCIÉTÉ CIVILE PRÉPAREZ-VOUS POUR ALLER AUX ÉLECTIONS

« Le pays vit en partenariat avec les institutions internationales, les structures internationales et avec des pays amis. Le chef de l’Etat l’a toujours dit : les conseils, suggestions d’amis, il est d’accord. Mais les interférences, les ingérences, il n’acceptera jamais. Il y a des limites de souveraineté en matière de coopération internationale. » *

1. Estimez-vous que la pression internationale sur les élections en RDC, n’a plus sa raison d’être avec la publication du calendrier électoral ?

En République démocratique du Congo, les choses se font conformément à la Constitution qui est l’expression populaire exprimée en 2005 lors du référendum. La Constitution donne le plein pouvoir à la Commission électorale nationale indépendante qui est le pouvoir organisateur des élections. Le pays vit en partenariat avec les institutions internationales, les structures internationales et avec des pays amis. Le chef de l’Etat l’a toujours dit : les conseils, suggestions d’amis, il est d’accord. Mais les interférences, les ingérences, il n’acceptera jamais. Il y a des limites de souveraineté en matière de coopération internationale. En ce qui concerne le calendrier électoral, il n’y a plus à redire parce que le pouvoir organisateur, à savoir la Céni, a tout indiqué.

Je ne vois pas quel est l’acte ou quelle action devra encore poser le chef de l’Etat pour confirmer qu’il y aura élections. Il appartient à toutes les parties prenantes, Majorité, Opposition et Société civile, de se préparer pour aller aux élections.

Aujourd’hui la Majorité présidentielle avec sa centrale électorale, se prépare. A voir de près, c’est plutôt une frange de l’Opposition qui reste dubitative. Elle est visiblement déterminée à ne pas aller aux élections par les actes qu’elle pose. L’influence de l’Opposition sur les dernières manifestations qui font couler beaucoup d’encre notamment celles du 31 décembre 2017.

2. Pourtant, c’est la MP qui est pointée du doigt dans le blocage de la décrispation politique. Ce qui explique le ton haussé de l’Eglise catholique en exigeant l’application intégrale de l’Accord de la Saint-Sylvestre ?

Je suis mal à l’aise. J’ai grandi dans une éducation catholique. Aujourd’hui, il y a des familles catholiques aussi bien dans la Majorité, dans l’Opposition et dans la Société civile. Il faut qu’on fasse la part de choses pour laisser à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Nous voulons que l’Eglise catholique joue son rôle d’église au milieu du village pour nous édifier par des messages de paix et de mobilisation pour le processus électoral qui est irréversible.

Je considère simplement des déclarations tenues par des personnes qui ne sont pas habiletés à nous dicter ce que nous devons faire en matière électorale. Le processus qui est en cours répond notamment aux directives convenues lors des discussions directes sous la médiation de la Cénco. La Céni devait accélérer le processus.

Aujourd’hui, la Céni a bouclé avec le processus d’enrôlement des électeurs. L’étape suivante, c’est de la réception des kits et machines à voter. Ce sont des signaux clairs qui démontrent que le processus est irréversible.

3. La répression des manifestations du 31 décembre fait tache d’huile. N’est-ce pas important d’établir toute la lumière sur ces violences afin que les responsables en répondent devant la justice ?

Je pense que sur cette question le langage est le même dans tous les camps. Toutes les institutions ont exprimé le voeu de voir les responsabilités établies. Mon souhait qui est aussi celui des autres compatriotes est qu’il faut qu’on arrive à identifier les auteurs des dérapages dans un camp comme dans l’autre. Et même dans le chef des services de sécurité, pour que des sanctions sévères soient appliquées et ainsi éviter une récidive.

4. La France réitère sa position : la mise en oeuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 est une urgence s’agissant notamment des mesures de décrispation.

C’est une des recommandations des discussions directes de la Cénco. Personnellement, je ne sais pas si en RDC, il existe des prisonniers politiques ! Le terme trouvé était celui des cas emblématiques en prison. Dans tous les cas, ça ne se fait pas de manière automatique. Lorsqu’un acteur politique que je suis, j’ai un problème de cohabitation avec mon voisin parce que j’avais mal construit ma maison et qu’un mur s’est écroulé et a tué l’enfant du voisin, je ne pense pas, qu’une fois arrêté, que je sois considéré comme un prisonnier politique. Nous pensons qu’on doit laisser la justice faire son travail. Il y a eu des mesures d’assouplissement négociées lors des discussions directes. Et les cours et tribunaux sont chargés d’analyser les dossiers au cas par cas. Souvenez-vous, il y a eu autant de remise en liberté pour des cas qui n’ont posé aucun problème. Il y a d’autres cas qui touchent à la moralité. Ce sont des cas à gérer avec beaucoup de tacts même si nous sommes en politique. On ne doit pas politiser toute arrestation.

5. Comment concilier le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, notamment le droit d’expression, d’information et de manifestation pacifique, qui est une composante essentielle de la démocratie au contexte sécuritaire du pays ?

La vie humaine est plus importante que toute chose. Celle de mes compatriotes, congolaises et congolais est au-dessus de toutes les considérations : droits, libertés, etc. Souvenez-vous en 2017 quand l’Opposition a été autorisée à faire la marche, les conséquences des dérapages étaient énormes. Les dégâts sont imparables jusqu’aujourd’hui.

Il y a eu des pillages, des morts d’hommes, etc. Doit-on continuer à autoriser ce genre de manifestations ? Il faut quand même le bon sens. Plus d’une fois, la MP s’est vue refuser des manifestations par les autorités compétentes. La décision prise intègre la protection de la vie humaine au regard des dérapages enregistrés en septembre 2017.

* Serge Kadima, Communicateur de la MP

[avec Veron K., Pitshou MULUMBA]

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