lundi , 16 juillet 2018
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Dimanche sanglant en RDC

Le pape François s’est inquiété dimanche d’un nouvel épisode sanglant dans la crise politique en République démocratique du Congo, où la dispersion violente de marches contre le pouvoir a fait au moins six morts d’après un bilan provisoire des Nations unies. « Aujourd’hui, des nouvelles très inquiétantes me parviennent de la République démocratique du Congo. Prions pour le Congo », a déclaré le souverain pontife depuis Lima, en référence à la répression des marches interdites lancées par un collectif catholique contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila. « Je demande aux autorités, aux responsables et à tous dans ce pays bien-aimé qu’ils mettent en oeuvre tous leurs efforts pour éviter toute forme de violence et chercher des solutions en faveur du bien commun », a ajouté le pape François. La contestation du régime du président Kabila est incarnée par un proche du pape, le cardinal et archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo.

Dimanche soir alors que le calme était revenu, la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) avançait un bilan provisoire de six morts à Kinshasa, avec des « allégations d’autres victimes », selon sa porte-parole.

La Monusco a estimé que l’usage de la force avait été disproportionnée, avec des tirs de lacrymogènes mais aussi de balles réelles, parfois en rafales, selon les témoins de la mort d’une jeune femme.

Des observateurs des Nations unies déployés sur le terrain ont eux-mêmes été « menacés et molestés » à Kinshasa, selon la porte-parole de la Monusco, qui les avait déployés pour instruire « d’éventuelles violations des droits de l’homme ».

Les Nations unies font aussi état de 57 blessés chez les civils et 111 arrestations à Kinshasa et dans les autres grandes villes (Goma, Beni, Kinsangani, Lubumbashi).

Que les médiocres dégagent

De leur côté, les autorités congolaises parlent de deux morts à Kinshasa et de neuf policiers blessés, dont deux grièvement, selon le bilan du porte-parole de la police nationale.

Une des victimes a été tuée d’un tir à bout portant par un policier, qui a été arrêté et déféré devant la justice, a affirmé à l’AFP une source proche de la présidence.

Le 31 décembre, six personnes avaient été tuées dont cinq à Kinshasa lors de la dispersion d’une marche similaire, d’après les Nations unies et la nonciature apostolique, aucune d’après les autorités congolaises.

A Kinshasa, une jeune femme de 24 ans est décédée après un tir en rafales à l’entrée de l’église Saint-François-de-Salles dans la commune de Kintambo.

Le décès a été confirmé à l’AFP par le père de la jeune fille, qui dit être officier de police. Il s’agit également du deuxième décès reconnu par les autorités, avec l’homme tué à bout portant.

Les autorités congolaises avaient une nouvelle fois interdit ces marches à l’appel du « comité laïc de coordination », qui a le soutien de l’épiscopat et de la nonciature (l’ambassade du Vatican).

Les organisateurs demandent au président Kabila, dont le dernier mandat a pris fin en décembre 2016, de s’engager publiquement à quitter le pouvoir. Les prochaines élections présidentielles ne sont pas prévues avant le 23 décembre.

Depuis les répressions du 31 décembre, l’Église catholique avait durci le ton contre le régime de Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001. Le cardinal et archevêque de Kinshasa avait dénoncé entre les deux marches la « barbarie » de la répression et demandé à ce « que les médiocres dégagent ».

Sur le terrain, les marcheurs de ce dimanche se sont montrés plus déterminés face aux policiers armés que le 31 décembre, selon des journalistes de l’AFP.

Dans le centre de Kinshasa après la messe, plusieurs centaines de personnes avec des rameaux et des bibles ont marché sur deux kilomètres entre la paroisse Christ-Roi vers la place Victoire avant de se heurter aux forces de l’ordre.

Maman Marie vient sauver le pays

Ils portaient des crucifix et des chapelets et chantaient en lingala « Maman Marie, viens sauver le pays ». Des curés et un des leaders de l’opposition, Vital Kamerhe, avaient pris la tête du cortège.

D’abord inactive, la police a tiré des gaz lacrymogènes, auxquels les manifestants ont répondu par des jets de pierre, a constaté un journaliste de l’AFP.

Dans les provinces, onze personnes ont été blessées à Kisangani (nord-est), selon la Monusco. Dans cette ville, des marches ont tenté de se reconstituer après leur dispersion, selon un correspondant de l’AFP.

La RDC interdit toute manifestation depuis les journées sanglantes de septembre 2016, qui avaient fait des dizaines de morts parmi les manifestants réclamant le départ de Joseph Kabila d’ici la fin de l’année.

KINSHASA TIENT TÊTE À LA POLICE DE  » JOSEPH KABILA « 

« Elle n’est pas morte pour rien. C’est une martyr », lance Jean-Claude qui s’improvise porte-parole du clan dans la cour de la résidence familiale, à Kinshasa.

Elle, c’est sa grande sœur, Deshade, 24 ans, aspirante à la vie religieuse, qui vient d’être fauchée par une rafale de balles devant la paroisse Saint-François de Salles, à Kintambo, un quartier populaire de la capitale de la République démocratique du Congo.

La jeune femme de 24 ans aux tresses noires et marrons, qui sourit à la vie sur un selfie présenté par ses proches en pleurs, est l’une des six victimes de la répression des marches des catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

« Des soldats ont tiré au moins cinq balles. Ma grande sœur a perdu beaucoup de sang », poursuit Jean-Claude.

C’est une femme officier qui a donné l’ordre de tirer le coup de rafale fatale, accusent des témoins.

Derrière le frère, parmi les femmes qui hurlent de douleur, un membre du clan se tait. Le père. « Je ne peux rien dire, je suis officier de police. Dieu jugera », soupire l’homme, acteur malgré lui d’une tragédie congolaise.

Une chaise renversée, des rameaux dispersés, une mare de sang qui sèche: les traces de l’agonie de la jeune femme, sont encore visibles devant l’église Saint-François.

Saint-François, Christ-roi, Saint-Joseph, cathédrale Notre-Dame…: dans la capitale aux 160 paroisses, les fidèles ont défié les forces de sécurité et marché après les messes pour dire non à la prolongation du pouvoir du président Kabila, dont le dernier mandat a expiré le 20 décembre 2016.

Contrairement à la précédente marche du 31 décembre, les catholiques ont résisté après les premiers tirs de gaz lacrymogènes.

Pneus brûlés, poubelles renversées, rues barricadées, le quartier de Kintambo, l’un des plus vieux de Kinshasa avec ses petites échoppes à un étage, a été l’un des centres de la colère populaire.

Des jeunes, des femmes, des hommes ont marché rameaux à la main, entonnant des chants anti-Kabila, au nez et à la barbe des policiers.

Ils nous tueront ensemble

« Qu’il parte! Il ne fait que tuer les gens, on n’en peut plus », hurle un jeune homme d’une vingtaine d’années. « Kabila doit partir, nous n’allons plus lui laisser du temps », lance un autre.

L’espace d’une matinée, « Kin-la-belle », la troisième mégapole africaine qui déborde d’énergie malgré la misère, a renoué avec les heures sombres de son histoire.

Plus loin dans un autre quartier, à Lemba, un homme en civil se promène à l’arrière d’une moto en tirant des coups de feu en l’air. La scène se déroule en face du camp militaire « Mzee Kabila », en référence à Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel président, assassiné il y a tout juste 17 ans en janvier 2001.

A une vingtaine de mètres, un groupe de jeunes en colère défient des policiers, visiblement débordés.

Les marches ont commencé à la fin des messes, comme dans la paroisse Saint-Joseph de Matonge, quartier connu en temps ordinaire pour ses bars et ses boîtes.

« S’il arrivait qu’on nous menaçait, restons unis et s’ils veulent nous tuer, ils nous tueront ensemble », donne pour consigne à l’assistance un responsable laïc avant la marche.

La procession sort, les fidèles arrachent des branches d’arbres pour les agiter comme des rameaux de paix, derrière un enfant de chœur qui porte le crucifix.

Après 100 mètres, les cantiques religieux s’arrêtent net aux premiers coups de gaz lacrymogènes.

« Je voudrais qu’on appelle à une nouvelle marche même dans trois jours. Il faut continuer à faire pression sur ce pouvoir », s’emporte Jean-René, un fidèle.

« Nous avons tenu tête aux policiers malgré leur brutalité », se félicite Néhémie, un spécialiste en communication numérique, sonné par les gaz lacrymogènes.

Dans une autre paroisse, Christ-Roi, les fidèles ont marché sur près de deux kilomètres, avant de recevoir des tirs de lacrymogènes et de balles réelles.

Ils ont répondu par des jets de pierre. Après un quart d’heure d’affrontement, le curé leur demande de regagner l’enceinte de l’église ou de retourner chez eux.

« Le pays va bien, la police est très gentille », ironise un policier qui contrôle l’équipe de l’AFP à l’un des très innombrables barrages déployés dès l’aube.

[Afp]

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