mercredi , 23 mai 2018
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Milice kurde : Turquie attaque Syrie

La Turquie a lancé samedi une offensive terrestre et aérienne dans le nord de la Syrie contre une milice kurde qu’elle considère comme une organisation terroriste, une opération considérée avec inquiétude par Washington.

Dix personnes, pour la plupart des civils, ont été tuées dans des bombardements turcs dans la région d’Afrine, a affirmé un porte-parole de la milice kurde qui contrôle la région.

L’opération, baptisée « Rameau d’olivier », a débuté à 14H00 GMT, a annoncé l’armée turque. Parmi les cibles figurent notamment l’aéroport militaire de Minnigh, selon l’agence de presse turque Anadolu, qui évoque au total 108 cibles touchées.

« L’opération Afrine a commencé de facto sur le terrain », avait déclaré plus tôt le président turc Recep Tayyip Erdogan dans un discours télévisé, citant le nom de l’enclave contrôlée par les Kurdes.

Afrine est tenue par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée par Ankara comme une organisation terroriste mais alliée des Etats-Unis dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

Ankara accuse les YPG d’être la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de trente ans et est considéré par Ankara et ses alliés occidentaux comme une organisation terroriste.

Inquiétude russe

Mais les YPG ont aussi été un allié incontournable des Etats-Unis, partenaires de la Turquie au sein de l’Otan, dans la guerre contre le groupe Etat islamique. Elles ont joué un rôle majeur dans l’éviction des jihadistes de tous leurs principaux fiefs de Syrie.

Face à cette offensive turque, la Russie a appelé à la « retenue », alors que la Syrie avait affirmé jeudi qu’elle abattrait tout appareil militaire turc s’aventurant dans son espace aérien.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a indiqué samedi que son pays tenait le président syrien Bachar al-Assad informé « par écrit » de son offensive, ce que le régime syrien a nié, dénonçant une « brutale agression de la Turquie sur Afrine ».

La Grande-Bretagne a de son côté estimé que la Turquie avait un « intérêt légitime » à assurer la sécurité de ses frontières.

Les analystes estiment qu’aucune offensive majeure ne peut être lancée en Syrie sans l’aval de la Russie, présente militairement dans la région et qui entretient de bonnes relations avec les YPG.

Le chef de l’armée turque, le général Hulusi Akar, et celui des services de renseignement, Hakan Fridan, se sont rendus à Moscou jeudi pour des entretiens.

« La Turquie ne lancera pas une offensive terrestre et aérienne totale sans la bénédiction de Moscou », a pronostiqué Anthony Skinner, analyste du cabinet de consultants en risques Verisk Maplecroft.

Le ministère russe de la Défense a annoncé samedi que les militaires russes déployés dans la zone d’Afrine avaient quitté leurs positions pour « empêcher d’éventuelles provocations » ou menaces à leur encontre.

Les menaces d’intervention turque avaient suscité l’inquiétude à Washington, qui a soutenu les YPG dans leur lutte contre l’EI et leur prise de contrôle d’une grande partie du nord de la Syrie, jusqu’à la frontière irakienne.

Selon Moscou, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov s’est entretenu samedi au téléphone avec son homologue américain Rex Tillerson et ils ont évoqué « les mesures visant à assurer la stabilité dans le nord » de la Syrie.

« Nous ne pensons pas qu’une opération militaire (…) aille dans le sens de la stabilité régionale, de la stabilité de la Syrie, ou de l’apaisement des craintes de la Turquie pour la sécurité de sa frontière », avait averti vendredi le département d’Etat.

Une opération turque constituerait « un sérieux coup dur » pour la coalition dirigée par les Etats-Unis en Syrie, qui dépend encore fortement des YPG pour stabiliser la région après la débandade de l’EI, selon l’analyste Anthony Skinner.

M. Erdogan a réagi avec colère, cette semaine, à l’annonce d’un plan pour constituer une force de 30.000 hommes, provenant en partie des YPG, sous l’égide des Etats-Unis, à la frontière nord de la Syrie. Il a qualifié ce projet de force d' »armée de la terreur ».

Par ailleurs, 16 civils ont été tués près de Damas dans un bombardement des forces gouvernementales contre des rebelles retranchés dans l’enclave de Goutha, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Et au moins 13 Syriens sont morts en tentant de fuir leur pays vers le Liban voisin pendant une tempête de neige, selon un nouveau bilan fourni samedi par l’ONU.

AFRINE, ADMINISTRATION KURDE AUTONOME

La région syrienne d’Afrine, sous le coup d’une offensive menée par la Turquie, a longtemps été réputée pour ses oliveraies et a été la première zone où les Kurdes de Syrie ont installé une administration autonome en 2012.

L’armée turque a lancé samedi une offensive terrestre et aérienne contre cette enclave située dans le nord de la Syrie et contrôlée par une milice kurde considérée comme une organisation terroriste par Ankara.

Une enclave assiégée

La région d’Afrine est située dans le nord-ouest de la province d’Alep. Elle est bordée par la Turquie à l’ouest et au nord, et par des régions contrôlées par des rebelles syriens pro-Ankara au sud et à l’est.

L’unique voie vers le monde extérieur est une route menant à Alep, la deuxième cité de Syrie, à 60 km de la ville d’Afrine.

« C’est la seule porte de sortie pour la région d’Afrine qui est presque totalement assiégée », estime Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits l’Homme (OSDH).

« La plupart du temps, cette route est ouverte, mais des combattants des localités de Nebbol et Zahra la ferment dans certaines circonstances », ajoute-t-il.

La région, à majorité kurde, comprend environ 360 villes et villages.

Pionnière

Après le début de la guerre en Syrie en 2011, les Kurdes, concentrés dans le nord du pays, ont en grande majorité adopté une position de « neutralité » envers le pouvoir et la rébellion.

En 2012, après le retrait des forces gouvernementales de la zone, Afrine devient la première région kurde à échapper au contrôle du régime de Bachar al-Assad, et tombe aux mains de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Les photos d’Abdullah Öcalan, le chef historique emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation classée « terroriste » par Ankara, surgissent partout à Afrine.

Les leaders kurdes en Syrie utilisent alors Afrine comme un laboratoire d’administration autonome qui sera ensuite appliquée plus tard à d’autres régions kurdes du pays.

Les habitants commencent à parler la langue kurde, longtemps interdite par le gouvernement syrien, et mettent en place des écoles, des centres culturels et des forces de sécurité.

Montagneuse et agricole

Plus d’un million de personnes, dont des milliers de déplacés du le conflit, vivent dans la région montagneuse d’Afrine. Elle était connue dans le passé pour son agriculture, notamment ses oliveraies à flanc de collines.

Sa topographie a permis aux combattants kurdes de consolider leurs positions en creusant des tranchés pour repousser les attaques des rebelles.

AFRINE, DES ENFANTS TERRIFIÉS ET DES RUES DÉSERTES

Dès que les avions de combat turcs ont commencé à bombarder Afrine samedi, des habitants terrifiés de l’enclave kurde syrienne se sont réfugiés dans les sous-sols de leurs maisons.

Voilà une semaine qu’ils se préparaient à un assaut turc, alors qu’Ankara multipliait ses menaces contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la milice qui contrôle la région.

« Mon fils de quatre ans est terrifié à chaque fois qu’il entend le bruit d’un avion », confie Nisrine, une femme au foyer d’Afrine qui a demandé à utiliser un pseudonyme. « Quel crime a-t-il commis pour vivre dans la terreur? »

Lorsque les bombardements ont commencé, Nisrine et ses proches se sont cachés à la hâte dans le sous-sol de leur immeuble, suivant les instructions des autorités kurdes.

« Nous avions préparé nos sous-sols pour protéger nos enfants, avec des aliments de base comme du lait ainsi que des médicaments pour les enfants et les personnes âgées », explique Nisrine.

La Turquie et ses alliés rebelles en Syrie ont lancé samedi une offensive terrestre et aérienne baptisée « Rameau d’olivier » pour chasser les YPG d’Afrine, une région à majorité kurde.

Selon un journaliste à Afrine collaborant avec l’AFP, les habitants ont rapidement déserté les rues lorsque les bombardements turcs ont débuté vers 16H30 (14H30 GMT), tandis que les YPG déployaient des véhicules militaires.

Les autorités locales ont imposé un couvre-feu, interdit aux civils tout rassemblement public et ordonné de fermer commerces et écoles.

Guerre psychologique

« Je ne sais pas comment décrire ce que j’ai ressenti lorsque les avions turcs ont survolé Afrine et bombardé les civils », a déclaré Randa Mustafa, une enseignante âgée d’une quarantaine d’années.

« Les enfants ont peur. Nos hommes, nos femmes et nos jeunes sont pacifiques, qu’ont-ils fait de mal? », se désole Randa.

Elle accuse la Turquie de vouloir semer la discorde parmi les Syriens et de mener une « guerre psychologique » contre les habitants d’Afrine.

Ankara considère les YPG comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de 30 ans.

La branche politique des YPG, le Parti de l’union démocratique (PYD), a affirmé samedi que les bombardements turcs avaient blessé 25 civils. De son côté, la Turquie a fait état de victimes, précisant qu’il s’agissait d’activistes kurdes.

« Nous avons pris des mesures pour protéger les civils, notamment en creusant des abris anti-bombes et des tunnels pour les utiliser en cas d’urgence », a assuré Heve Mustafa, un responsable du conseil municipal.

« Notre plus grande crainte, c’est que les forces internationales présentes sur le terrain en Syrie, qui prétendent être venues combattre le terrorisme et trouver une solution au problème syrien, ferment les yeux » sur l’offensive, souligne-t-il.

Plusieurs forces de puissances internationales sont déployées dans le nord de la Syrie, dont l’allié russe du régime et la coalition internationale antijihadistes menée par les Etats-Unis.

Mais la Russie a annoncé samedi que ses militaires avaient quitté la zone d’Afrine.

La résistance, seule option

« La seule option dont dispose l’administration autonome est la résistance. Rien d’autre. Nous ne permettrons pas une occupation turque du territoire syrien », ajoute M. Mustafa.

Dans un communiqué diffusé samedi, les YPG vont dans le même sens, avançant que les combattants kurdes n’ont « aucun choix », si ce n’est celui de se battre contre « l’agression barbare » de la Turquie.

En 2012, après le retrait des forces gouvernementales de la zone, Afrine est devenue la première région kurde en Syrie à échapper au contrôle du régime de Bachar al-Assad, créant notamment des écoles et des forces de sécurité.

Jamil, un ingénieur de 22 ans, se dit en colère du nom choisi par la Turquie pour désigner son offensive dans cette région réputée pour ses oliveraies.

« Erdogan l’a appelée +Opération rameau d’olivier+, précisément parce que c’est la ville des olives et de la paix », dit-il. « Mais avec ce nom, il nous montre qu’il ne veut ni la paix ni la sécurité. »

[Afp]

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