mardi , 22 mai 2018
Accueil / Afrique / Afrique Centrale / RD Congo / RDC : plusieurs familles ont tout perdu après les inondations de Kinshasa

RDC : plusieurs familles ont tout perdu après les inondations de Kinshasa

Après les inondations dues aux fortes pluies qui se sont abattues dans la nuit de mercredi à jeudi 4 janvier à Kinshasa, plusieurs familles ont tout perdu : pertes en vies humaines, maisons et tous leurs biens. Ces sinistrés comptés en majorité dans les communes de Limete, Ngaliema, Bandalungwa et Mont-Ngafula vivent dans des conditions humanitaires difficiles.

Huit personnes ont été sauvées de justesse des boues qui ont englouti leurs maisons au quartier Dimez, dans la commune de Mont-Ngafula, pendant la forte pluie qui s’est abattue dimanche 7 janvier à Kinshasa. Une dizaine de maisons se sont écroulées et l’espace ne ressemble plus qu’à un terrain à ciel ouvert. Une cinquantaine d’autres habitations restent exposées aux dangers.

Tous les curieux trouvés sur le lieu de l’éboulement condamnent les victimes des maisons qui se sont écroulées. Ils indiquent que certains ont construit leurs maisons sur les ravins et d’autres sur un terrain aux abords d’un bassin destiné à la rétention des eaux de ruissèlement.

Ce bassin qui est non construit jusqu’à ce jour a cédé à la suite de l’importante quantité d’eau qu’il a encaissée. Jusque 14 heures, des fissures laissent encore craindre un nouveau glissement de terrain.

Quelques voisins de l’éboulement prennent déjà des précautions. Ils se précipitent à récupérer quelques tôles de leurs maisons et d’autres biens pour chercher d’autres habitations ailleurs.

Plusieurs personnes trouvées sur place affirment qu’il existe bien une mesure d’interdiction de construire dans cette zone où des maisons se sont écroulées.

UNE FAMILLE SINISTRÉE DE LIMETE DIT VIVRE EN «DANGER PERMANENT»

Après les inondations dues aux fortes pluies qui se sont abattues dans la nuit de mercredi à jeudi 4 janvier à Kinshasa, plusieurs familles ont tout perdu : pertes en vies humaines, maisons et tous leurs biens. Ces sinistrés comptés en majorité dans les communes de Limete, Ngaliema, Bandalungwa et Mont-Ngafula vivent dans des conditions humanitaires difficiles. Radio Okapi a visité une famille du quartier Mosso à Limete.

Dans ce quartier, les rescapés de dernières inondations du 4 janvier essayent de survivre et reconstruire leurs maisons. Mais c’est à un exercice rude qu’ils se livrent et affirment être en danger permanent.

Sur l’avenue Kabeya 12 bis, dans le même quartier, c’est la grande désolation. Le mur de la clôture d’une parcelle voisine s’est écroulé sur un hangar tuant trois personnes. La famille est inconsolable.

«Nous sommes vraiment sinistrés. Toutes les maisons de la parcelle se sont écroulées, tous les effets de la maison sont foutus. Nous sommes dans un danger permanent », témoigne un rescapé.

D’autres familles, victimes d’inondation dans ce même quartier vivent difficilement. Elles plaident pour une assistance humanitaire d’urgence «en lieu et place d’un deuil national décrété par le gouvernement».

«Le deuil national ce n’est pas mal. Mais le souci que nous avons, c’est d’enterrer nos frères et voir comment s’acquitter des problèmes que nous avons», a affirmé un jeune homme de cette famille.

Par ailleurs, les dégâts causés par la pluie, relance la problématique des constructions anarchiques que déplore Alexis Mbikayi, expert en urbanisme et habitat. Il invite la population à éviter de construire dans des zones à risques.

Cet expert qui est en même temps directeur chef de service juridique au secrétariat général de l’Urbanisme et Habitat demande aussi à l’Etat de construire des logements sociaux aux populations démunis, afin de les mettre à l’abri des dégâts de grosses pluies.

Mont-Ngafula : un mort

Un enfant est mort, dimanche 7 janvier, dans le quartier Masanga Mbila à Mont-Ngafula, après la forte pluie qui s’est abattue le matin à Kinshasa. Selon le bourgmestre de cette commune, Olivier Saya, qui a donné cette information à Radio Okapi, un mur s’est de la maison écroulé sur l’enfant pendant qu’il dormait.

«La victime se nomme Emmanuel Mvula, de sexe masculin, âgé de 3 ans. Il dormait et s’est retrouvé englouti sous les briques. Le temps de l’amener à l’hôpital, il a succombé», a relaté le bourgmestre Saya. En dehors de cette perte en vies humaines, plusieurs maisons se sont également écroulées dans la commune, a-t-il indiqué, sans plus de précisions, ajoutant aussi que la route s’est dégradée à l’entrée du quartier Masanga Mbila.

CIRCULATION BLOQUÉE À MATADI-KIBALA

Dans le quartier Matadi Kibala, la circulation est bloquée sur la route nationale n°1, précisément à l’arrêt en Vrac. Deux camions remorques ensablés au milieu de la chaussée bloquent le passage.

Apres la pluie abondante qui s’est abattue sur la ville ce matin, les eaux ont charriées du sable sur l’asphalte, c’est ce qui explique cette situation, affirment des conducteurs sur place.

Les membres des familles éplorées qui accompagnent leurs mort vers le cimetière de Benseke sont obligés de poursuivre leur parcours en transportant les cercueils par les mains avant de trouver un autre moyen de l’autre côté, notamment, des taxis moto pour poursuivre leurs chemins vers le cimetière.

PENDANT VINGT ANS, L’URBANISTE CONGOLAIS CORNEILLE KANENE A ÉTÉ LE COORDONNATEUR DU PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR L’HABITAT DANS LES DEUX CONGO, LE CONGO-BRAZZAVILLE ET LE CONGO-KINSHASA (RDC). EN LIGNE DE KINSHASA, IL A RÉPONDU AUX QUESTIONS DE CHRISTOPHE BOISBOUVIER DE RFI

Comment expliquez-vous que des pluies torrentielles puissent provoquer la mort de 48 personnes ?

Je pense d’abord qu’il faut comprendre que c’est la ville de Kinshasa qui, à l’origine, est bâtie sur une plaine. On peut dire qu’à l’époque du quaternaire, disons que c’était une mer intérieure. Et au niveau de l’hydrographie, Kinshasa est parcourue par une vingtaine de rivières, de cours d’eau. Le premier problème, c’est celui-là. Le deuxième, en fait, c’est que tout commence au niveau du plan : Kinshasa est bien couverte par un schéma d’orientation stratégique de l’agglomération kinoise, un bon projet d’urbanisme qui a été validé, qui a été aussi couvert par un audit. Tous ces planslà n’ont jamais connu vraiment une mise en oeuvre.

Ce qui veut dire qu’il y a beaucoup de constructions anarchiques ?

Exact. Il y a beaucoup de constructions anarchiques. Et cela ne fait qu’accélérer la vitesse de ruissellement des eaux superficielles. Donc, toutes les eaux de ruissellement sont rejetées dans la rue. Mais dans la rue, il n’y a pas un système d’assainissement, il n’y a pas d’égouts. Et ce qui se passe, les petites ruelles sur de fortes pentes accélèrent l’érosion. Alors tout le monde est surpris. C’est ça qui se passe malheureusement le plus souvent.

Vous dites « pas d’égouts », pas de caniveaux. Est-ce que ce n’est pas la première mission d’un bourgmestre, d’un gouverneur que de construire les infrastructures nécessaires ?

C’est la première mission. Et je dirais, qu’il revient aux pouvoirs publics de mettre en place les infrastructures, de viabiliser, d’assainir le site. Cela est la première mission. Viabiliser, assainir, mais aussi il faut entretenir ce qui existe. Tous les collecteurs de grands caniveaux, les systèmes d’assainissement qui ont été mis en place à Kinshasa à l’époque coloniale. Vous êtes au centre-ville de Kinshasa, la Gombe, vous allez vous rendre compte que quand il pleut, même le boulevard du 30 Juin devient rivière, devient le fleuve. Il y a eu des immeubles qui ont été construits sur les collecteurs. Donc, ils ont obstrué le système d’assainissement. Et dans cette stratégie nationale de l’habitat, qu’on appelle le Plan d’action national pour l’habitat, il y a l’inaction du pouvoir, je dois le dire et j’insiste, et je ne cesserai toujours de le dire.

Oui, parce que ce Plan d’action national pour l’habitat date déjà de 2002, c’est-à-dire de près de vingt ans.

Exact. Mais quand vous le lisez, il est toujours d’actualité et il tient compte aussi de l’accroissement de la population.

Et y a-t-il eu un début d’exécution de ce plan ou rien du tout ?

Rien du tout. Il n’y a eu aucune appropriation, uniquement pour faire des beaux discours.

Pour faire face à ce gros problème des constructions anarchiques, il y a peut-être une solution, c’est la délocalisation des habitants ?

Il faut dire ceci quand on parle de la délocalisation des habitants : j’aime parler de l’attachement au tissu urbain, c’est-à-dire le citadin est attaché à un site donné, à un endroit donné de la ville. Il a son horizon, là où les enfants vont à l’école, là où il y a le centre de santé, là où il va travailler. Et quand vous les délocalisez, il reviendra toujours. Il y a une urgence qu’il faut faire. Il faut libérer les berges des rivières. Les rivières, ce sont de grands collecteurs naturels. Alors que les gens ont construit sur les berges des rivières. Les gens ont construit des immeubles sur de grands collecteurs. Là, il y a une urgence. Là, on peut agir.

On a aujourd’hui peut-être quelque 12 millions d’habitants à Kinshasa et on en attend quelque 24 millions d’ici à 2030. Comment faire face à cette explosion démographique en termes d’assainissement ?

Qu’est-ce qu’il faut faire ? Les actions, c’est de développer des parcelles assainies. C’est-à-dire des parcelles qui ont au préalable ont été viabilisées [pour lesquelles] on a tracé la voirie ; ont été assainies, on a amené l’eau, l’électricité, on a construit des ouvrages d’assainissement. Donc, toutes les infrastructures techniques de base sont réalisées, au préalable avant toute construction, avant la construction de logement, avant la construction des équipements collectifs et d’autres encore.

La semaine dernière, après ces pluies torrentielles et ces nombreuses victimes, les autorités ont mis en cause le changement climatique. Qu’en pensez-vous ?

J’écarte cette hypothèse. C’est vrai il y a des crues du fleuve Congo pendant la saison des pluies. On pouvait penser qu’il y a 25 ans, il y avait aussi de fortes crues du fleuve Congo, c’est un peu cyclique.

Donc, le changement climatique a bon dos ?

Exact. C’est un prétexte, je le dis, c’est un prétexte et on ne devrait même pas parler de changement climatique. Alors je me mettrai sur des villes situées sur la même latitude sud – 4 degrés Sud -, et quand je prendrai toutes ces villes, on devrait assister au même phénomène, alors que ce n’est pas le cas.

À quelles autres villes pensezvous sur cette même latitude ?

Sur la même latitude, Kuala Lumpur parce qu’en Malaisie, on a pratiquement le même climat que le climat de Kinshasa, on a 4 degrés de latitude, on n’a pas assisté à cela. Maintenant, je prendrais Kananga [en RDC], on est toujours sur la même latitude, à l’Ouest; j’irai même à Libreville [capitale du Gabon], on est plus ou moins sur la même latitude, 4° latitude Sud. J’écarte a priori cette hypothèque. Je me garde seulement une hypothèse due au ruissellement urbain.

[avec RO, LP, RFI]

A lire aussi

RDC : Composition de la prochaine assemblée nationale

Sur base des effectifs validés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République …

Laisser un commentaire

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l'utilisation de cookies.

Plus d'information

Les paramètres des cookies sur ce site sont mis à « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience possible de navigation. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou vous cliquez sur « Accepter » ci-dessous , vous consentez à ce sujet.

Fermer