dimanche , 24 juin 2018
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31 Décembre : La crise politique en RDC a pris une autre dimension

L’Eglise catholique ne décolère pas. Ragaillardie par le soutien du Vatican, comme en témoigne le message du Nonce apostolique aux diocèses de la RDC, celle-ci se sent désormais investie d’une mission prophétique de faire sauter les murs de la dictature qui s’installe en RDC. Après la démonstration du 31 décembre 2017, l’archidiocèse de Kinshasa pleure ses martyrs, ce vendredi 12 janvier à la cathédrale Notre-Dame du Congo. Autour du cardinal Laurent Monsengwo, toutes les forces vives de la nation se mobilisent pour rendre un vibrant hommage à ces héros de la lutte pour l’alternance démocratique.

12 janvier : recueillement pour célébrer ceux qui ont accepté de mourir pour sauver la RDC de l’hécatombe

Ce vendredi 12 janvier, une messe de requiem sera dite à la cathédrale Notre-Dame du Congo, en mémoire aux victimes de la marche du 31 décembre 2017. Archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo va célébrer ce moment de recueillement à l’honneur de ces Congolaises et Congolais qui ont payé le plus lourd tribut en réclamant tout haut la mise en oeuvre intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016. Au-delà de l’archidiocèse de Kinshasa, c’est toute l’Eglise catholique qui s’est mise au pas de cette cérémonie religieuse. Sur l’ensemble de la République, tous les diocèses se sont donc alignés au message de l’archidiocèse qui attend honorer, à sa manière, les morts du 31 décembre 2017.

A l’Eglise catholique, la messe du vendredi 12 janvier 2018 est un moment de recueillement pour célébrer ceux qui ont accepté de mourir pour sauver la RDC de l’hécatombe. Ce sont des « victimes de la démocratie ».

Autour du cardinal Monsengwo, c’est toute la communauté chrétienne qui se donne rendez-vous à la cathédrale Notre-Dame du Congo.

Le moment est donc solennel. Car, loin de toute coloration politique, la messe du 12 janvier est un appel à l’unité pour mobiliser toutes les forces vives de la nation autour de l’idéal de sauver le pays.

Est-ce que le pouvoir fera preuve de la même réaction que le 31 décembre 2017 ? Ce sera un test grandeur nature dans le chef de ceux qui invoquent la Constitution mais se refusent de l’appliquer pour des raisons évidentes.

La messe du 12 janvier n’est pas une nouvelle marche, après celle du 31 décembre 2017. C’est un culte de célébration des martyrs comme on le fait d’ailleurs le 4 janvier de chaque année pour se souvenir des martyrs de l’indépendance. La messe du 12 janvier marque un tournant dans la reconquête de la démocratie congolaise que le pouvoir en place tente, par divers stratagèmes, de confisquer au peuple.

Avec l’Eglise catholique en tête, ce sont donc toutes les forces politiques et sociales de la RDC qui se sont donné rendez-vous à la cathédrale Notre-Dame du Congo.

Tout le monde veut voir le pouvoir en place faire preuve de retenue, en renonçant aux méthodes fortes, comme c’était le cas le 31 décembre 2017. Le vendredi 12 janvier 2018, c’est avec leurs Bibles et chapelets en mains que les chrétiens feront le déplacement de la cathédrale pour se souvenir des morts du 31 décembre 2017.

CRÉER LES CONDITIONS D’APAISEMENT

De part et d’autre, il s’agit aujourd’hui de travailler la main dans la main pour créer des conditions d’apaisement. Comme l’a toujours suggéré le Comité laïc de coordination, l’avenir de la RD passe inévitablement par la mise en oeuvre intégrale de l’Accord politique du 31 décembre 2016. A Kinshasa, le pouvoir doit accepter cette évidence. Il ne pourra pas s’en sortir tant qu’il continuera à torpiller ce compromis politique qui met tout le monde d’accord.

Aujourd’hui, il est prouvé noir sur blanc que le Premier ministre Bruno Tshibala n’a pas été à la hauteur. La majorité au pouvoir l’a utilisé comme fusible pour contourner l’Accord du 31 décembre 2016. Il s’est révélé comme un maillon faible, incapable de déstabiliser l’opposition pour ouvrir grandement un boulevard au glissement dont la Majorité présidentielle a besoin pour conforter son pouvoir. Au regard de toutes les récriminations enregistrées à travers le monde, la MP devrait donc se ressaisir.

Avec l’entrée en lice des Catholiques, la crise politique congolaise a pris une autre dimension. Et c’est le moment pour les uns et les autres de mettre en avant le seul intérêt général de la RDC, même si dans la classe politique, cette messe suscite des commentaires en sens divers.

• Serge Kadima, communicateur de la Majorité présidentielle : « On n’est jamais fier des morts. Il y a eu des morts, ce sont des compatriotes. Ça pouvait être un membre de notre famille politique ou un membre de la famille politique de l’Opposition. Ça peut être un membre de la Société civile, on regrette les morts. Et parce que nous regrettons les morts, nous devons nous poser la question pourquoi cela est arrivé ? L’Eglise catholique que je respecte bien parce que j’ai reçu l’éducation catholique, peut bien célébrer une messe en mémoire des victimes des manifestations du 31 décembre 2017. Ce n’est pas une mauvaise chose. Nous condamnons plutôt qu’on politise cette situation. C’est pourquoi, j’interpelle l’Eglise catholique de rappeler à l’ordre nos compatriotes de l’Opposition qui veulent politiser aujourd’hui l’église. Il y a des chrétiens catholiques dans l’Opposition, il y a également des chrétiens catholiques dans la Majorité. Lorsqu’un camp politique veut s’approprier une messe pour faire prévaloir une demande, c’est anormal, parce que pour un pays démocratique comme le nôtre, nous ne pouvons faire prévaloir nos idées que devant la population au travers des élections. La messe est légitime. Ce qui sera inadmissible, c’est de vouloir la politiser. C’est pourquoi nous demandons aux pères de l’église de continuer à jouer le rôle de l’église au milieu du village pour ne pas gêner certaines catégories de gens qui sont aussi catholiques et qui vont dans les messes pour suivre le message de paix, de réconciliation, de reconstruction et de bonheur… ».

• Claudel-André Lubaya, président national de l’UDA, et acteur phare de la Dynamique de l’Opposition : « Au niveau de l’UDA Originelle et de la Dynamique de l’Opposition, nous avons favorablement accueilli cette initiative parce que cela participe de la lutte. La lutte ce n’est pas seulement le fait d’aller manifester, c’est aussi celui d’honorer ceux qui sont tombés sur le champ de bataille, au nombre desquels des morts et blessés. Cette messe répond à un devoir patriotique qui nous appelle à aller prier pour le repos des âmes, la guérison pour ceux qui souffrent des stigmates de la répression et la paix pour les familles de toutes les victimes. Au niveau de l’UDA Originelle, l’appel a été lancé à toutes nos bases pour qu’elles soient nombreuses à la cathédrale Notre-Dame du Congo le vendredi 12 janvier 2018 à partir de 10 heures. A travers l’UDA, c’est également la Dynamique de l’Opposition. Nous avons levé l’option de nous mobiliser tous pour honorer toutes ces personnes qui sont tombées sur le champ de bataille… ».

• Augustin Kabuya, porte-parole de l’UDPS : « Nous encourageons les laïcs catholiques et le cardinal à ne plus céder aux intimidations. Ils doivent continuer avec la démarche parce que certaines églises ont pris position pour comploter contre la population. Et si aujourd’hui, l’Eglise catholique estime que trop c’est trop, nous sommes derrière et nous n’allons que l’encourager. 90% de la population congolaise est chrétienne et c’est une grande partie qui est catholique. Ça sera injuste que les responsables de l’Eglise catholique ferment les yeux devant la misère de notre peuple. C’est pourquoi nous encourageons la démarche du cardinal Monsengwo et de tous les Catholiques ».

LE COMITÉ LAÏC DE COORDINATION COMMUNIQUE

Les événements horribles et inacceptables survenus lors de la Marche pacifique des Chrétiens du 31 décembre 2017 ont été unanimement condamnés par la Communauté tant nationale qu’internationale.

Le comité Laïc de Coordination renouvelle ses sincères condoléances aux familles éprouvées, et invite les Chrétiens et les hommes et femmes de bonne volonté à la résistance et à la persévérance.

En mémoire de nos frères et soeurs victimes de cette répression sauvage, une messe des morts sera dite par son Éminence Le Cardinal Laurent MOSENGWO PASINYA, ce vendredi 12 janvier 2018 à 10h00′, à la Cathédrale Notre Dame du Congo.

Pour honorer nos illustres disparus, le CLC invite toute la communauté chrétienne à y participer.

Bien plus, le Comité Laïc de Coordination recommande de poursuivre l’opération des cloches chaque jeudi de 21h00′ à 21h15′, comme signe de notre volonté de ne pas baisser les bras et de poursuivre notre lutte pour prendre en mains notre destin.

Fait à Kinshasa, le 06 janvier 2018

LE COMITE LAÏC DE COORDINATION

[LE POTENTIEL]

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