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RDC : Kasaï, massacres planifiés

La Fédération internationale des Ligues de défense des droits de l’homme (FIDH) publie ce mercredi un rapport sur les massacres au Kasaï en 2016-2017, massacres « planifiés » qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité et qui ont été « perpétrés principalement par les agents de l’Etat et la milice Bana Mura » appuyée par des policiers et soldats congolais.

Nouvelle pierre dans le jardin du régime Kabila que ce rapport de cent pages, rédigé par la FIDH et trois de ses ONG affiliées en République démocratique du Congo (RDC) à l’issue d’une enquête auprès de réfugiés congolais en Angola. Il établit, en effet, un lien direct entre le désir de se maintenir au pouvoir de la majorité présidentielle et la multiplication des « poches d’instabilité sécuritaire » dans le pays: « le chaos plutôt que l’alternance », résume-t-il.

Le monde doit « poser des actes forts » au Congo

Le rapport montre « que les actions des autorités congolaises ont engendré un climat de chaos de nature non seulement à compromettre le processus électoral mais aussi à menacer durablement la sécurité dans plusieurs provinces ». Et le rapport de demander à la communauté internationale de « poser de toute urgence des actes forts pour sortir le pays de l’impasse actuelle ».

Le texte examine « l’instabilité chronique à l’est » du Congo, les violences au Tanganyika (une des nouvelles provinces de l’ex-Katanga) entre Bantous et Pygmées, la « répression politique » contre Bundu dia Mayala (ex-Bundu dia Kongo) dans le Kongo-central (ex-Bas Congo). Il s’appesantit principalement sur les crimes commis dans les provinces du Grand Kasaï depuis la mi-2016, « l’une des pires crises des droits humains dans le monde ».

Le rapport examine les crimes commis par la rébellion des partisans du chef Kamwina Nsapu: des exécutions sommaires – souvent par décapitation – de représentants de l’Etat, honni parce qu’il ne respecte pas sa part du contrat social, et des autorités politiques et leurs alliés; des intimidations; de l’extorsion; le recrutement d’enfants.

Mais les crimes commis durant cette crise sont « attribués principalement à des éléments de l’armée (FARDC) et de la police (PNC) congolaises et à leurs supplétifs de la milice Bana Mura ».

Représailles disproportionnées et massacres ethniques

Les premières se sont rendues coupables d’ »actes de représailles disproportionnés » et visant non seulement la milice Kamwina Nsapu mais également des civils. On parle ici de « l’utilisation d’armes lourdes, dont des lance-roquettes, à l’encontre de civils » dans plusieurs villages; de « dizaines d’exécutions sommaires de civils » ou « personnes placées hors de combat »; de « dizaines d’arrestations et détentions arbitraires d’individus, principalement de l’ethnie Luba » dont sont issus bon nombre de miliciens Kamwina Nsapu.

En outre, « à partir de mars » 2017, aux affrontements entre forces gouvernementales et Kamwina Nsapu « se sont superposés des crimes visant spécifiquement les populations d’ethnie Luba ». A partir de mars, en effet, « des membres des forces de défense et de sécurité congolaises ont soutenu la création et l’armement de la milice Bana Mura ». Ce nom  – « les enfants de Mura » – renvoie à la rivière Mura, près de Likasi (Haut-Katanga), et était, jusqu’ici, utilisé pour des soldats de la garde prétorienne du président Kabila issus du  Katanga. Au Kasaï, en particulier dans le territoire de Kamonia étudié par le rapport de la FIDH, il a été donné à des milices d’hommes des ethnies Tshokwe, Pende et Tetela, formées à l’instigation de « chefs traditionnels ou responsables des service de défense et sécurité », qui ont planifié des massacre de Lubas.

Des massacres planifiés

Selon les témoignages recueillis par les enquêteurs des ONG, plusieurs massacres obéissaient au même mode opératoire: les familles des ethnies Tshokwe, Pende et Tetela quittaient les villages quelques jours avant les massacres, de sorte que seuls les Lubas étaient présents lors des attaques – auxquelles participaient les originaires du village non-Lubas. Comme lors du génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994, les victimes ont été tuées par leurs voisins et connaissances, organisés et armés par des corps de sécurité nationaux, dont certains éléments participaient aux crimes, après que « des discours haineux contre les Lubas ont été propagés dans les villages ». En outre, des barrages étaient érigés par les assaillants sur les principaux axes de circulation pour empêcher les victimes de fuir.

Le rapport note que « les autorités locales et nationales savaient ou auraient dû savoir que de tels massacres allaient être ou avaient été commis, mais n’ont pris aucune action efficace permettant de les prévenir ou les arrêter ». Les auteurs du rapport disposent d’une « liste d’au moins 50 noms de présumés responsables » des crimes commis à Kamonia que la CPI ou autre institution qui enquêterait pourra recevoir. Parmi ces noms figurent des membres de l’armée, de la police, des agents de renseignement, de la Direction des Migrations, des Bana Mura, des chefs coutumiers, des représentants de partis politiques (dont le Palu, qui recrute surtout des Pendes) et des membres de l’administration; le nom du gouverneur du Kasaï (Tshikapa) est cité plus d’une fois.

Loin de mettre en place des mesures préventives, « les autorités congolaises ont accru la réponse militaire ». Et ensuite, « aucune enquête nationale effective, indépendante et impartiale » n’a été entreprise alors que les abus commis sont des « crimes de droit international » que les juridictions congolaises et la CPI sont comptentes pour poursuivre.

[Marie-France Cros/Lalibreafrique.be]

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