dimanche , 24 juin 2018
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Insalubrités à Kinshasa : Fermer les marchés de fortune aux abords du boulevard Lumumba

Quiconque passe par le boulevard Lumumba en fin d’après-midi, se croirait dans un petit marché intercommunal. Et pour cause, des petits commerçants ambulants ont transformé en lieu de négoces, les abords de cette artère, unique voie d’entrée et de sortie de la ville, par l’aéroport international de N’Djili.

Ces wenzes, comme un nouveau phénomène dans la capitale congolaise, sont observés sur plusieurs tronçons du boulevard Lumumba, compris entre le quartier Mikondo de la commune périurbaine de Kimbanseke, situé à quelques encablures de l’aéroport, à la 7ème rue Limete. Déjà, quelques heures peu avant la fin de matinée, ces petits marchands envahissent le site. Mais leur nombre devient plus important en début d’après-midi. Ici, la particularité tient à l’absence d’étals. Des produits agricoles, des gammes variées de produits manufacturiers…tout est donc exposé à même les trottoirs naguère emménagés par les ingénieurs chinois, lors des travaux de construction et d’élargissement de cette artère en 2010. Dans ces transactions qui ressemblent à une lutte permanente pour la survie, ces trafiquants ciblent les arrêts de bus de grande affluence. Ainsi, à Limete par exemple, ils sont plus massés à la 7e rue Industriel. Un peu moins a la 12ème rue. Par contre, après la 18ème Limete, ces petits commerçants détaillants prennent d’assaut l’arrêt de bus du quartier Banunu de Matete. Juste sur le côté droit du pont en provenance de la Tshangu. Mais leur nombre est plus important sur les deux rives du boulevard, au niveau de l’arrêt Ma Crevette, au quartier Debonhomme de Matete. De là, jusqu’immédiatement après le pont jeté sur la rivière N’Djili, le tronçon a tout l’air d’une zone franche. Le marché reprend de plus bel â partir de l’arrêt Abattoir, jusqu’au quartier I de la commune de N’djili. A partir de 17 heures, supposée heure de pointe, le site grouille. Tout s’y vend. Quantité de marchandises exposées sont des produits en provenance du très célèbre marché de Lufu, situé dans la province du Kongo central. Juste à la frontière entre la Rd Congo et la Republique voisine d’Angola.

A côté des vendeurs de manioc sucré cru, de bananes, de mangues, d’arachides, de produits pâtissiers et boulangers…on retrouve d’autres qui n’hésitent pas de planter leurs barbecues et autres grils en plein boulevard ! Des tonneaux enfumés sur lesquels sont exposés des paquets de poisson frais ou de viande de porc proposés â l’achat. Ces « restaurateurs » qui ciblent les devantures des terrasses tenues à quelque deux mètres de la lisière des trottoirs, sont les plus ciblés des disciples de Bacchus. D’autres n’hésitent pas à préparer de l’omelette, en utilisant de petits réchauds â pétrole, contenu dans de vieux cartons rigides.

QUAND UN COMMERCE DE SURVIE CAUSE L’INSALUBRITE

Dans une situation socioéconomique de précarité permanente, personne n’en voudrait peut-être à ces vendeurs de rue, tant leur survie et celle de leurs dépendants en dépendent. Pour tout dire, ces marchés nés à certains endroits du boulevard Lumumba, et même dans la quasi tonalité des quartiers populaires de Kinshasa, semblent être la réponse a la situation économique et générale du pays. Les Zaïrois des années Mobutu n’ignorent pas le fameux « article 15 » qui était presque devenu une philosophie de vie qui avait condamné plus de la moitié des chefs de ménages à la débrouillardise. Plusieurs décennies après, les Congolais d’aujourd’hui. Pour la plupart Zaïrois d’hier, se trouvent condamnés à la débrouillardise, devenue presqu’un mode de vie ! La situation est telle que c’est tout le monde qui vend à tout le monde. D’où, l’ubiquité des terrasses, des restaurants de fortune, de petites boutiques et des marchés parfois ouverts à des endroits non autorisés.

En ce qui concerne les « marchés » organisés à certains endroits sur le long du boulevard Lumumba, tout le problème est que les vendeurs ne se soucient pas du tout de l’hygiène environnementale. Ils quittent le site, en y abandonnant toutes sortes d’ordures. Certains y vont jusqu’à déverser des eaux sales qui sentent le poisson frais. D’autres encore y jettent des feuilles ayant servi de cuisson et même d’emballage de chikwangue ! Et, le jour suivant, des agents des ong d’assainissement ayant signé un contrat avec l’Hôtel de ville, se limitent juste à balayer la chaussée, sans se donner la moindre peine de nettoyer les trottoirs derrière eux.

Comme qui dirait : le nettoyage de l’environnement immédiat du boulevard Lumumba, n’est pas pris en compte dans l’engagement pris avec l’autorité urbaine. Par conséquent, ces ordures s’amoncellent et ternissent l’image d’une artère principale à peine construite. Tout se passe donc comme si ces marchés avaient été agréés par les gestionnaires de la ville. « Le pays est encore ce qu’il est. Nous suivons tous le rythme jusqu’au jour où nous constaterons une volonté réelle de l’autorité de la ville, de travailler dans le sens de rendre la capitale propre. Existe-t—il au jour d’aujourd’hui, un seul quartier de Kinshasa qui soit à l’abri de l’insalubrité ? Allez voir en pleine ville à Gombe. Et même dans les environs de l’Hôtel de ville pour comprendre que l’insalubrité a franchi le seuil du tolérable. Ce ne sont pas les vendeurs du boulevard Lumumba qui sont a la base de cette saleté omniprésente, devenue la marque-même de la ville. Que dire des fameuses décharges publiques qui ont fini par rendre la ville plus sale qu’avant ? A moins que ces ordures qu’on retrouve partout a travers la ville, soient un message que seuls les initiés sont capables de décrypter. Sinon, il faut proposer de grands remèdes aux grands maux Kinois », déclare à Forum des As, une vendeuse d’arachides ayant requis l’anonymat, rencontrée au quartier Debonhomme.

UNE MAUVAISE IMAGE DE LA VILLE

Nul ne saurait prétendre ignorer les marchés tenus aux abords du boulevard Lumumba. Précisément aux endroits indiqués ci-dessus à titre indicatif. Et donc, ce n’est pas un scoop du quotidien de la 11ème rue du quartier Industriel de Limete. Tant ces négoces ont lieu sur une artère principale qui traverse une importante partie de la capitale. Comme dit précédemment, c’est par le boulevard Lumumba que tout celui qui arrive a Kinshasa pour la première fois, par l’aéroport international de N’Djili, découvre la vaste métropole congolaise.

Ne serait-ce que pour cette raison, d’abord, l’hygiène de l’environnement immédiat de cette route ne devrait souffrir d’aucune faille.

En décriant cet état des lieux, loin et même très loin de nous, l’intention de suggérer ou d’inspirer une action ponctuelle de traquer-comme c’est souvent le cas- ces responsables des ménages qui affrontent les intempéries en plein boulevard Lumumba, pour nourrir les leurs. Agir dans ce sens serait une façon de chasser le naturel. Car, il finit par revenir au galop. Bien au contraire. Notre souhait, notre souci, comme tout citoyen aspirant à une vie dans un environnement sain, est d’interpeller l’autorité urbaine afin qu’une attention- peut-être particulière, soit accordée à cet aspect qui met en jeu, limage de la ville. Et, à travers elle, celle de toute la Nation. La capitale étant le miroir du pays.

[Laurel KANKOLE]

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