vendredi , 22 juin 2018
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Exécution des experts de l’ONU : RDC – ONU prêtent à chercher la vérité

Ce jour-là, Michael Sharp et Zaida Catalan ont rendez-vous avec l’un des féticheurs des Kamuina Nsapu, un vieux du village, François Mwamba. C’est un parent des deux cousins, Jose Tshibuabua et Betu Tshintela qui, depuis plusieurs semaines, négocie avec le gouvernement en vue d’un accord de paix. L’entretien est enregistré en micro caché par Zaida Catalan, l’experte suédoise. Une copie a été versée au dossier de l’enquête de l’ONU et de la justice militaire congolaise. Présenté comme le « père biologique de feu Kamuina Nsapu », le vieux chef met en garde les deux onusiens contre l’idée d’aller à Bunkonde. Il insiste dans sa langue, le ciluba, pour les emmener dans le village de Kamuina Nsapu, le berceau de l’insurrection. Le féticheur explique ouvertement qu’il n’a pas le contrôle sur les milices de la zone de Bunkonde. L’ « informateur bénévole » José Tshibuabua et « l’interprète » Betu Tshintela ne traduisent pas les mises en garde de leur vieux parent, ils lui font même dire tout le contraire, promettant aux experts, au nom du féticheur des Kamuina Nsapu, d’assurer leur sécurité. Betu Tshintela se propose même de les accompagner, assure qu’il a pris tous les contacts nécessaires sur le terrain à la rencontre de groupes de ces miliciens que les deux cousins disent représenter.

Des agents de l’Etat et affiliés ont participé à l’organisation de la mission qui a coûté la vie à deux experts de l’ONU le 12 mars 2017. C’est ce qui ressort d’une enquête menée conjointement par RFI et Reuters sur la base d’éléments issus du dossier d’instruction de la justice militaire congolaise, fruit d’une coopération avec l’ONU.

Ces pièces n’ont été mentionnées ni au cours du procès ouvert en RDC, ni dans le rapport d’un comité d’enquête mis sur pied par les Nations unies. Le gouvernement congolais et l’ONU se disent pourtant prêts à chercher la vérité quels que soient les auteurs du meurtre.

Le 26 juillet 2017, près de deux mois après le début du procès des assassins présumés des experts onusiens, coup de théâtre à Kananga. L’auditeur militaire révèle en pleine audience détenir « un flash disk de plus de 10 Giga » de fadettes, ces relevés téléphoniques des appels et messages émis et reçus. Il promet des révélations. « Je suis porté à croire que l’exécution des experts ne pouvait pas être décidé par une simple milice ». Les mots si lourds de sens du lieutenant-colonel Jean Blaise Bwamulundu Guzola provoquent un murmure sans fin dans la salle d’audience. La défense exige immédiatement qu’un expert en télécommunications soit entendu pour présenter à la cour l’analyse de ces relevés téléphoniques. Requête acceptée.

L’expert n’est jamais venu et les avocats des douze miliciens accusés affirment toujours attendre d’avoir accès à ces fadettes dont la divulgation publique, de l’opinion même de l’auditeur militaire très en verve ce jour-là, pourrait mettre en fuite les commanditaires du meurtre. Ce sont ces relevés téléphoniques et d’autres pièces du dossier d’instruction réunis par la justice militaire et l’ONU entre mars et mai 2017 que RFI et Reuters ont pu consulter. Depuis le 5 juin 2017 et l’ouverture de ce procès-fleuve, aucun des individus auxquels ces numéros « sensibles » appartiennent n’a comparu.

L’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan sont assassinés le 12 mars dernier non loin de Bunkonde, dans la province du Kasaï Central en proie depuis quelques mois à une insurrection et une répression sans précédents. C’est la première fois que des experts de l’ONU sont tués en République démocratique du Congo. Leur exécution est filmée, diffusée publiquement. Le gouvernement congolais a immédiatement ouvert une enquête et accuse aujourd’hui encore des miliciens insurgés, les « Kamuina Nsapu » de les avoir assassinés. Le rapport du comité d’enquête mis sur pied par Antonio Guterres après le meurtre ne suggère finalement pas autre chose.

Les accusés du procès de Kananga

Malgré l’annonce fracassante du 26 juillet 2017, le procès de Kananga continue à se perdre dans des débats sans fin sur l’âge des prévenus. La liste des accusés s’allonge au fil des mois. En décembre 2017, vingt-six noms y figurent. Ils ont été deux, puis quatre et aujourd’hui douze sur vingt-six à être arrêtés et se retrouver sur les bancs du tribunal de Kananga, tous de présumés miliciens qui nient en bloc. Certains se disent détenus au secret depuis des mois, torturés, d’autres affirment ne pas comprendre leur lien avec le dossier. Quant aux trois chefs de milices accusés d’avoir ordonné le meurtre, ils sont en fuite et ne se sont jamais exprimés sur le dossier.

Sur la vidéo du meurtre, il est possible de distinguer quelques visages. Un seul des accusés a été formellement identifié sur la vidéo. Pour la justice militaire congolaise et l’ONU, Evariste Ilunga, dit « Beau gars », est ce milicien, en chemise noire et bandeau rouge flambant neuf, qui fuit au premier coup de feu pour ne réapparaître qu’après l’assassinat. Le scénario dessiné au fil des audiences par l’auditeur militaire, comme des pages du rapport du comité d’enquête de l’ONU, laisse entendre que les experts seraient tombés entre les mains de miliciens cupides qui les auraient volés et exécutés. Michael Sharp et Zaida Catalan auraient juste été au mauvais endroit, au mauvais moment.

Les éléments de preuves amassés par la justice militaire congolaise, appuyée par l’ONU, entre mars et mai 2017 suggèrent que l’enquête avait pourtant pris une tout autre direction. Dans le dossier d’instruction, des documents relatifs aux victimes comme aux suspects, des PV d’auditions et les fameuses fadettes évoquées par l’auditeur militaire. Sans surprise, on y retrouve le chef de milice Vincent Manga, jugé par contumace pour ce meurtre ou encore les principales figures de l’opposition dans la province, dont deux députés, Clément Kanku et Martin Kabuya, accusés dans les médias, mais aussi quatre agents de l’Etat et affiliés : deux colonels de l’armée congolaise, un « informateur » de l’ANR et un ancien agent.

L’ANR confirme le rôle d’un « informateur bénévole »

Trois de ces agents et affiliés sont directement impliqués dans l’organisation de la mission qui a coûté la vie aux deux experts. Ils ont inspiré à Michael Sharp et Zaida Catalan ce déplacement et leur ont fourni les moyens matériels et humains pour se rendre à Bunkonde. Plus troublant, et c’est ce que révélait la précédente enquête de RFI, certains individus sont allés jusqu’à mentir aux deux experts onusiens sur les conditions de sécurité du lieu où ils comptaient les emmener.

Lorsqu’en avril 2017, l’auditeur militaire lance deux requêtes successives auprès des opérateurs Airtel et Vodacom, sur insistance de la Monusco, il ajoute des numéros dits « sensibles ». L’un de ces numéros est attribué à un certain Jose Tshibuabua. Le jour du meurtre, ce dernier échange toute la matinée avec le présumé interprète des experts, Betu Tshintela. José Tshibuabua est son cousin et communique avec lui à 12h06, en ce 12 mars 2017, le coup de fil dure dix-neuf secondes à peine.  C’est le dernier contact confirmé avec un membre de l’équipe avant l’assassinat des deux experts. Sur son profil Facebook, José Tshibuabua se dit employé à « ANR, services des ranseignemants » (sic).

Le patron des renseignements congolais confirme à RFI et Reuters que José Tshibuabua travaillait pour l’Agence nationale de renseignements au moment de l’assassinat des deux experts. « C’était un informateur bénévole de l’ANR, un informateur, ce n’est pas un collaborateur dans le sens d’un agent », minimise Kalev Mutond. Au vu de ses relevés téléphoniques, José Tshibuabua était un informateur plutôt assidu, non seulement du directeur provincial de l’ANR, mais aussi celui de la DGM, la Direction générale de migration, l’un des trois principaux services de sécurité congolais qui recrute très officiellement José Tshibuabua quelques semaines après le meurtre.

La veille de l’assassinat, le samedi 11 mars 2017, José Tshibuabua se présente à l’hôtel Woodland aux environs de 10h. Il y retrouve son cousin, Betu Tshintela et les deux experts. « Ils étaient tout un groupe avec eux dans l’avant-midi », se souvient un employé du Woodland, l’un de ces établissements où tout le monde se croise, très fréquenté à l’époque par les Nations unies, en pleine phase de déploiement face à une crise du Grand Kasaï qui faisait de plus en plus de victimes. Ce jour-là, Michael Sharp et Zaida Catalan ont rendez-vous avec l’un des féticheurs des Kamuina Nsapu, un vieux du village, François Mwamba. C’est un parent des deux cousins, Jose Tshibuabua et Betu Tshintela qui, depuis plusieurs semaines, négocie avec le gouvernement en vue d’un accord de paix.

L’entretien est enregistré en micro caché par Zaida Catalan, l’experte suédoise. Une copie a été versée au dossier de l’enquête de l’ONU et de la justice militaire congolaise. Présenté comme le « père biologique de feu Kamuina Nsapu », le vieux chef met en garde les deux onusiens contre l’idée d’aller à Bunkonde. Il insiste dans sa langue, le ciluba, pour les emmener dans le village de Kamuina Nsapu, le berceau de l’insurrection. Le féticheur explique ouvertement qu’il n’a pas le contrôle sur les milices de la zone de Bunkonde. L’ « informateur bénévole » José Tshibuabua et « l’interprète » Betu Tshintela ne traduisent pas les mises en garde de leur vieux parent, ils lui font même dire tout le contraire, promettant aux experts, au nom du féticheur des Kamuina Nsapu, d’assurer leur sécurité. Betu Tshintela se propose même de les accompagner, assure qu’il a pris tous les contacts nécessaires sur le terrain à la rencontre de groupes de ces miliciens que les deux cousins disent représenter.

Kinshasa « pas informée » de la mission des experts

Huit mois après la mort des deux experts, le 14 novembre 2017, José Tshibuabua est porté disparu dans le territoire de Luiza alors qu’il occupe une fonction officielle. « José Tshibuabua, c’est aujourd’hui un inspecteur adjoint à la direction général des migrations, c’est un ancien collaborateur du chef de poste de l’ANR à Kananga, il a une relation sérieuse avec la DGM et l’ANR », confie une source sécuritaire. Pendant plusieurs jours, le sort de l’inspecteur Tshibuabua reste incertain.

« Nous l’avons arrêté à la frontière avec le Congo et l’Angola. J’ai donné l’ordre », révèle Kalev Mutond, l’administrateur général de l’Agence nationale des renseignements. Parmi les faits qui valent à José Tshibuabua cette mise au secret, il y a, selon l’ANR, sa participation à la réunion de planification du 11 mars 2017 avec « des terroristes Kamuina Nsapu que nous recherchons », souligne à plusieurs reprises Kalev Mutond. C’est encore José Tshibuabua qui a fourni aux experts les motos taxis et les chauffeurs, toujours portés disparus, qui ont conduit les experts à Bunkonde. « Même celui qui est cité dans un rôle mineur, je l’arrête », assure Kalev Mutond.

L’avocat de José Tshibuabua s’est inquiété de l’état de santé de son client après sa détention à Kinshasa. « Il dit lors de sa première audition qu’il n’est pas en bonne santé, je soupçonne qu’il a été torturé », explique Maître Trésor Kabangu. Celui qui est aussi l’avocat de plusieurs des accusés du procès de Kananga affirme que José Tshibuabua a été brièvement hospitalisé depuis son retour au Kasaï Central, mais qu’il a dû retourner en prison, « faute d’argent ». « L’auditeur supérieur l’a inculpé pour meurtre et participation à un mouvement insurrectionnel avant même la fin de son audition », déplore son conseil. Selon Me Trésor Kabangu, le rôle de José Tshibuabua se limiterait à avoir aidé le gouvernement provincial à ramener des membres de la cour royale du défunt chef Kamuina Nsapu à Kananga pour négocier un accord de paix. Ce serait uniquement pour cette raison qu’il aurait assisté à la réunion du 11 mars 2017 avec le vieux féticheur, François Muamba.

Le gouvernement congolais dément depuis le premier jour avoir été informé de la mission des deux experts. Interrogé sur le rôle joué par José Tshibuabua, son porte-parole, Lambert Mendé, assure n’en avoir jamais entendu parler. « S’ils avaient des contacts avec des informateurs, ça n’a pas été rapporté au gouvernement », insiste le ministre de la Communication. « Nous ne demandons qu’à être informés, s’il y a un agent de l’Etat qui est impliqué, il sera poursuivi et jugé », promet-il. C’est lui qui, le 18 mars 2017 sur l’antenne de RFI, avait justifié une restriction de mouvement imposée à la Monusco par la disparition des experts, comme ce sera le cas plus tard pour la presse étrangère. « Les experts arrivent à Kinshasa incognito, prennent l’avion incognito, quittent Kananga avec des motards sans rien signaler aux autorités », avait martelé le porte-parole du gouvernement congolais. « On aurait pu leur donner une escorte, on aurait pu leur déconseiller ». Pourtant, les relevés téléphoniques réquisitionnés par la justice militaire démontrent à eux seuls que les deux experts étaient en contact durant leur séjour à Kananga avec toute sorte de personnalités provinciales et nationales comme le président de l’Assemblée du Kasaï Central, Augustin Kamuitu et le colonel Augustin Mamba des renseignements militaires. Rien n’indique que ces deux personnalités aient joué un rôle dans l’organisation de la mission des experts à Bunkonde.

Malgré l’omniprésence de l’informateur José Tshibuabua dans l’entourage des experts dans les 24 heures qui ont précédé leur mort, le patron des renseignements congolais dément lui aussi avoir été informé de ce déplacement à Bunkonde. Comment l’Agence nationale de renseignements pouvait-elle l’ignorer ? Selon Kalev Mutond, José Tshibuabua a agi de manière isolée. Il l’aurait reconnu lors d’un interrogatoire que le patron de l’ANR dit avoir lui-même mené.  « J’ai posé cette question trois fois, j’ai demandé les yeux dans les yeux à José Tshibuabua, parce que moi-même, je voulais en avoir la conscience nette », explique encore Kalev Mutond. José Tshibuabua aurait affirmé à trois reprises avoir caché l’information à ses supérieurs, assurant qu’il avait agi dans « un cadre familial ». « J’ai demandé à ce que ça soit consigné sur PV et transmis à la justice militaire », conclut Kalev Mutond. « L’informateur bénévole » a finalement été remis à la justice militaire et transféré à Kananga le 6 décembre 2017

L’interprète, un ancien espion ?

L’administrateur général de l’ANR dit découvrir son nom, ne pas pouvoir confirmer l’information, mais Betu Tshintela, présumé interprète des experts, pourrait lui aussi être lié aux renseignements congolais. Dans un CV daté du 13 janvier 2012, « Abdoul Betu Kumesu Tshibwabwa » se présente comme un « agent de l’ANR », un « enseignant de l’EP Tshifuamba » et le « président sectionnaire » du parti MSR, à l’époque membre de la majorité, passé depuis septembre 2015, dans l’opposition. A cette époque, Betu Tshintela semble chercher à obtenir un poste dans une « chefferie de secteur ». Il a écrit quelques semaines plus tôt au gouverneur de la province pour en faire la demande, il insiste sur sa loyauté envers le chef de l’Etat, Joseph Kabila et critique la chefferie de secteur en place, accusée d’être incapable de « maîtriser la population » dans « l’intérêt du Président de la République ». « Nous sommes déterminés pour sa réussite aux élections », promet Betu Tshintela à la veille des élections de 2011.

Le 27 mars 2017, le gouvernement congolais annonce avoir retrouvé les corps des deux experts de l’ONU et de leur interprète Betu Tshintela. A la surprise générale, l’ONU le contredit dès le lendemain en affirmant toujours chercher les quatre accompagnateurs congolais, Betu Tshintela inclus. C’est la police de l’ONU qui a retrouvé les corps et a averti les autorités congolaises. Deux corps, pas trois. Le ministre de la Communication tempère aujourd’hui : « C’est l’information qui nous avait été donnée par la justice militaire. Je n’ai pas accès au dossier d’instruction ».

Selon la fadette réquisitionnée par la justice militaire congolaise, le téléphone de Betu Tshintela est le seul à être rallumé le lendemain du meurtre. A partir de 17h43, le lundi 13 mars 2017, il reçoit une batterie de messages et passe deux appels sur deux numéros distincts dont un a pu être identifié par RFI et Reuters. Il appartient au colonel Cris Tambwe. « Je ne suis pas au Kasaï, je suis commandant de bataillon à Kisangani », répond l’intéressé. Il assure n’avoir aucun souvenir de cet appel de douze secondes, à 18h06, et nie toute implication. « Je n’ai jamais été interrogé par la justice militaire », renchérit-il. Après cet appel provenant du téléphone de Betu Tshintela, donné pour mort, l’officier ne communique plus avec ce numéro jusqu’à 9h14 le lendemain.

Un colonel congolais à l’origine de la mission

Le quatrième numéro « sensible » appartient à un autre officier de l’armée congolaise. Il s’agit du colonel Jean de Dieu Mambweni. « C’était le chef des opérations à Kananga, c’est lui qui a organisé l’infiltration Kamuina Nsapu par l’armée », affirme Me Miseka. Cet avocat de sept des présumés miliciens Kamuina Nsapu accusés du meurtre des deux experts dit « détenir des preuves » fournies par certains de ses « clients ». Entre février et avril 2017, des milices anti-Kamuina Nsapu ont fait leur apparition au Kasaï Central et dans la province voisine du Kasaï. Cela a été notamment documenté par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et suggéré par le groupe d’experts des Nations unies dans son rapport daté d’août 2017. Sur son profil Facebook, le colonel Jean De Dieu Mambweni se présente comme chargé des relations civilo-militaires, rattaché à l’état-major.

Sur Facebook, Jean De Dieu Mambweni se présente comme chargé des relations civilo-militaires, rattaché à l’état-major. © Facebook/ Jean De Dieu Mambweni.

Le colonel Mambweni et les experts sont en contact tous les jours, de leur arrivée à Kananga à la veille de leur mort. Le jeudi 9 mars 2017, à 17h, ils ont même rendez-vous. C’est ce qui est inscrit dans l’agenda de Zaida Catalan et qui avait été confirmé par les experts eux-mêmes à RFI et Reuters avant leur assassinat. Quelques minutes avant le rendez-vous, l’experte suédoise appelle le colonel Mambweni. L’officier congolais envoie dans la foulée des messages aux directeurs des deux principaux services de renseignement civils, toujours les mêmes, l’ANR et la DGM. Puis le colonel Mambweni rappelle Zaida Catalan.

Le lendemain, le vendredi 10 mars, le colonel Jean de Dieu Mambweni appelle « l’ancien espion » Betu Tshintela. Celui qui sera présenté plus tard comme leur interprète répond à l’officier. Dans la minute qui suit, Zaida Catalan appelle Betu Tshintela. C’est le premier contact connu entre les deux experts et Betu Tshintela ensuite omniprésent dans leurs relevés téléphoniques. « C’est Mambweni qui a mis Betu Tshintela en rapport avec les experts », confirme une source sécuritaire. Quarante-huit heures avant l’assassinat de Michael Sharp et Zaida Catalan, chaque fois que les experts échangent avec leur tout nouvel « interprète », ce dernier communique dans la foulée avec le colonel Mambweni.

Interrogé par RFI et Reuters, l’officier congolais dit ne se souvenir d’aucun de ces échanges avec les deux onusiens en mars 2017. « Ils avaient fait un premier voyage en janvier, ils ont déjeuné deux fois chez moi », détaille le colonel Mambweni. Mais en mars ? « Je ne me souviens plus », finit par dire l’officier congolais. Ce dernier reconnaît toutefois leur avoir présenté lors de leur premier séjour à Kananga un « policier » qui les avait mis sur la piste d’une « cache d’armes des miliciens à Ngombe ». Ce sont ces miliciens qui sont accusés d’avoir tué Michael Sharp et Zaida Catalan. « Ils étaient obsédés, ils voulaient voir cette cache d’armes, je pense que c’est ça qui les a poussés à aller là-bas », admet le colonel congolais. Interrogé sur ses contacts téléphoniques avec Betu Tshintela, l’officier coupe court à la conversation. Jean de Dieu Mambweni se dit « en route pour Beni ».

 Des contacts suspects le jour du meurtre

Le jour du meurtre, toujours d’après les fadettes à la disposition de la justice militaire et de l’ONU, les experts semblent avoir prévu un départ dès les premières heures du jour. Michael Sharp et Betu Tshintela correspondent dès 6h43 du matin. Les échanges entre les deux hommes se prolongent en cette matinée du 12 mars 2017. L’expert américain paraît s’impatienter et appelle toutes les heures son présumé interprète. Betu Tshintela correspond, lui, en parallèle avec son cousin et informateur des services, José Tshibuabua. Difficile d’expliquer ces échanges. Mais selon l’ANR, c’est José Tshibuabua qui a fourni les motos-taxis, comme leurs chauffeurs. Un client du Woodland croit se souvenir que ce matin-là, il y avait « un problème avec le troisième motard ». Deux d’entre eux, Isaac Kabuayi et Pascal Nzala, sont identifiés et portés disparus par leurs familles. Mais dans les fadettes, les PV, les documents que RFI et Reuters ont consultés, rien n’indique que la justice militaire congolaise ait identifié le troisième motard.

L’analyse des relevés téléphoniques de ce dimanche 12 mars 2017 révèle également qu’aucun des membres identifiés du convoi des experts pour Bunkonde n’a de communication entre 13h02 et 16h49. Ni émise, ni reçue : quatre heures de black-out. A 16h49, Zaida Catalan se sent suffisamment en danger pour appeler sa sœur Elisabeth Morseby, sans pour autant pouvoir communiquer. « Je n’entendais rien au départ, juste des voix d’hommes », explique la jeune femme. Elle croit dans un premier temps que sa sœur a lancé l’appel par erreur. Mais elle entend une respiration. « Sa respiration». C’est ce coup de fil qui va lancer l’alerte. Elisabeth Morseby a raison de s’inquiéter. Michael Sharp et Zaida Catalan sont assassinés dans les vingt minutes qui suivent. Mais où étaient-ils durant les quatre heures qui ont précédé ? Aucune pièce du dossier d’instruction consulté par RFI et Reuters ne permet de l’expliquer.

Le jour du meurtre, José Tshibuabua ne s’inquiète pas, lui. Après les contacts intenses de la matinée, depuis 12 h 06 précisément, l’informateur de l’ANR ne cherche pas à communiquer avec son cousin Betu Tshintela. José Tshibuabua avait pourtant demandé à ce proche de « superviser » cette mission. Il échange en revanche à plusieurs reprises à 20h32, plus de trois heures après l’assassinat des experts, José Tshibuabua reçoit un appel de trois minutes du directeur provincial de la DGM et ex-chef de milice Mai Mai, Emmanuel Mapenzi. Ce n’est qu’après cet appel que José Tshibuabua cherche à joindre son cousin Betu Tshintela et même l’expert américain Michael Sharp avec lequel jusqu’ici il n’avait jamais eu aucun contact.

Sur la base de l’analyse des fadettes disponibles, il est difficile de dire si José Tshibuabua a pu ou non communiquer avec le téléphone de l’expert américain. L’appel et les sms relevés entre les deux hommes ne concordent pas, d’un relevé téléphonique à l’autre. Aux mêmes heures, la sœur de l’experte suédoise tente, elle aussi, de joindre le téléphone de Michael Sharp. Elisabeth Morseby en garde un souvenir glaçant : « Je n’entendais rien. Je disais allo. Il répétait allo, allo. J’ai cru qu’il se moquait de moi ».

Toujours aux environs de 21h, alors que José Tshibuabua semble tenter de joindre Michael Sharp et Betu Tshintela, il communique également avec le directeur provincial de l’ANR. Il envoie trois messages à Luc Albert Tanga Sakrine qui lui répond par un unique sms. Les deux hommes n’auront plus aucun échange jusqu’au 14 mars. Les chefs provinciaux des services de sécurité, DGM et ANR, se sont refusé à tout commentaire. Il n’a pas été possible à RFI et Reuters de déterminer l’objet exact de ces communications avec José Tshibuabua, aujourd’hui soupçonné d’avoir joué un rôle, « même mineur » selon l’ANR, dans ce double meurtre.

Des commanditaires ?

Que sous-entendait l’auditeur militaire en affirmant que l’exécution des experts ne pouvait pas être décidée par une simple milice ? Interrogé par RFI et Reuters, l’auditeur général du Congo, le général Pondé, s’est refusé à tout commentaire, rappelant qu’il était légalement « dessaisi du dossier depuis le 5 juin 2017 », date de l’ouverture du procès. Au vu de ses réquisitions, l’auditeur militaire a bel et bien cherché ces commanditaires quels qu’ils puissent être : miliciens, opposants ou agents de l’Etat.

Dans le procès de Kananga, malgré les preuves contenues dans le dossier d’instruction, ils sont aujourd’hui tout désignés. La responsabilité de ces crimes a été imputée aux trois chefs de milices dans la zone de Bunkonde, dont Vincent Manga. Dans les relevés téléphoniques de ce dernier, le plus remarquable, c’est cette série soudaine de contacts, deux mois après le meurtre, entre le téléphone de Michael Sharp et le numéro attribué à son présumé assassin. Le 3 mai 2017, le numéro de l’expert américain appelle le chef de milice, réputé en fuite, à quatre reprises, dont trois fois entre 20h52 et 21h. Ce n’est pas le chef Vincent Manga qui prend l’initiative de ces contacts, il n’en a pas non plus avec les autres membres de l’équipe, ni même avec les opposants et les agents de l’Etat et affiliés cités dans l’enquête de RFI et Reuters. C’est d’autant plus mystérieux que le téléphone de Michael Sharp n’avait pas été rallumé depuis deux mois. Il ne passera qu’un autre appel le 15 mai 2017 sur un numéro non identifié. Et il ne semble pas avoir été rallumé depuis.

Dans les fadettes des quatre figures de l’opposition de la province, il n’y a pas non plus de contacts suspects avec les experts ou leurs accompagnateurs congolais. Les personnes dont les numéros ont été requis par la justice militaire congolaise sont les députés nationaux Clément Kanku, Martin Kabuya, Claudel Lubaya et le député provincial Daniel Mbayi. Clément Kanku et Martin Kabuya avaient rencontré les experts à Kinshasa avant cette ultime mission au Kasaï Central. Daniel Mbayi les a vus à Kananga le jeudi 10 mars 2017, c’est ce que précise l’agenda de Zaida Catalan.

Le député et ancien ministre, Clément Kanku, est l’une des figures politiques citées dans ce dossier, c’est ce qu’affirme le porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé, qui insiste sur ce point, preuve, selon lui, que personne n’est intouchable au Congo. Pourtant, c’est avant même de rentrer au gouvernement, en août 2016, que Clément Kanku est suspecté – sur la base d’une conversation téléphonique – d’avoir soutenu les miliciens Kamuina Nsapu. Cet enregistrement a été retrouvé sur l’ordinateur de l’experte suédoise Zaida Catalan et révélé par le quotidien américain New York Times. A la suite de la publication de cet article, le procureur général de la République a ouvert une enquête pour connaître les liens exacts de Clément Kanku avec les milices Kamuina Nsapu sans qu’aucun lien ne soit jusqu’ici établi avec le meurtre des experts onusiens. Toutes ces accusations ont été démenties par l’ancien ministre qui dénonce une manipulation du régime.

Ce député du Kasaï Central est aussi « parent » des deux cousins, José Tshibuabua et Betu Tshintela, mais selon les fadettes de la justice militaire, il n’a eu aucun contact avec eux entre mars et mai 2017. « Je ne connais pas ce Betu et quant à José Tshibuabua, on est en froid depuis qu’il s’est mis à soutenir la concurrence, Martin Kabuya », assure Clément Kanku. Un compte attribué à Martin Kabuya, député rival et candidat au poste de gouverneur, est « ami » sur Facebook avec José Tshibuabua. « Je n’ai pas de compte Facebook et je ne connais pas ce José Tshibuabua », rétorque Martin Kabuya.

En revanche, la ministre provinciale de la Santé, Innocente Bakanseka, apparait dans ses relevés téléphoniques. Elle est en contact, y compris le jour du meurtre, avec les deux cousins, José Tshibuabua et Betu Tshintela. Ce sont ses parents, confirme-t-elle. « Betu m’a envoyé un message pour me dire qu’il partait avec des onusiens à Bunkonde à 7h et qu’il serait revenu à 16h », explique la ministre. « J’ai pensé qu’il s’agissait de la Monusco, même si je ne comprenais pas bien pourquoi ». Innocente Bakanseka précise que Betu Tshintela servait d’intermédiaire dans les négociations avec la famille du chef Kamuina Nsapu pour trouver un successeur à l’insurgé Jean-Prince Mpandi, tué au mois d’août 2016. Cette version est partiellement confirmée par l’avocat de José Tshibuabua, Me Trésor Kabangu: « Mon client m’a confié que cette ministre lui avait demandé à lui de ramener à Kananga certains membres de la famille Kamuina Nsapu et l’interprète, mais que son rôle se limite là ». « Je ne savais pas que mes parents travaillaient pour l’ANR », conclut la ministre. Innocente Bakanseka était considérée comme le bras droit de l’ancien gouverneur Alex Kandé, accusé par l’Union européenne d’être dans les rangs du gouvernement, l’un des instigateurs de la violence dans le Kasaï Central, ce que ce dernier dément. Alex Kandé a fait appel de cette décision de Bruxelles.

Un informateur de l’armée comme principal témoin

Ce qui transparaît du dossier d’instruction, comme du procès jusqu’ici, c’est que la principale source de l’accusation reste Jean Bosco Mukanda, l’unique témoin du meurtre. A la barre du tribunal de Kananga, le 21 juillet dernier, cet enseignant de Bunkonde avait raconté par le menu des scènes qui s’étaient déroulées avant, pendant et après le meurtre. Jean Bosco Mukanda affirmait que ces mêmes miliciens avaient cherché à le tuer quelques semaines plus tôt, raison pour laquelle il était en mesure de les identifier. Cet après-midi-là, il a pourtant pu observer toute la scène sans être inquiété. L’auditeur militaire avait salué « son sentiment de patriotisme » face aux miliciens.

À droite, en chemise rose, Jean Bosco Mukanda, le témoin-vedette, témoigne sous les yeux d’Evariste Ilunga dit Beaugars, principal suspect du procès de Kananga.

Ce que l’auditeur militaire ne mentionne pas, c’est que le témoin-vedette du procès de Kananga est cité dans différents PV du dossier d’instruction comme un ancien chef de milice Kamuina Nsapu et informateur de l’armée congolaise. Lors d’une audition datée du 17 avril 2017, un lieutenant de l’armée congolaise, Jean Nzambi Lombili, présente Jean Bosco Mukanda comme « le président des miliciens de l’époque de Kamuina Nsapu ». Le militaire renvoyait vers lui pour toute information relative aux personnes arrêtées. « Il n’exerce plus, c’est notre informateur », précise le militaire au cours de sa déposition. Une autre déposition confirme que Jean Bosco Mukanda est « chef des miliciens » qui « cohabitent, partagent le verre de bière, se promènent et mangent ensemble » avec les militaires et les policiers de Bunkonde. Jean Bosco Mukanda a toujours démenti avoir appartenu à une milice ou jouer un rôle dans la mort des experts de l’ONU. Le vendredi 10 novembre 2017, il est « transféré » à Kinshasa. Contrairement à José Tshibuabua, le « chef des miliciens » dit être uniquement « sous la protection des services de renseignements » à la suite de menaces formulées par « ces criminels » qu’il accuse.

A Kinshasa, l’arrestation de José Tshibuabua et la mise sous protection de Jean Bosco Mukanda, opérées en toute discrétion par l’Agence nationale de renseignements, ont été largement commentées dans les milieux diplomatiques comme onusiens. On l’attribue volontiers à un effet « Robert Petit » du nom de ce procureur canadien nommé en octobre dernier par le secrétaire général de l’ONU. Appuyé par quatre experts « techniques » de l’ONU, Robert Petit est chargé de soutenir la procédure judiciaire congolaise. Le procès a d’ailleurs régulièrement été suspendu en attendant sa nomination, puis sa venue. C’est le fruit d’une longue négociation entre le gouvernement congolais qui refusait l’envoi d’enquêteurs indépendants et du secrétaire général de l’ONU, pressé de mettre en place un « mécanisme de suivi » après le rapport controversé du premier comité d’enquête. Le « Board of Inquiry » qu’Antonio Guterres avait nommé en mai 2017 avait été présenté comme une « commission » d’enquête. Selon l’une de ses porte-parole, cette commission était chargée d’« établir les faits et, si possible, d’identifier les auteurs de ces meurtres ».

Des preuves « utiles », « pas divulguées », selon le comité de l’ONU

Les parents des victimes américaine et suédoise, Michael Sharp et Zaida Catalan, demandent la révision du rapport du Board of Inquiry. Ils estiment non seulement qu’il ne donne pas une vision exacte du niveau d’expérience des deux experts, mais surtout qu’il écarte une série de faits établis qui tendent à impliquer des agents de l’Etat. « L’enregistrement de la réunion du 11 mars 2017 à lui seul prouve qu’on leur a menti. Le comité d’enquête n’a jamais mentionné ce fait dans le rapport », expliquent John et Michele Sharp, les parents de l’expert américain. « Nous avons été déçus par les conclusions du comité d’enquête qui ne reflétaient pas qu’ils avaient été trahis par des agents de l’Etat », renchérit Elisabeth Morseby, la sœur de Zaida Catalan.

Le comité d’enquête de l’ONU avait accrédité la thèse du gouvernement congolais sans mentionner les éléments de preuves que RFI et Reuters ont pu consulter. Il estimait au contraire, selon une formule alambiquée, que « les informations circulant sur une possible implication de différents agents ou organisations de l’Etat n’apportaient aucune preuve sur l’intention ou le mobile de ces individus », sans exclure que « d’autres » aient pu participer.

Sur les sept personnes interrogées par RFI et Reuters qui se sont entretenues avec le comité d’enquête de l’ONU, une seule a estimé que ses questions étaient équilibrées, tous les autres ont déclaré que les membres du Board n’étaient pas intéressés par les informations relatives à une implication d’agents de l’Etat dans le meurtre et restaient persuadés que les miliciens Kamuina Nsapu étaient les seuls responsables. « Une enquête criminelle poussée contre un acte haineux comme celui-là et dans ces circonstances ne peut être menée en trois mois », a expliqué Greg Starr, le responsable de ce comité d’enquête qui s’est refusé à commenter spécifiquement sur cette omission de faits relatifs à une implication d’agents de l’Etat congolais. Cet ancien sous-secrétaire général de l’ONU en charge des questions de sécurité s’est contenté d’expliquer que « les différentes interviews, preuves ou informations développées » n’ont « pas été incluses » dans ce rapport, de crainte que ce document confidentiel destiné aux membres du Conseil de sécurité ne soit « divulgué au public » alors que Greg Starr dit les juger « utiles à une enquête criminelle ».

Pas d’enquête indépendante

En août 2017, le Conseil de sécurité avait le choix entre deux recommandations issues de deux rapports distincts de l’ONU déposés sur sa table. Le groupe d’experts des Nations unies auquel appartenaient Michael Sharp et Zaida Catalan disait, « à la lumière des informations disponibles », ne pas exclure « l’implication de différents acteurs (favorables ou non au gouvernement), les factions Kamuina Nsapu, d’autres groupes armés et les membres des services de sécurité de l’Etat ». Il parlait d’un meurtre « prémédité » commis par un groupe « hétéroclite ». Le groupe demandait au Conseil de se prononcer en faveur d’une enquête indépendante, au risque d’essuyer un refus de Kinshasa.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, plaidait, lui, pour une solution négociée, comme la possibilité pour une équipe désignée par l’ONU de soutenir activement l’enquête congolaise. Comme le secrétariat général de l’ONU, le patron du « Board », Greg Starr, insiste sur la question de la juridiction, rappelant l’existence des « investigations nationales », congolaise, suédoise et américaine, mieux à même d’établir une vérité judiciaire que l’ONU. « Notre objectif est que justice soit rendue, quels que soient les coupables », assure l’un des porte-parole d’Antonio Guterres.

Depuis mars 2017, ni la police suédoise, ni le FBI, la police fédérale américaine, n’est allé enquêter au Congo. Le parquet suédois a déploré, le 15 décembre 2017, le manque de coopération du gouvernement congolais, tout en glissant qu’il n’excluait pas une participation des agents de l’Etat. C’est la première fois que la justice suédoise critique ouvertement la procédure congolaise. La chef de la diplomatie suédoise, Margot Wallström, a insisté auprès du secrétaire général de l’ONU pour que soient entendues les familles dans leur demande de révision du rapport du comité d’enquête de l’ONU.

Côté américain, les critiques sont à peine plus voilées. Un officiel du département d’Etat minimise l’importance des conclusions du comité d’enquête qualifiées de simple « évaluation interne ». Interrogé sur l’existence de preuves « pas incluses » dans le rapport onusien, l’officiel pointe le rôle joué par Antonio Guterres : « Le secrétaire général a pris la décision de ce qu’il a révélé au Conseil de sécurité ». Le diplomate américain conclut avec une phrase lourde de sens, sept mois après l’ouverture du procès de Kananga : « Nous allons continuer à faire pression sur les Nations unies afin qu’elles mènent une enquête complète et indépendante sur les meurtres et pour exhorter le gouvernement de la RDC à demander des comptes aux auteurs de ces crimes ».

Cette enquête a nécessité neuf mois d’investigation pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan, ont été assassinés. En dépit de tentatives répétées, certains des personnages cités n’ont pas pu être joints par RFI et Reuters, car ils sont soit portés disparus, réputés en fuite ou détenus au secret.

L’enquête et le procès sont toujours en cours et la présomption d’innocence continue donc de s’appliquer à chacun. Les instances onusiennes ont affirmé à plusieurs reprises leur détermination à ce que la vérité soit faite dans cette affaire.

[Rfi.fr/Sonia Rolley]

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