vendredi , 22 juin 2018
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Marcelo ODEBRECHT : Prison luxueuse pour un corrupteur et un corrompu brésilien

Symbole d’un méga-scandale de corruption qui ébranle l’Amérique latine, le magnat brésilien du BTP Marcelo Odebrecht est sorti mardi de sa cellule de prison de 12 m2 pour purger le reste de sa peine dans sa luxueuse villa de Sao Paulo.

L’assignation à résidence de l’ancien PDG du groupe a commencé alors que de nouvelles révélations secouaient l’empire familial.

Équipé d’un bracelet électronique avant sa sortie de la prison de Curitiba (est), Marcelo Odebrecht est parti en avion pour son domicile de Sao Paulo (sud-est), où il est arrivé dans l’après-midi pour purger le reste de sa peine de dix ans de prison, a constaté un photographe de l’AFP.

Après être resté confiné pendant deux ans et demi dans sa petite cellule, il va retrouver le confort de son domicile, une villa de 3.000 m2 avec piscine, selon les médias brésiliens.

Petit-fils du fondateur de l’entreprise du même nom, Marcelo Odebrecht, 49 ans, devra dans un premier temps rester dans sa cage dorée 24 heures sur 24, avant d’être autorisé à en sortir par moments courant 2020.

Un confort qui a un prix: pour obtenir un allégement considérable de sa peine, Odebrecht a accepté de passer aux aveux, révélant un réseau de corruption d’une ampleur inimaginable.

Un grand déballage mal vécu par une partie de sa famille, divisée en deux clans, les fidèles de Marcelo et ceux, plus nombreux, rangés du côté de son père Emilio.

« Il nous a dit que le grand objectif de cette nouvelle phase de sa vie était de revenir au sein de sa famille et continuer à collaborer » avec la justice, a déclaré un de ses avocats à la presse.

Scandale international

À son apogée, Odebrecht était le symbole d’un Brésil conquérant, avec des réalisations dans le monde entier, comme par l’aéroport Simon Bolivar à Caracas ou l’autoroute Grand Parkway au Texas.

Au Brésil, le groupe s’est adjugé des chantiers emblématiques comme la rénovation du stade mythique Maracana à Rio.

Tout a basculé en juin 2015, quand Marcelo Odebrecht a été arrêté dans le cadre de l’opération « Lavage-express », une enquête tentaculaire qui a révélé un réseau de versement de dessous de table pour le gain de marchés publics.

Des dizaines d’hommes politiques ont été éclaboussés par le scandale, y compris le président Michel Temer et l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), menacé d’inéligibilité à la présidentielle de 2018 pour avoir reçu un triplex en échange de services rendus à un autre groupe de BTP.

Les révélations d’Odebrecht ont aussi ébranlé jusqu’au sommet du pouvoir dans d’autres pays d’Amérique Latine, notamment au Pérou et en Equateur.

Pedro Pablo Kuczynski risque même de devenir prochainement le premier président destitué de l’histoire du Pérou, Odebrecht ayant reconnu avoir versé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil directement liées au chef de l’État, alors ministre entre 2004 et 2013.

En Equateur, le vice-président Jorge Glas a été placé en détention provisoire en octobre et condamné la semaine dernière à six ans de prison pour avoir perçu 13,5 millions de dollars en pots-de-vin d’Odebrecht.

Nouvelles révélations

Initialement condamné à 19 ans et 4 mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent, l’ex-PDG a obtenu une réduction de peine assortie de la possibilité d’en purger une partie à domicile grâce à un accord de collaboration avec la justice.

L’entreprise a aussi dû s’acquitter d’une amende astronomique de 2,6 milliards de dollars aux gouvernements du Brésil, de Suisse et des États-Unis.

Grâce aux révélations de 77 anciens cadres de l’entreprise, les enquêteurs ont découvert qu’Odebrecht disposait même d’un service créé spécialement pour graisser la patte de dirigeants.

Deux ans et demi après l’incarcération de Marcelo Odebrecht, ces révélations continuent de secouer tant le groupe que le Brésil.

Mardi, l’autorité de la concurrence dans le pays, le Cade, a annoncé que des documents fournis par le groupe prouvaient la formation d’un cartel avec d’autres entreprises de BTP pour se partager les marchés de construction de routes dans l’Etat de Sao Paulo de 2008 à 2015.

Tout en révélant les arcanes du scandale de corruption, Odebrecht s’est lancé dans une grande restructuration. Emilio, père de Marcelo, vient d’annoncer qu’il quitterait la présidence du conseil d’administration en avril et de nouvelles règles interdisent que le PDG soit un membre de la famille.

[Afp]

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