dimanche , 24 juin 2018
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Afrique centrale : Les groupes armés menacent les espèces sauvages

Les attaques contre les espèces sauvages prennent de l’ampleur en Afrique centrale. Elles sont perpétrées par des groupes armés étrangers, qui se livrent au braconnage et au trafic de ces animaux. Ces milices sont très actives dans le paysage Garamba-Bili-Chinko, une région allant de la frontière nord-ouest de la République démocratique du Congo à la frontière sud-ouest de la République centrafricaine.

Diffusé récemment, un nouveau rapport de TRAFFIC, le réseau de surveillance du commerce de la flore et de la faune sauvages, cite nommément ces groupes armés incriminés. Il s’agit principalement de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), des Janjaweeds (une milice soudanaise) et d’autres milices non-étatiques.

Pour les enquêteurs, les principaux auteurs du braconnage se recrutent dans les rangs des groupes armés non-étatiques, des acteurs étatiques, des éleveurs armés et des braconniers indépendants. Les groupes armés non-étatiques étrangers, ciblent les grands mammifères, notamment les bongos, les buffles, les éléphants et les hippopotames. La LRA, en particulier, exerce une pression énorme sur les populations d’éléphants.

DELITS

De leur côté, les autorités nationales et locales, y compris les Forces armées de la RDC, ont été impliquées dans le braconnage et le trafic. Certains éleveurs nomades de bétail, tels que les Fulani et les Mbororo, représentent aussi une grave menace pour les espèces sauvages dans le paysage. Lourdement armés pour leur protection, ces nomades tuent des élans de Derby et des buffles, pour les vendre comme viande de brousse. Ils empoisonnent, par ailleurs, des prédateurs, tels que les lions, pour prévenir les attaques contre leur bétail.

Il a aussi été signalé que les Fulani sont impliqués dans le trafic transfrontalier des produits fauniques, comme l’ivoire et la peau de léopard, principalement vers le Sud-Soudan et l’Ouganda.

D’après ce rapport, un réseau de braconnier indépendant et militarisé cible les grands mammifères, notamment les bongos, les buffles, les éléphants et les hippopotames, dans les aires protégées. Ils vendent la viande à des individus et à des restaurants dans les villes et les villages périphériques, et transportent les produits de valeur, comme l’ivoire, les peaux et d’autres trophées, vers les grandes municipalités, pour continuer de financer le braconnage. Ce groupe est constitué d’acteurs locaux et étrangers, armés d’armes semi-automatiques.

RECOMMANDATIONS

Les résultats de cette enquête sont accompagnés de 20 recommandations à l’intention des gouvernements régionaux, des groupes de conservation et de la communauté des bailleurs, afin de réduire la menace du braconnage et du trafic. Ces recommandations comprennent des méthodes de renforcement de l’application des lois, d’appui aux communautés locales et aux conditions économiques, de collaboration avec les communautés d’éleveurs et d’amélioration de la collaboration transfrontalière pour la conservation.

Le rapport décrit aussi des mesures positives prises par des organisations non-gouvernementales et des agences gouvernementales dans la région, en particulier les efforts essentiels de surveillance et de maintien de l’ordre, entrepris par les gardes des parcs et la collaboration positive entre le personnel des parcs et les communautés environnantes. Près de 70 % des populations locales interrogées autour de la Garamba affirment entretenir de bonnes relations avec le personnel du parc, et 80 % autour de Bili.

UN TRAVAIL REMARQUABLE

« Un travail remarquable est réalisé sur le terrain dans toute la région, mais des efforts restent à faire pour appuyer ces actions et les communautés locales dans la lutte contre un braconnage qui alimente la corruption et déstabilise la région », déclare Paulinus Ngeh, directeur du bureau régional de TRAFFIC en Afrique centrale.

Ce rapport de TRAFFIC, intitulé « Une évaluation du braconnage et du trafic d’espèces sauvages dans le paysage transfrontalier Garamba-Bili-Chinko », est le résultat d’études et de discussions menées auprès de 87 villages locaux, avec la participation de plus de 700 personnes, en l’occurrence les autorités administratives, les chefs traditionnels et les forces de l’ordre.

Les auteurs ont enquêté sur la chasse, le braconnage et le trafic à différents niveaux – de la chasse de subsistance au braconnage organisé et à la contrebande à grande échelle – tout en évaluant les moyens de subsistance et les opportunités économiques des villageois et des éleveurs nomades.

[Fyfy Solange TANGAMU]

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