vendredi , 22 juin 2018
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Jérusalem : Israël verse de l’huile sur le feu

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine ont averti lundi lors d’une conférence de presse conjointe que la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël risquait d’accroître les tensions au Moyen-Orient. « La Russie et la Turquie croient toutes deux que (cette décision) n’aide pas à stabiliser la situation au Moyen-Orient mais au contraire déstabilise une situation déjà compliquée », a déclaré Vladimir Poutine. M. Erdogan a lui estimé qu' »Israël verse de l’huile sur le feu ». « Israël voit ce processus comme une opportunité pour accroître la pression et les violences contre les Palestiniens », a ajouté le chef de l’Etat turc, affirmant que M. Poutine et lui ont « une approche similaire » sur la question.

Le présidentturc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine ont averti lundi lors d’une conférence de presse conjointe que la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël risquait d’accroître les tensions au Moyen-Orient.

« La Russie et la Turquie croient toutes deux que (cette décision) n’aide pas à stabiliser la situation au Moyen-Orient mais au contraire déstabilise une situation déjà compliquée », a déclaré Vladimir Poutine, qui s’est rendu à Ankara lundi soir pour rencontrer son homologue turc.

Erdogan a lui estimé qu' »Israël verse de l’huile sur le feu ». « Israël voit ce processus comme une opportunité pour accroître la pression et les violences contre les Palestiniens », a ajouté le chef de l’Etat turc, affirmant que M. Poutine et lui ont « une approche similaire » sur la question.

Lors d’un passage éclair en Egypte lundi après-midi, M. Poutine a appelé à « une reprise immédiate des négociations directes israélo-palestiniennes sur tous les sujets disputés, y compris le statut de Jérusalem », selon une traduction officielle simultanée en arabe de ses propos en russe.

Plus tôt lundi, M. Erdogan avait lui affirmé dans un discours qu' »avec cette reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, ils (les Etats-Unis) sont devenus complices de l’effusion de sang » dans les territoires palestiniens occupés.

Erdogan a une nouvelle fois dénoncé les agissements israéliens contre les Palestiniens à Jérusalem, accusant Israël d’avoir transformé la ville sainte « en une prison pour les musulmans et les fidèles d’autres religions ».

« Ils ne pourront jamais laver leurs mains du sang dont elles sont trempées », a-t-il lancé. « La lutte ne s’arrêtera pas avant la création d’un Etat palestinien indépendant dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Erdogan a en outre affirmé qu’un sommet des leaders du monde musulman qu’il accueillera mercredi à Istanbul représenterait un « tournant » dans leur action face à la décision du président américain Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël.

Depuis cette décision, annoncée le 6 décembre, M. Erdogan a multiplié les critiques contre M. Trump.

Dimanche, il s’en est pris à Israël, le qualifiant d’Etat « terroriste » qui use d’une force disproportionnée contre les Palestiniens.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en déplacement à Paris, lui a sèchement répondu, affirmant n’avoir « pas de leçons de moralité à recevoir d’un dirigeant qui bombarde des villages kurdes en Turquie, qui emprisonne des journalistes, aide l’Iran à contourner les sanctions internationales et aide des terroristes, notamment à Gaza ».

Cette flambée de tensions survient alors que les relations entre la Turquie et Israël restent fragiles, en dépit d’une normalisation l’an dernier après six années de froid dues à un grave incident maritime.

MANIFESTATIONS POUR LA CINQUIÈME JOURNÉE CONSÉCUTIVE

Des manifestations ont eu lieu lundi au Moyen-Orient pour la cinquième journée consécutive contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël, un sujet qui continuait à occuper l’agenda diplomatique.

A Beyrouth, plusieurs milliers de partisans du Hezbollah ont défilé dans le sud de la capitale libanaise, bastion du puissant mouvement chiite, allié de l’Iran et ennemi d’Israël et qui se veut l’un des champions de la cause palestinienne. « Jérusalem est à nous », proclamaient de nombreuses pancartes.

A Téhéran, quelques centaines de conservateurs ont brûlé des portraits de Donald Trump et des drapeaux américain et israélien.

Dans les Territoires palestiniens, des dizaines de jeunes, le visage ceint du foulard traditionnel pour beaucoup, ont incendié des pneus et lancé des pierres sur les soldats israéliens à la sortie de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Les soldats israéliens ont riposté à coups de gaz lacrymogènes, de projectiles en caoutchouc et, sporadiquement, à balles réelles. Plusieurs jeunes ont été blessés, selon des photographes de l’AFP.

« Nous sommes ici pour protester contre la décision de Trump et pour dire que Jérusalem est, et restera, notre capitale, et que nous y resterons pour la défendre », a déclaré un homme portant une cagoule.

Mesures ‘déstabilisatrices’

L’armée israélienne a mené en soirée des frappes et des bombardements contre des positions du mouvement islamiste Hamas dans la bande de Gaza, après un tir de roquette en provenance de l’enclave palestinienne.

Les heurts avec les soldats israéliens ont fait 27 blessés, atteints par des projectiles en caoutchouc ou des balles réelles en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a rapporté le Croissant-Rouge.

Mais la protestation, qui a coûté la vie à quatre Palestiniens et fait des centaines de blessés depuis jeudi, donnait des signes d’essoufflement.

En reconnaissant unilatéralement le 6 décembre Jérusalem comme la capitale d’Israël, M. Trump a déclenché des manifestations quotidiennes dans le monde musulman, la colère des dirigeants palestiniens et une réprobation quasiment unanime de la communauté internationale, toujours préoccupée lundi des retombées dans une région en plein tumulte.

Lors d’une visite au Caire, le président russe Vladimir Poutine a critiqué le caractère « déstabilisateur » de la décision de son homologue Donald Trump. Il a appelé à « une reprise immédiate des négociations directes israélo-palestiniennes sur tous les sujets disputés, y compris le statut de Jérusalem ».

Se trouvait également dans la capitale égyptienne le président palestinien Mahmoud Abbas qui a rencontré son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi.

A l’issue de leur rencontre, M. Sissi a réaffirmé « la nécessité de préserver le statut juridique » de Jérusalem, et l’engagement de son pays à poursuivre son soutien aux Palestiniens pour l’établissement de « leur Etat indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale », selon un communiqué du porte-parole de la présidence Bassam Radi.

La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, qui a reçu plus tôt à Bruxelles le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a répété la position européenne selon laquelle la solution dite à deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien coexistant avec Israël, chacun ayant Jérusalem pour capitale, restait la seule valable pour résoudre le conflit.

Depuis la création d’Israël en 1948, la communauté internationale s’est gardée de reconnaître Jérusalem comme capitale. Elle considère que son statut doit être négocié.

La décision de M. Trump fait redouter des réactions incontrôlables tant Jérusalem, avec ses lieux saints pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, est un sujet passionnel.

Les Palestiniens représentent environ un tiers d’une population de 882.000 personnes, mais demeurent majoritaires à Jérusalem-Est, annexée par Israël. L’ONU n’a jamais reconnu cette annexion.

« Jérusalem est la capitale d’Israël, personne ne peut le nier », a affirmé M. Netanyahu à Bruxelles. Ce qu’a fait le président Trump « traduit carrément les faits », et tous les pays européens emboîteront le pas, a-t-il assuré.

Rencontre Erdogan-Poutine

« Il peut garder ses attentes pour d’autres, parce que du côté des Etats membres de l’Union européenne, ce geste ne viendra pas », a vertement répliqué Mme Mogherini.

Les dirigeants palestiniens cherchent, eux, à rallier la communauté internationale et le monde arabe.

Pour eux, M. Trump, affichant un parti pris outrancièrement pro-israélien, préempte ce qui devrait relever de la négociation.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

« Ce qu’il faut maintenant, ce sont des décisions palestiniennes et arabes audacieuses », a dit Nabil Abou Roudeina, le porte-parole du président palestinien avant la rencontre de ce dernier avec le président égyptien.

L’Egypte est le premier – et l’un des deux seuls à ce jour – pays arabe à avoir fait la paix avec Israël.

La décision de M. Trump a aussi glacé les relations entre Israël et la Turquie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui tente de s’imposer comme le héraut de la cause palestinienne, a reçu ce lundi le président russe, deux jours avant la tenue en Turquie d’un sommet de l’Organisation de la coopération islamique au sujet de Jérusalem.

Les deux dirigeants ont averti lors d’une conférence de presse que la décision américaine sur Jérusalem risquait d’accroître les tensions au Moyen-Orient.

[Afp]

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