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Johnny Hallyday : Une grosse perte pour la France

Dernière mise à jour, le 12 décembre 2017 à 02:04

Depuis neuf ans il en avait fait une de ses villégiatures préférées : à Saint Barth, l’émotion est grande à l’annonce de la disparition de Johnny Hallyday, le « rocker à patte de velours » qui y vivait un quotidien de simplicité et d’amitiés. Le chanteur y était encore l’été dernier, et avait promis de revenir en mars, se rappelle le président de la Collectivité de Saint-Barthélemy Bruno Magras. « C’est une grosse perte pour la France en général et Saint-Barthélemy en particulier », déplore-t-il.

Tous avaient eu l’occasion de croiser le couple Hallyday, à la plage, au supermarché ou dans un restaurant ou bar branché. Depuis qu’il avait bâti sa villa sur les hauteurs du quartier de Marigot, en 2008, le rocker faisait partie du paysage de l’île.

Alors chacun y va de son souvenir, comme Eric, qui travaille dans un grand hôtel : « l’an dernier, Johnny était venu à l’hôtel; il paraissait très maigre, à côté de sa femme magnifique ».

Sollange l’avait croisé au supermarché: « Il poussait son caddie, avec sa femme. Je voulais voir ce qu’il avait acheté, mais le caddie était vide, il venait d’arriver. J’étais surprise qu’il fasse ses courses lui-même… »

Un gendarme de l’île raconte: « Il était toujours agréable et discret, sa compagne très souriante. Il ne demandait jamais de passe-droit ».

Carole Gruson, propriétaire du Ti Saint-Barth, restaurant cabaret dans lequel il avait ses habitudes, est abattue à l’annonce de sa mort.

« Ils sont venus au Ti fêter les 35 ans de Laeticia, la première fois. Ensuite, il venait deux fois par semaine. C’est comme ça qu’on a sympathisé. Il avait une grandeur d’âme, c’était quelqu’un d’hypersensible », explique-t-elle, « c’était un rocker à patte de velours… Très touchant, tout comme Laeticia, qui le protégeait beaucoup. Elle a vraiment été son garde-fou ces dernières années ».

La générosité de la star est aussi dans toutes les mémoires: en septembre, après le passage du cyclone Irma, le chanteur, qui avait quitté l’île quelques jours plus tôt, avait ouvert sa maison aux sinistrés. Malheureusement la villa était trop endommagée pour pouvoir accueillir des habitants sans risque.

Le Vendredi 13

Les habitants de Saint-Barthélemy ont pour habitude de se comporter avec les stars comme avec tout un chacun, et c’est aussi pour cette raison que ces dernières aiment l’île, fait-on remarquer.

« Il pouvait se balader tranquillement, il menait une vie conviviale, et n’était pas cloîtré dans sa villa », poursuit Carole Gruson. « Il participait à la vie de Saint-Barth. L’été dernier, nous avons fêté les 20 ans de mon fils chez lui. C’est un souvenir qui restera gravé ».

Bruno Magras se rappelle bien sa toute première rencontre avec Johnny Hallyday. « C’était dans les années 70, il est arrivé avec son ami Joe Dassin sur un bateau qui s’appelait +Le Vendredi 13+. Ensuite, il est reparu sur l’île en 2006, puis a fait construire sa maison. Chaque fois qu’il venait, il m’invitait à dîner chez lui; le courant était bien passé. Il était tombé amoureux de l’île ».

Et l’île a de quoi lui en être reconnaissante. « Grâce à lui et Laeticia, le mois d’août est devenu un mois d’exception. Ils ont fait venir beaucoup de monde qui, avant, préférait le sud de la France, Saint-Tropez… C’est pour ça qu’on a créé le St Barth Family Festival, où il m’a même fait l’honneur de chanter », souligne Mme Gruson.

CÉRÉMONIE D’ADIEU

Après les hommages nombreux et unanimes ayant suivi l’annonce de la mort de Johnny Hallyday, l’heure était jeudi aux préparatifs d’une cérémonie d’adieu à la hauteur de celui que le président Macron a qualifié de « héros français », que ses proches souhaitent voir célébré sur les Champs-Elysées.

Cette cérémonie pourrait avoir lieu samedi à Paris, selon plusieurs médias. BFMTV évoquait jeudi le scénario d’un cortège funéraire qui descendrait les Champs-Elysées à la mi-journée samedi avant une cérémonie à l’Eglise de la Madeleine. Un scénario toutefois non confirmé officiellement à la mi-journée.

Producteur du chanteur de 1982 à 2010, Jean-Claude Camus évoquait dès mercredi une descente des Champs-Élysées: « C’est le rêve de Laeticia (l’épouse de Johnny). C’est aussi le mien. Je pense qu’il a droit à ça et ça permettra au public de lui faire un dernier adieu. »

En attendant, la dépouille du chanteur a été transférée jeudi matin au funérarium du Mont-Valérien à Nanterre, non loin de sa demeure de Marnes-la-Coquette, a-t-il indiqué.

Le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner, a reconnu sur Europe 1 qu’un cortège sur les Champs-Elysées était « une des hypothèses ». « Mais laissons les services du président et surtout la famille décider ce qui est le mieux pour accompagner Johnny », a-t-il ajouté, soulignant le défi que cela poserait pour les forces de sécurité en raison du grand nombre de fans attendus pour saluer la mémoire de l’interprète de « Que je t’aime », « Quelque chose de Tennessee » ou « Allumer le feu ».

Veillée de prières

La ministre de la Culture Françoise Nyssen, liant la disparition du chanteur à celle de l’académicien Jean d’Ormesson à qui un hommage national sera rendu vendredi, avait aussi plaidé publiquement pour l’organisation d’un tel hommage pour Johnny Hallyday.

L’épouse du chef de l’État, Brigitte Macron est allée se recueillir mercredi au domicile des Hallyday à Marnes-la-Coquette. Le chef de l’État et son épouse avaient avant la communication de l’Elysée déjà annoncé qu’ils se rendraient aux obsèques du chanteur décédé à 74 ans dans la nuit de mardi à mercredi des suites d’un cancer des poumons.

Depuis l’annonce du décès du chanteur, les hommages se sont multipliés.

« Il avait un courage énorme », a salué jeudi Jacques Dutronc, son complice des « Vieilles canailles », sur RTL. « Je savais qu’il souffrait énormément, c’était terrible même », a-t-il rappelé.

En attendant le dernier adieu à Johnny, les fans du rockeur sont conviés ce jeudi soir à une veillée de prières à l’église Saint-Roch, la paroisse parisienne des artistes. Une seconde est prévue dimanche.

Interview inédite sur France 2

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé sur Twitter que la ville lui rendra hommage en projetant le message « Merci Johnny » sur la Tour Eiffel de vendredi soir à dimanche soir, ainsi que sur la façade de la salle de spectacle de Bercy, où seront disposés des livres d’or.

Les radios et télévisions ont bouleversé leurs programmes dès l’annonce du décès avec notamment, mercredi soir, une émouvante émission d’hommage animée par « son ami de 50 ans », Michel Drucker. L’animateur vedette de la télévision publique a raconté des anecdotes partagées avec le chanteur avant de terminer l’émission en larmes.

On pourra aussi découvrir ce jeudi soir sur France 2 un documentaire inédit, où le chanteur se raconte au cours d’une interview réalisée en avril dernier, après l’annonce de sa maladie.

L’écoute et les téléchargements des chansons et albums de Johnny Hallyday se sont envolés sur les plateformes musicales depuis l’annonce mercredi de la mort de « l’idole des jeunes », selon des données recueillies auprès de plusieurs d’entre elles.

« Salut les copains » (Libération), le « trésor national » (Le Figaro), « une passion française » (L’Humanité): la presse était jeudi à l’unisson de la pluie d’hommages qui a déferlé sur le pays.

Johnny Hallyday est mort à 74 ans des suites d’un cancer du poumon. Le chanteur aux plus de 100 millions de disques vendus et dix Victoires de la musique, surnommé pour l’éternité « l’idole des jeunes », s’est battu jusqu’au bout. Il était encore monté sur scène, en juin et juillet, avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell pour la tournée des « Vieilles Canailles », où il semblait porté par l’énergie de son public.

Cette « bête de scène », qui a rempli en 57 ans de carrière tous les plus grands lieux de l’Hexagone, du Stade de France au Champ de Mars, travaillait aussi à un nouvel album attendu en 2018.

HOMMAGE POPULAIRE

« Hommage populaire » samedi sur les Champs-Elysées, intervention d’Emmanuel Macron à l’église de la Madeleine, détails de la journée réglés entre la famille Hallyday et Brigitte Macron: l’Elysée ne lésine pas pour rendre hommage à Johnny, à l’unisson de la classe politique.

« On a tous en nous quelque chose de Johnny ». A peine une heure après l’annonce du décès du chanteur, dans la nuit de mardi à mercredi, le ton était donné par l’Elysée. Un « héros français », a renchéri de vive voix le chef de l’Etat depuis Alger où il effectuait une visite officielle.

Brigitte Macron en personne s’est rendue dans la propriété de Marnes-la-Coquette pour rencontrer Laeticia avant d’arrêter les modalités des hommages de samedi avec les enfants adultes de Johnny, Laura Smet et David Hallyday, selon l’Elysée. Un « hommage populaire », plutôt que l' »hommage national », plus solennel, réservé vendredi à l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson, décédé la veille.

Emmanuel Macron prendra la parole pour une « brève intervention » lors des funérailles organisées en l’église de la Madeleine, après la descente des Champs-Elysées par le convoi funéraire du chanteur. L’ancien président Nicolas Sarkozy a été invité à également s’exprimer, mais vendredi son entourage n’était pas en mesure de le confirmer. La cérémonie sera retransmise sur des écrans à l’extérieur.

Le couple présidentiel avait noué des relations d’amitié avec la famille du chanteur ces dernières années. Ils s’étaient notamment retrouvés pour fêter les 88 ans de Line Renaud, très proche de Johnny Hallyday, en juillet 2016.

« Je l’aime beaucoup. Pour sa musique et sa personnalité (…) Je n’ai pas forcément les goûts de ma génération. Ces dernières années, je suis allé à tous ses concerts, des Vieilles Canailles aux concerts en solo », a témoigné Emmanuel Macron à Alger, en citant « L’Envie » comme sa « chanson préférée » de Johnny Hallyday.

Sarkozy ému

Entre le couple présidentiel, la famille du chanteur mais aussi Carla Bruni-Sarkozy, un point commun: Michèle Marchand, figure du milieu people et patronne de l’agence Bestimage, présentée comme proche de Johnny Hallyday, de l’épouse de M. Sarkozy mais aussi comme une conseillère d’image officieuse et discrète de Brigitte et Emmanuel Macron.

Venu vendredi matin rendre hommage au chanteur au funérarium du Mont-Valérien, M. Sarkozy était visiblement ému. « C’est un pan entier de nos vies qui disparaît », a-t-il déclaré à la presse. « C’est un personnage qui comptait dans la vie des Français. Et ça laisse un grand vide. Pour beaucoup de gens, il représentait l’idée du bonheur », a ajouté celui qui avait marié Johnny et Laeticia à Neuilly-sur-Seine en 1996.

L’unanimité a saisi la classe politique après l’annonce du décès du chanteur. Gauche comprise, pour ce chanteur classé à droite, qui avait soutenu Giscard d’Estaing, Chirac puis Sarkozy, mais s’était également produit à La Fête de l’Humanité et avait rencontré François Hollande en 2012 après son discours du Bourget.

L’Assemblée nationale lui a rendu hommage en séance. La député (LREM) Aurore Bergé a comparé sa disparition à celle de Victor Hugo, dont le convoi funéraire avait également descendu les Champs-Elysées, suivi par deux millions de personnes selon la presse de 1885.

Le député de La France insoumise Alexis Corbière, pour qui cette disparition ne devait pas faire oublier « le nouveau mauvais coups qu’ils (le gouvernement) nous préparent » sur le Smic, n’a mis que quelques minutes à retirer son tweet polémique.

« Je n’ai pas voté depuis que de Gaulle est parti, même si j’ai appelé à voter oui pour Maastricht », avait expliqué Johnny dans un entretien publié par le Monde en 1998. « Je n’aime pas beaucoup ce qui se passe en politique. Trop de corruption, de tous côtés. Et trop d’hommes politiques qui ne rêvent pas à la France, mais qui rêvent simplement d’être des stars. La politique n’est que le moyen de promotion de leur petite personne ».

JOHNNY ET SES FANS

Comme en témoignent les nombreuses réactions émouvantes de fans depuis la mort de leur idole, Johnny Hallyday avait construit au fil des ans avec ses admirateurs une relation très particulière, faite de passion et d’une réelle proximité.

Lors de ses tournées marathon, le spectacle était évidemment toujours au rendez-vous sur scène. Mais également dans et devant les salles, avec ces fans habillés avec leurs plus beaux t-shirts, arrivés des heures en avance, parfois de loin, pour avoir une chance de s’approcher au plus près de la star.

Sans hésiter, quelques-uns d’entre eux, avec drapeaux et tatouages visibles, se sont encore précipités à Marnes-la-Coquette dès l’annonce de la mort du chanteur mercredi matin comme Grégory Lebas, trentenaire ému comme s’il avait perdu « quelqu’un de (sa) famille ».

Cette relation fusionnelle a parfois été moquée avec ces sosies et ces messages d’amour à n’en plus finir sur les réseaux sociaux, mais elle était unique dans le paysage musical français. Vincent Delerm l’avait joliment résumée dans une chanson écrite pour Johnny Hallyday et chantée par la star sur son 50e et dernier album paru de son vivant, fin 2015.

« Les échangeurs, le trajet/Le péage, la Ford Escort/La poche arrière, le billet/Quinze heures, ouverture des portes »: ce titre baptisé « Une vie à l’envers » met en scène un Johnny racontant avec un peu d’étonnement et de regret la vie de ses fans, si éloignée de la sienne.

Une grande générosité

« Ton tatouage sur l’avant-bras/Ce prénom je le connais/Pourtant je ne m’y habitue pas/Je ne m’y ferai jamais », chante-t-il aussi dans ce blues.

« Plus jeune, j’avais pas mal de potes dont les parents étaient très fans de Johnny, expliquait à l’AFP Vincent Delerm. C’est quand même un personnage qui influe vraiment sur la vie de ses fans: ils peuvent mettre des posters, certains essaient de lui ressembler… Pour moi, il n’y a pas d’autres personnes en France qui suscitent ça et cet aspect-là m’a toujours interrogé ».

« On ne peut pas parler de Johnny sans parler de ses concerts. S’il y avait autant de fans, de gens qui allaient le voir, c’est parce qu’il était d’une grande générosité. Et personne ne lui arrivait à la cheville sur scène », témoignait mercredi le chanteur Miossec, qui lui a écrit plusieurs chansons.

Le journaliste musical Philippe Manoeuvre avait pu mesurer l’attachement des fans à leur idole à l’occasion d’une tournée de Johnny aux Etats-Unis en 2014, tournée dont le succès est resté globalement une histoire française.

Je ne sais pas comment ils font

Ses fans avaient traversé l’Atlantique pour suivre plusieurs voire tous ses concerts américains « car c’était l’occasion pour eux de voir Johnny dans des salles moins grandes », expliquait Manoeuvre.

« Désormais, trois générations de fans suivent Johnny. Il y a ceux qui étaient là au début en 1960 et on en voit des nouveaux, qui ont 30 ou 35 ans », selon le journaliste qui avait fait le récit de cette tournée dans « La Terre promise » (Fayard).

Devant la maison de la star en région parisienne, mercredi, on pouvait apercevoir des fans trentenaires, quinquagénaires et d’autres d’un âge plus proche de leur idole comme Annie Germain, venue avec quatre vinyles d’époque et une photo de son « idole » prise lors d’un concert en 1962. « Ca représente ma jeunesse, l’adolescence, la vie d’adulte, toute une vie », disait cette septuagénaire.

Cet attachement jamais démenti pendant ses près de 60 ans de carrière laissait Johnny lui-même parfois perplexe et admiratif: « J’ai énormément de respect et d’amour pour mes fans », confiait en 2015 celui qui, sur scène, dédiait parfois certaines chansons à des fans anonymes disparus.

« Sur 90 dates, il y a sans doute 60 dates où je vois les mêmes têtes devant. Je ne sais pas comment ils font… Ils doivent économiser toute l’année pour pouvoir suivre une tournée, ces gens me touchent », ajoutait le chanteur.

Il utilisait beaucoup les réseaux sociaux pour entretenir sa proximité avec ses fans, connus pour être aussi des grands consommateurs de produits estampillés « Johnny », des disques collector aux briquets en passant par les T-shirts.

[avec Afp]

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