Accueil / Politique / RDC : « Pourquoi la MONUSCO n’avait-elle pas fait son boulot » lorsqu’il fallait le faire ?

RDC : « Pourquoi la MONUSCO n’avait-elle pas fait son boulot » lorsqu’il fallait le faire ?

Et si la Monusco pliait bagages ! La réponse n’est nulle part ailleurs que dans l’Accord de Lusaka. Précisément au chapitre 8 dont voici les extraits :

CHAPITRE 8

Du mandat de la force de maintien de paix des nations unies

8.1 Les Nations Unies, en collaboration avec l’OUA devront constituer, faciliter et déployer une force appropriée en République Démocratique du Congo pour assurer la mise en oeuvre du présent Accord.

8.2 Le mandat de la force des Nations Unies devra inclure les opérations de maintien et de rétablissement de la paix telles que décrites ci-dessous :

8.2.1. Maintien de la paix :

a) travailler avec la Commission Militaire Mixte/OUA pour la mise en ¦uvre de cet Accord ;
b) observer et vérifier la cessation des hostilités
c) mener des enquêtes sur les violations de l’Accord de Cessez-le-feu et prendre les mesures nécessaires pour le faire respecter ;
d) superviser le désengagement des forces des Parties tel que stipulé au chapitre 2 de la présente Annexe ;
e) superviser le redéploiement des forces des Parties dans des positions défensives dans les zones de conflit, conformément au chapitre 11 de la présente Annexe ;
f) fournir et maintenir l’assistance humanitaire et protéger les personnes déplacées, les réfugiés et les autres personnes affectées ;
g) tenir les Parties à l’Accord de Cessez-le-feu, informées de ces opérations de maintien de la paix ;
h) récupérer les armes auprès des civils et veiller à ce que les armes ainsi récupérées soient correctement comptabilisées et adéquatement sécurisées ;
i) en collaboration avec la Commission Militaire Mixte/OUA, programmer et superviser le retrait de toutes les forces étrangères ;
j) vérifier toutes informations, données et activités relatives aux forces militaires des Parties.

8.2.2. Rétablissement de la paix :

a) traquer et désarmer les groupes armés ;
b) identifier les auteurs des massacres, les auteurs des crimes contre l’humanité et les autres criminels de guerre;
c) traduire les génocidaires devant le Tribunal International Pénal ;
d) rapatriement ;
d) élaborer toutes les mesures (persuasives ou coercitives) jugées appropriées pour atteindre les objectifs de désarmement de rassemblement, de rapatriement et de réintégration dans la société des membres des groupes armés.

Pour rappel, la mission de traquer et de désarmer les groupes armés ne revenait pas aux Fardc, car en 1999, la RDCongo était censée ne pas avoir d’armée nationale qui soit le fruit d’un consensus entre les belligérants. Ce consensus ne va se matérialiser qu’en 2003 avec la mise en place de la Transition issue du Dialogue intercongolais sous le vocable « 1+4 ».

La charge de traquer et de désarmer les groupes armés revenait à la Force onusienne.

La question n’est donc pas « Et si la Monusco pliait bagages ». Elle est plutôt de savoir « Pourquoi n’avait-elle pas fait son boulot » lorsqu’il fallait le faire !

[Omer]

Est de la RDC : si la Monusco pliait bagages…

Au regard de la vive tension qui s’est réinstallée dans les relations congolo-onusiennes, une angoissante hypothèse hante les esprits de nombreux Congolais et Congolaises : et si la Monusco pliait bagages… On peut s’empresser de répondre, tout de go, que ce ne serait pas le déluge. Toutefois, l’on ne devrait pas se voiler la face pour admettre que la RDC se mettrait en situation difficile dans sa volonté d’éradiquer les forces négatives tant internes (miliciens Mai-Mai et autres) qu’externes (FDLR, ADF), sans oublier des velléités de reconquête de son territoire par le Rwanda et l’Ouganda.

Si la mission onusienne se retirait du Congo démocratique, cela supposerait le démantèlement de tous les « quartiers généraux » où elle a positionné, depuis plus de quinze ans, ses casques bleus, ses munitions, ses hélicoptères de combat, ses blindées, ses véhicules de transport de troupes, ses drones de surveillance aérienne, ses hôpitaux de campagne, ses policiers, son personnel civil congolais comme expatrié, etc.

L’armée congolaise, qui se trouve toujours en phase de réforme, dispose-t-elle de la puissance de feu et de la capacité de riposte de nature à faire peur à ses voisins belliqueux du corridor Est et aux mouvements rebelles qu’ils instrumentalisent à répétition ? Même s’il y a beaucoup de choses à reprocher à la Monusco dans sa collaboration avec les FARDC et la protection des civils, d’aucuns la considèrent – excusez le terme – comme un « mal nécessaire ».

Les cas de trahison mais aussi de business que l’on a souvent déploré dans le passé au sein du corps des officiers et militaires congolais engagés sur le front de l’Est ne vont-ils pas ressurgir pour donner des ailes aux forces négatives ? Les régimes de Kigali et Kampala, que l’on a toujours accusé d’être les parrains des rébellions qui troublent cycliquement la paix à l’Est du Congo, ne vont-ils pas réactiver leur jeu double ?

Feuilletons sombres des rébellions

Lorsque l’on jette un regard rétrospectif sur la situation de non-Etat qui avait prévalu pendant cinq ans (1998-2003) dans la partie Est de la République Démocratique du Congo, l’on ne peut envisager le retrait des troupes onusiennes sans frissonner sérieusement. On se souvient que sous le régime de Mzee Laurent Désiré Kabila, Kinshasa était incapable de faire passer, au niveau du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la thèse de l’agression du grand Congo par l’Ouganda et le Rwanda, sous couvert des rébellions du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Les requêtes congolaises en vue de l’envoi des commissions d’enquêtes internationales à l’Est en vue de documenter des massacres qui se commettaient sans « témoins » restaient lettres mortes.

C’est grâce aux observateurs de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo), déployés à partir de 1999 et surtout à la « guerre » à l’arme lourde que s’étaient livrées les armées rwandaise et ougandaise en pleine ville de Kisangani, au mois de juin 2000, que la Communauté internationale avait pris la réelle mesure de l’occupation de plusieurs villes et villages congolais par des troupes étrangères « non invitées » par le gouvernement de Kinshasa.

C’est aussi grâce à la présence des Casques bleus sur plusieurs lignes de front que le gouvernement congolais et les mouvements rebelles avaient accepté de signer l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka, en juillet 1999, même si celui-ci allait connaître plusieurs violations de la part des seigneurs de guerre jusqu’à la signature de l’Accord Global et Inclusif de Sun City, en décembre 2002, en guise de conclusion du Dialogue Intercongolais. Bref, les Nations Unies avaient pesé de tout leur poids pour la cessation des hostilités sur plusieurs « fronts » et l’émergence d’un compromis politique entre « belligérants ». Ce serait risqué, de la part des officiels congolais, d’effacer cette page d’histoire d’un revers de la main.

Dernières alertes à la balkanisation

Au terme du Dialogue intercongolais, un gouvernement d’union nationale, placé sous le Régime 1+4 (1 Président et 4 Vice-présidents), était mis en place avec pour, entre autres missions, celles d’unifier politiquement et administrativement le pays, de réformer l’armée et les services de sécurité, de relancer l’économie nationale, de réconcilier les Congolais de tous les horizons, et, enfin, d’organiser des élections libres, transparentes et démocratiques, au terme d’une période de transition de 24 ou 36 mois.

En octobre 2006, un Président de la République était effectivement élu. Mais, dès 2007, le démon de la rébellion s’annonçait de nouveau à l’Est, sous le label du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple), avec comme hommes forts le général Laurent Nkunda et le colonel Bosco Ntaganda. En mars 2009, un deal était scellé entre ce mouvement rebelle et les FARDC, lequel prévoyait l’intégration des combattants rebelles dans l’armée régulière, sur fond de limogeage du général Nkunda au profit de Bosco Ntaganda.

Trois années après leur présumée intégration au sein des FARDC, les combattants du CNDP reprenaient le maquis, sous le commandement du colonel Sultani Makenga, qui venait d’évincer Nkunda, lâché par Kinshasa et traqué par la CPI (Cour Pénale Internationale). L’année 2012 consacrait la montée en force de cette rébellion baptisée M23, laquelle réussissait à occuper plusieurs localités du Nord Kivu et même à prendre la ville de Goma en décembre. Pour la contraindre de « libérer » cette ville, il avait fallu de fortes pressions des Nations Unies et de l’Union Africaine, assorties de l’offre de négociations Kinshasa-M23 à Kampala, sous la médiation du président ougandais Yoweri Museveni. Compte tenu du flottement de ce dialogue, pendant une année, une offensive conjointe FARDC-Monusco était lancée en septembre-octobre 2013 et avait donné comme résultat l’anéantissement total de la rébellion du M23.

Les safaris militaires du CNDP d’abord et du M23 ensuite à travers le Nord-Kivu avaient fini par pousser le Conseil de Sécurité à positionner une Brigade spéciale ainsi que des drones dans la zone frontalière congolo-ougando-rwandaise, afin d’empêcher les armées ougandaise et rwandaise d’apporter un quelconque appui à cet ex-mouvement rebelle. Nombre d’observateurs considèrent les actions militaires de ces deux mouvements rebelles à l’Est du pays comme les dernières alertes à la balkanisation. Mais ce n’est pas fini.

En attendant de se doter d’une armée réellement dissuasive contre les forces du mal, surtout dans l’ex-Kivu, la RDC aurait intérêt à ne pas se précipiter à tourner la page « Monusco ».

[Kimp]

Published By www.KongoTimes.info – © KongoTimes! – All Rights Reserved.

Cet article a été lu 3218 fois

A lire aussi

Raqa : Etat islamique menace

Les forces de sécurité à Raqa ont annoncé un couvre-feu de deux jours à partir …

Laisser un commentaire