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RDC : Gérard KAMANDA, un géant de l’histoire

L’ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et ex-ministre des Affaires étrangères du Maréchal Mobutu, Me Gérard Kamanda wa Kamanda, a été inhumé samedi 30 janvier 2016 à Kinshasa (RDC), au cimetière Nécrople entre Terre et Ciel dans la commune de la N’Sele.

«Notre frère et ami Gérard Kamanda s’est caractérisé pendant toute sa vie par une recherche incessante de la sagesse tant humaine que divine. Il tenait à garder la foi et la proximité du Seigneur et de l’Eglise dans la recherche de la sagesse et de la science. Ce fut un géant de l’histoire », a affirmé l’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, dans son homélie lors des obsèques.

« La recherche de la sagesse humaine lui fut facilitée par son intelligence hors commun, dont le Seigneur l’a dotée, la sagesse divine tant dans la prière à la porte du sanctuaire que dans sa formation spirituelle et ses humanités auprès des Jésuites à Kiniati et à l’Université Catholique Lovanium », a-t-il souligné.
Il a rappelé que, « diplomate de carrière et brillant juriste, orateur de talent, Gérad Kamanda sera de toutes les négociations, y compris aux Nations Unies, lorsque le Zaïre assuma la présidence du Conseil de Sécurité pendant la guerre des Malouines (1982) entre le Royaume Uni et l’Argentine ».

Etaient présents aux obsèques, notamment des membres de la famille biologique, des amis, des connaissances et des membres du Front Commun des Nationalistes (FCN), dont le secrétaire général Déogratias Idilisa, de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito, du vice-Premier ministre Evariste Boshab en charge de l’Intérieur, Me, du ministre d’Etat au Budget, Michel Bongongo et du ministre de la Justice et des Droits humains, Alexis Thambwe Mwamba.
La disparition brutale de Me Kamanda a surpris la plupart des habitants de la ville de Kinshasa de passage devant la Cathédrale Notre Dame du Congo.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Théophile Mbemba, le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta Yango, et le directeur général intérimaire de l’Agence congolaise de presse (ACP), Justin Kangundu, se sont inclinés vendredi devant la dépouille de l’illustre disparu, exposée au rez-de-chaussée du Palais du Peuple.

« Je ne peux rien dire dans une telle circonstance. Vous savez que j’ai fourbi mes premières armes d’avocat à l’Etude (cabinet) de Me Kamanda », a lancé dans une voix à peine audible le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab, devant la presse, au sortir de l’office religieux.

Inhumé au cimetière Nécropole entre Terre et Ciel à N’Sele

Le corps de Me Kamanda wa Kamanda a été conduite samedi au cimetière Nécrople entre Terre et Ciel dans la commune de la N’Sele, en présence d’une foule compacte d’amis, de connaissances, de membres de la famille biologique du défunt et de son parti politique porteurs de T-shirts arborant l’effigie de leur leader.

La cérémonie d’inhumation à la dernière demeure de Me Kamanda , qui a su garder intact son statut d’opposant au pouvoir en place, s’est déroulée à l’issue d’un office religieux célébré le même jour à la cathédrale Notre Dame du Congo de Lingwala.

Le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, le ministre d’Etat au Budget, Michel Bongongo et le Vice- Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab ont accompagné le corps de l’illustre disparu à sa dernière demeure.

L’ancien secrétaire général du FCN, le célèbre historien congolais Isidore Ndaywel, a présenté la notice biographique de Me Kamanda, suivie d’une série de témoignages sur l’épopée de sa vie professionnelle.

« Tandis que Jacques Gérard Kamanda est sollicité par l’ancien secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Javier Perez de Cuellar lors de sa visite officielle au Zaïre pour pouvoir occuper le poste de secrétaire général adjoint de l’ONU, c’est le président Mobutu qui lui réserva une fin de non-recevoir », a expliqué M. Ndaywel, ,professeur à l’Université de Kinshasa.

« Me Kamanda a été un homme exceptionnel »

Me Gérard Kamanda wa Kamanda, leader du Front Commun des Nationalistes (FCN) et ancien Secrétaire général adjoint de l’OUA, « a été un homme exceptionnel d’une intelligence raffinée et d’une prestance engluée », a témoigné vendredi le premier Président de la Cour suprême de justice (CSJ), Jérôme Kitoko Kimpele, en présence du ministre de la Justice et des Droits humains, Alexis Thambwe Mwamba, et des parlementaires congolais, dont la députée nationale Marie Ange Mufwankolo.

« L’hommage, qui est rendu aujourd’hui, c’est l’expression de la reconnaissance rendue par l’appareil judiciaire », a-t-il souligné.

Cet hommage mérité a été appuyé par le Procureur général honoraire de la République, Nestor Bokuma Etike, qui fut, de juillet 1994 à juillet 1995, directeur de cabinet de Me Kamanda, alors vice Premier ministre en charge de la Justice et des Réformes institutionnelles du gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Léon Kengo wa Dondo.

« Gérard Kamanda était un amoureux des débats. Il était un homme distingué et attentif à son environnement. Il était façonné par les missionnaires jésuites et repéré par les gouvernements de ce monde », a-t-il indiqué, lors d’une séance solennelle d’audience publique d’hommage posthume rendue à Gérard Kamanda, devenu avocat en 1965.

Le premier Président de la CSJ a salué en ce « génie congolais » un avocat de talent qui « a œuvré à la satisfaction des autorités de son pays ».

Jérôme Kitoko s’est dit « convaincu que Kamanda wa Kamanda a le sens d’honorer, dans le traitement des magistrats, l’amorce d’une nouvelle ère pour le vécu quotidien de ceux-ci ».

Il a notamment évoqué la prestation du défunt avocat sur le plateau de la télévision belge, avec le débat de clarification sur le contentieux belgo-congolais.

« Les êtres extraordinaires ont la vie courte et vieillissent rarement », a noté Jérôme Kitoko, ajoutant que cet avocat modèle « n’accusait pas des signes de faiblesse qu’il allait nous quitter ».

Témoignage du Bâtonnier national sur la « vie intègre » de Me Kamanda

« La carrière d’avocat pour Kamanda wa Kamanda évoluera en dents de scie, sans jamais être abandonnée, car le cabinet Kamanda tournera jusqu’au dernier jour du propriétaire », a précisé le Bâtonnier national Tharcisse Matadiwamba Kamba Mutu dans ses éloges funéraires.

« Avec les multiples coups bas et les intrigues de palais vécus auprès du président Mobutu, « Kamanda sera poliment éloigné du pays et de facto de la Présidence ( …). Kamanda est envoyé en haut sur les montagnes de l’Afrique, en Ethiopie, à Addis-Abéba, comme directeur de cabinet du Secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli, lui-même en ces lieux de par la volonté de son chef de l’Etat Sékou Touré de Guinée », a-t-il relaté.

« Kamanda deviendra rapidement son adjoint pour former un couple inséparable pendant dix ans. Dans le même temps, le Président Mobutu Sese Seko aura déniché un directeur de cabinet compatible, non susceptible de lui porter ombrage, en la personne d’un ingénieur discret, formé à la même Université Lovanium, Barthélemy Bisengimana Rwema. Diallo Telli aura une fin tragique dans la sinistre prison de Boiro à Conakry. Mort et enterré anonymement. Kamanda, lui, s’en est sorti plutôt mieux », a encore rappelé Me Tharcisse Matadiwamba.

Le Bâtonnier national a convié l’assistance à une petite réflexion sur la vie et la mort, soulignant que « Kamanda a entendu et appliqué le postulat du formateur Ignace de Loyola, selon lequel, +rien ne sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme+ ».

« Kamanda wa Kamanda a défendu le faible à l’OUA, à l’ONU, au gouvernement, au barreau. Lui qui n’a pas amassé les biens matériels, lui qui se contentait du peu qu’il pouvait honnêtement gagner, sans tricher. Lui dont le précieux bien était la joie, le rire entre amis, en famille, en politique, à ce point qu’on disait de lui qu’il était un artiste. Tout en artiste. Il nous a quitté sur la pointe des pieds », a interpellé Me Matadiwamba.

Pour le 1er Avocat général de la République près le Parquet général de la République, Mabamba Makitu, « la justice congolaise est en deuil, l’Etat congolais pleure, la Nation congolaise marque un temps d’arrêt et se souvient de cet homme multicolore, devenu une figure marquée du pays dès 1960 ».

« Ce juriste de haute facture « a marqué, dans sa vie professionnelle, la marque de Seigneur. Vous méritez de la patrie. Vous avez été conscient de votre valeur et de votre talent », a-t-il dit devant le ministre du Tourisme, Elias Mutiriwa Bashara.

« Me Kamanda donné envie de devenir avocat »

Me Kamanda wa Kamanda « a donné envie à beaucoup d’entre nous de devenir avocat, d’exercer le métier diplomatique », a déclaré le vice- ministre en charge des Congolais de l’étranger, Antoine Boyamba, en présence de l’épouse du défunt, Mme Elodie Kamanda, de ses enfants et des membres orphelins du Front commun des nationalistes (FCN), présents à la cérémonie solennelle.

Le vice- ministre a rappelé au gouvernement du Premier ministre Matata Ponyo ses « obligations morales de soutenir les hommes d’Etat, au crépuscule de leur carrière politique, après avoir rendu des loyaux services au bénéfice de la collectivité nationale ».

« Nous devons veiller à ce que ceux qui ont donné leur vie à la République soient bien traités », a-t-il affirmé, rendant un hommage mérité à l’illustre disparu, devant la chapelle ardente installée au rez-de-chaussée du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

« J’ai vu un quelqu’un de très méticuleux d’avocat et de diplomate, qui recadrait les débats aux Concertations nationales », tenues en2013 au Palais du peuple à Kinshasa, a rappelé le vice-ministre en charge des Congolais de l’étranger.

Evoquant l’étendue du savoir de Me Kamanda dans son oraison funèbre, le directeur des Services généraux, Adolphe Nkulu lui a rendu les hommages des agents et cadres du ministère à celui-là qu’ils considèrent comme « un savant et un génie de notre peuple »

L’ancien ministre des Affaires étrangères du maréchal Mobutu « était aussi un maitre dans l’art dissuasif et un rompu des négociations », a-t-il dit, ajoutant que « Me Kamanda restera respecté dans les annales des institutions nationales et internationales ».

« La Nation a recouru à ce brillant diplomate, chaque fois que le sort était menacé », a affirmé l’ambassadeur Gbabueni dans un témoignage éloquent.
Un autre ambassadeur congolais a salué l’œuvre colossale de Gérard Kamanda dans la Charte mondiale de la nature, produite au siège des Nations Unies à New York, avant de le qualifier « d’un brillant orateur et d’un fin négociateur ».

L’ancien secrétaire général adjoint de l’OUA a contribué à la création de l’Organisation syndicale africaine (OSA).

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