dimanche , 22 avril 2018
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Accord Saint-Sylvestre : Le régime « Kabila » impose sa lecture des faits

Entre l’Opposition, appuyée par les forces vives, et le pouvoir des divergences majeures persistent toujours. Hier mardi à Bruxelles, Moïse Katumbi n’a pas pu boucler sa procédure de renouvellement du passeport à l’ambassade de la RDC. Sur place au pays, des prisonniers politiques emblématiques, tels Eugène Diomi, Jean-Claude Muyambo et Franck Diongo, sont toujours en détention. Comment dans ces conditions réussir un processus électoral apaisé ? A dix mois de la tenue d’élections, le volet décrispation politique de l’Accord de la Saint-Sylvestre bat toujours de l’aile.

Les élections avancent à pas feutrés. Si la Céni (Commission électorale nationale indépendante) persiste – ce qui est évident – dans sa détermination à organiser la présidentielle ainsi que les législatives nationales et provinciales, il ne reste donc plus que dix mois pour ce rendez-vous crucial en vue de l’alternance démocratique tant attendue. L’accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016, était censé baliser la voie en vue des élections libres et apaisées à l’échéance convenue entre différentes forces vives de la nation. Malheureusement, dans sa mise en œuvre, cet accord a été dévié de sa trajectoire – la majorité au pouvoir ayant imposé sa lecture des faits dépouillant l’accord de toute sa substance.

Depuis lors, l’accord évolue à vau-l’eau. C’est presqu’une coquille vide. Selon qu’on se trouve dans l’Opposition ou dans la majorité au pouvoir, ce compromis politique souffre de l’interprétation sélective des acteurs politiques. Dans les rangs de l’Opposition – point de vue que partage particulièrement la Cénco – la mise en œuvre de l’accord reste encore une coquille vide du fait d’une application  » sélective et biaisée  » de ses dispositions pertinentes, notamment celles portant sur le volet décrispation. Quant à la majorité au pouvoir, elle est d’avis que le verre est à moitié plein, convaincu d’avoir posé des actes allant dans le sens de la décrispation.

Sur le terrain, par contre, on est encore loin d’une décrispation politique telle que tracée dans l’accord de la Saint-Sylvestre. La Cénco en a d’ailleurs fait mention au terme de sa dernière Assemblée plénière extraordinaire, organisée du 15 au 17 février 2018 à Kinshasa.

S’inquiétant de la lenteur dans la mise en œuvre des mesures de décrispation politique, la Cénco a posé son diagnostic en ces termes :  » Peut-on prétendre se préparer aux élections apaisées et passer outre les dispositions de l’accord de la Saint-Sylvestre qui en sont les préalables ?  » La décrispation battant de l’aile, la Cénco faisait remarquer – s’adressant certainement à la majorité au pouvoir – que  » s’obstiner sur cette voie ne peut que conduire à des élections contestables et à de nouvelles crises « . Elle en appelait à ce propos  » au sens de responsabilité de tous et de chacun  » pour répondre au rendez-vous du 23 décembre 2018.

Apparemment, l’appel de la Cénco est tombé dans les oreilles des sourds.

Panique à Bruxelles

24 heures après sa déclaration, la Cénco a eu la preuve que le pouvoir en place à Kinshasa n’est pas prêt à œuvrer dans le sens de la décrispation. C’est à Bruxelles, capitale de la Belgique, que Kinshasa se dédit de toutes ses promesses allant dans le sens de favoriser véritablement la décrispation du climat politique tel que recommandé dans l’accord du 31 décembre 2016.

Mardi dans la capitale belge, Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, a été bloqué dans la procédure de demande de passeport biométrique à l’ambassade de la RDC au Royaume de Belgique.

La Libre Belgique en a donné quelques détails. En effet, c’est hier mardi vers 10h50 (heure de Bruxelles), que les employés de l’ambassade de la République démocratique du Congo à Bruxelles ont eu la surprise de recevoir dans leurs locaux Moïse Katumbi. Citoyen congolais, ce dernier s’est présenté pour remplir les formalités d’usage en vue de l’obtention du nouveau passeport dit passeport biométrique. Sa présence a créé l’embarras dans l’ambassade.

 » Comme tous les autres visiteurs qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment, Moïse Katumbi est prié de patienter dans la salle d’attente. L’ex-gouverneur du Katanga patientera quelques minutes avant d’être reçu dans la pièce dédiée aux enregistrements des +fameuses+ données biométriques « , rapporte la section Afrique de La Libre Belgique. Il s’en est suivi une série de coups de fil entre les employés de l’ambassade et leur hiérarchie de Kinshasa.  » Finalement, une décision tombe… On ne décide pas. +Demande spéciale+,  » évoque le préposé à l’ambassade, suivant des déclarations rapportées par La Libre Afrique.  » Il faut que Kinshasa étudie le dossier « , explique-t-il en substance.  » On vous rappellera « .

Au finish, Moïse Katumbi n’a pas pu s’enregistrer. Il n’aura pas non plus son passeport biométrique. Son  » dossier spécial  » exige une autorisation préalable de Kinshasa. Comme les autres Congolais disséminés dans la diaspora, Katumbi est en passe d’être privé de ses droits les plus élémentaires. Qu’est-ce à dire ? Voudrait-on l’empêcher de rentrer dans son pays ? Des sources bien introduites indiquent que l’ancien gouverneur du Katanga demeure, jusqu’à nouvel ordre, persona non grata pour le pouvoir en place à Kinshasa. Ce qui rentre en contradiction avec l’esprit et la lettre de l’Accord de la Saint Sylvestre qui appelle à la réconciliation et à l’apaisement entre les acteurs politiques avant, pendant et après les scrutins.

Moïse Katumbi serait-il déjà banni dans son propre pays ? Difficile à dire pour l’instant. En tout cas, mardi à Bruxelles, Katumbi a eu la preuve qu’il reste pour le régime de Kinshasa une personnalité indésirable. Et dire que, selon toujours La Libre Afrique, l’homme serait au centre d’une stratégie visant à le faire passer pour quelqu’un qui tenterait de fomenter un coup d’Etat. Ce qui est également une entorse dans la voie de la décrispation.

La ligne dure

Pendant ce temps, une autre surprise a emballé l’opinion à Kinshasa. Le ministre de la Justice a cassé des rumeurs les plus persistantes qui faisaient état depuis le week-end de la libération de deux prisonniers politiques emblématiques, à savoir Eugène Diomi et Jean-Claude Muyambo. Interrogé par la radio Top Congo, émettant à Kinshasa, sur une probable libération de Diomi et Muyambo, le Garde des Sceaux n’y est pas allé par le dos de la cuillère.  » C’est totalement faux « , a dit sans détours Alexis Thmabwe Mwamba, tout en indiquant que  » cela n’a jamais été d’actualité, ces deux cas ne sont pas à l’ordre du jour pour une libération « . Selon lui,  » 17 personnes seront en effet libérées, mais ils n’ont rien à voir avec Diomi et Muyambo « .

Autrement dit, Moïse Katumbi restera toujours en exil, Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo ainsi que tous les autres prisonniers en détention pour des griefs politiquement motivés courent le risque de rester en dehors du processus électoral dont l’échéance est prévue le 23 décembre 2018.

Que reste-t-il alors de la décrispation politique ? En tout cas, c’est tout le moins un simple slogan. Malgré tous les appels à la raison, autant de la Cénco que de la communauté internationale, Kinshasa fait preuve d’une surdité sans pareil. Il rejette l’Accord de la Saint Sylvestre mais prétend en même temps de l’appliquer. Les réponses tranchantes du ministre de la Justice sur une éventuelle libération de Diomi et Muyambo est un témoignage de la ferme détermination de Kinshasa à garder hors du jeu électoral tous ceux qui peuvent gêner son plan.

Jusques à quand Kinshasa s’entêtera-t-il à rejeter la voie de la raison, comme l’a recommandé dernièrement la Cénco dans son message du 17 février 2018, à savoir :  » S’obstiner sur cette voie ne peut que conduire à des élections contestables et à de nouvelles crises « . Qui dit mieux ?

[Le Potentiel]

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