dimanche , 25 février 2018
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Eglise : La goutte qui peut faire déborder le vase en RDC

Malgré la fin de son mandat constitutionnel, le président Joseph Kabila attend toujours l’élection d’un nouveau président élu, avant de rendre le tablier. Entre-temps, le climat politique se détériore. Du fait de la non-tenue d’élections en décembre 2016. Cerise sur le gâteau, l’intrusion de l’église catholique dans la campagne est cette goutte qui peut faire déborder le vase. D’où, si j’étais conseiller de Kabila, je lui rappellerais qu’il est le garant de la nation, et qu’aux termes de la Constitution, il devrait éviter à la RDC la descente aux enfers. De son attitude conciliante dépendra l’avenir du pays.

Une année après la signature, sous l’égide de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo), de l’accord politique du 31 décembre 2016, l’incertitude continue toujours à planer sur la tenue d’élections en République démocratique du Congo. Le 31 décembre 2017, à l’initiative du Comité laïc de coordination (CLC), des chrétiens catholiques sont descendus dans la rue pour réclamer la mise en oeuvre de cet accord ; seul cadre consensuel, pense-t-il, qui trace clairement la voie pour les élections.

Dans la Majorité au pouvoir, les choses ne sont pas perçues de la même manière. Avec la démonstration du 31 décembre 2017, où l’église catholique a pris le devant, face à une opposition presqu’essoufflée, on s’attend à des jours très agités.

Nombre d’analystes pensent que la RDC peut basculer à tout moment dans un cycle d’horreur. Mais, il y a encore un fusible qui est en mesure de freiner la descente aux enfers du pays. C’est bien évidemment le chef de l’Etat, Joseph Kabila.

Face à une classe politique divisée sur des questions de fond qui touchent directement à l’avenir du pays, le président de la République a maintenant le devoir de jouer au rassembleur. Il est dans l’obligation de dépasser les clivages qui le tiennent à l’écart de la marche de l’Etat, le mettant presqu’en déphasage du serment constitutionnel qu’il a prêté le 19 décembre 2011 devant le peuple.

Dans le serment repris à l’article 74 de la Constitution, le chef de l’Etat a juré « d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ; de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire ; de sauvegarder l’unité nationale ; de ne se laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine; de consacrer toutes ses forces à la promotion du bien commun et de la paix ; de remplir, loyalement et en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui lui sont confiées ».

C’est le contrat qui le lie à jamais au peuple congolais, quoi qu’il ait dépassé largement le délai imparti pour le deuxième mandat lui confié par le peuple en 2011. Ce contrat social n’engage pas la Majorité présidentielle (MP) dont il est encore l’autorité morale. Seul Joseph Kabila est redevable devant le peuple. Si la RDC doit bruler ou se relever, cela relève de sa responsabilité première.

Raison pour laquelle, en m’improvisant conseiller du chef de l’Etat, je lui suggèrerais de se surpasser, de se libérer du cordon suicidaire dans lequel l’a embrigadé sa famille politique. Institution à part entière dans l’architecture constitutionnelle de la 3ème République, Joseph Kabila doit se mettre au-dessus de la mêlée et assumer pleinement son statut de garant de la nation. Et en tant que tel, il ne peut pas se laisser obnubiler par les calculs politiciens des caciques de la MP. Le discours sur la conservation du pouvoir (glissement) au profit de Joseph Kabila développé par ceux-ci repose sur la préservation des avantages et autres privilèges liés aux fonctions qu’ils exercent officiellement et en coulisses à l’ombre de leur leader. Aussi n’hésitent-ils pas à énerver, voire à violer carrément la Constitution.

Puisque l’Accord de la Saint Sylvestre réduisait leur pouvoir et tendait à leur arracher le beefsteak, les ténors de la MP ont torpillé un compromis politique initié par Joseph Kabila et signé par toutes les parties congolaises le 31 décembre 2016. Cette attitude d’arrogance et de mépris à l’endroit des partenaires
politiques, somme toute leurs compatriotes à tous égards, dessert Joseph Kabila. Et ils le savent pertinemment bien. Ne dit-on pas que tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute ?

A l’aube de 2018, les événements du 31 décembre 2017 devraient être considérés comme un faux-pas sur la marche démocratique et que, en revanche, le président de la République devrait s’atteler à changer de cap. N’a-t-il pas un passé à défendre ?

C’est avec lui que la RDC a retrouvé son unité en 2002 par la signature à Sun City (Afrique du Sud) de l’accord global et inclusif. C’est avec lui aussi que le pays a organisé en 2006 ses premières élections libres et démocratiques, ouvrant la voie à la 3ème République. Ce bilan élogieux, Joseph Kabila ne le partage avec personne. Ça lui encombre à lui seul pour avoir assumé les fonctions de président de la République.

Lorsqu’il accède au pouvoir en janvier 2001, certains de ses partisans actuels qui passent pour de grands chantres de son régime ne lui prêtaient même pas un long règne à la tête de l’Etat. Après avoir flirté avec feu président Mobutu, avant de rejoindre la rébellion qui a combattu entre 1998 et 2001 feu président Laurent-Désiré Kabila, ces pseudo kabilistes se sont reconvertis en fervents défenseurs du président Kabila, jusqu’à se faire une bonne place dans la sphère du pouvoir.

Ce sont en fait des versatiles, des politiciens sans idéal qui, comme à leurs habitudes, vont quitter le navire aux premiers indices d’un naufrage. Ce sont malheureusement les mêmes qui, après contribué à la chute de la 2ème République, sont revenus sur leurs vieilles méthodes jusqu’à pousser le président Kabila à l’erreur.

AU-DELÀ DE LA MARCHE DU 31 DÉCEMBRE 2017

A tout prendre, la marche du 31 décembre 2017 n’a pas été une tentative de coup d’Etat. C’était juste le cri de colère d’un peuple qui attend voir son chef s’intéresser enfin à lui et à son avenir.

Si j’étais conseiller de Kabila, je dirais au chef de l’Etat de renouer le contact avec ce peuple – le même qui l’a élu en 2006 et 2011. En réalité, entre le président Kabila et le peuple congolais, il n’y a pas eu divorce, à proprement parler. Il y a plutôt une caste de repentis de la 2ème République et de néokabilistes qui cherchent à tout prix à isoler le chef de l’Etat de dures réalités que vit chaque jour le peuple congolais.

Au début des années 1990, feu président Mobutu s’était retrouvé dans le même décor, avant de se ressaisir en initiant les consultations nationales d’où est sorti le discours historique du 24 avril 1990.

L’appel de l’église catholique n’est donc pas un message à la révolte populaire. C’est dénaturer le message de la Cenco. Au contraire, il s’agit d’un message qui tend à rétablir le pont entre le président Kabila et son peuple. Car, à ce jour, la seule personne capable de fédérer encore le peuple, c’est bel et bien le président Kabila. Il est lié à ce sort, en rapport avec le serment qu’il a prêté le 19 décembre 2011. Le peuple congolais attend donc le voir à l’oeuvre, non pas agissant sous la dictée de sa famille politique, mais en se montrant plutôt très attentif au cri de coeur de ce peuple qui ne rêve que d’une seule chose : l’alternance démocratique.

De passage à Kinshasa, alors secrétaire d’Etat américain sous Barack Obama, le sénateur John Kerry le lui a d’ailleurs rappelé dans des termes clairs. L’on se rappelle que l’ex-chef de la diplomatie américaine avait estimé que le président a une occasion de léguer un héritage démocratique énorme à son pays, la RDC, en favorisant la tenue d’élections dans un contexte politique apaisé – loin des calculs politiques de tous bords.

Interrogé en 2001, selon des déclarations reprises dernièrement par le journal Le Monde, le président Kabila s’était dévoilé en ces termes. « Quelle est la principale vertu que vous a léguée votre père ? », lui demandait le confrère. Et lui de répondre : « La détermination. Savoir ce que l’on veut. S’en donner les moyens. Ne pas dévier. Aller jusqu’au bout ».

Pour l’instant, rien n’est encore perdu pour ramener le pays sur la bonne voie. Tout dépend néanmoins de l’attitude qu’adoptera le chef de l’Etat : faire avancer le pays dans la voie de la démocratie ou participer à son effondrement en plantant les germes d’un chaos généralisé. Le peuple a soif de retrouver la stature constitutionnelle de Joseph Kabila, le même qui avait juré de « ne se laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine ».

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