jeudi , 18 janvier 2018
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Départ de “Kabila” : Il faut qu’une partie de l’armée fasse défection

Pour le Président du Mouvement du 17 Mai, Augustin Kikukama : “Au M17, nous savions que la marche ne nous amènera pas aux résultats voulus par notre population. De ce fait, n’essayons pas de donner l’espoir pour rien. Ce n’est pas le 31 décembre qui allait faire partir Kabila. A moins qu’il y ait une partie de l’armée qui fasse défection. Mais, renseignements pris, je n’ai pas vu une partie de l’armée rangée derrière la population. Donc, les résultats ne devraient pas être très bons et pour la population et pour le pays. Et je crois qu’on ne peut pas décréter le changement tel qu’on le constate. De toutes les manières, les insurrections populaires ne se programment pas comme on le pense. Elles se préparent et le pouvoir le constate le jour où ça se déclenche. En ce moment-là, on trouvera qu’une importante partie de l’armée s’est rangée derrière la population. Maintenant que l’Eglise ait appelé les gens à descendre dans la rue, c’est un moyen de pression que nous ne pouvons pas décourager mais ce n’est pas une initiative qui peut arriver aux résultats tels que voulus par la population.”

Président du Mouvement du 17 Mai, Augustin Kikukama, estime que son parti est resté en marge de la gestion de Joseph Kabila depuis 2006 jusqu’à ce jour. Au regard de la situation qui prévaut au pays, il sied de constater la volonté de la population à sanctionner. Ci-dessous l’interview.

Est-ce que le M17 a déjà identifié les experts outillés en la programmation de la machine à voter ? Quel serait le coût pour engager ces cabinets?

En République démocratique du Congo, d’aucuns savent que ce sont les responsables des partis politiques qui engagent des moyens financiers pour faire actionner ou fonctionner leurs partis. Nous l’avons fait en 2006 et en 2011. En 2006, tout le monde sait que nous étions victimes d’une fraude électorale qui était patente. Saisie, c’est pour la première fois que l’Union africaine puisse condamner un Etat membre à cause des bévues électorales commises.

Oui, nous avons identifié les groupes d’experts. J’ai cité deux pays notamment les Etats-Unis et la France. Le problème des prix dépend d’abord du travail qui sera fait et de la durée des opérations. Parce que la facturation dépend des services rendus et du temps que cela peut prendre. Donc, si nous pouvons avoir les moyens de payer ces experts, selon l’idée avancée, nous devons en être conséquents. Car, nous avons cette indépendance d’esprit et d’action. J’ai
toujours dit que nous n’avons pas de problèmes particuliers avec le président de la République. Nous avions tout au début de son pouvoir ne pas être d’accord avec la ligne politique qu’il avait choisie.

Pourquoi le M17 n’a pas voulu accompagner Joseph Kabila durant ses deux mandats ?

Après notre constat, nous avons estimé que c’est lui le chef de l’administration, il nous appartenait au M17 de nous mettre en marge de cette gestion-là. Je l’ai toujours dit depuis 2001 jusqu’à ce jour, nous sommes en dehors des institutions mais le parti fonctionne.

Donc, soyez rassurés que nous prenons des contacts utiles. Il sied de savoir si le travail sera fait seulement à Kinshasa ou en Corée du Sud. Etant donné que le matériel vient de là, la technologie aussi est de là, les experts sont des Sud-Coréens. Et donc, nous pensons que maintenant que la loi est devenue officielle, nous allons essayer de comprendre avec certaines maisons ce que ça peut nous coûter et pendant combien de temps. Faudra-t-il encore chercher à savoir s’il nous faudra des experts au niveau de la maison-mère, ici à Kinshasa et en provinces. Car, tout est fonction de la programmation. Mais, si nous donnons encore des prétextes qu’on conteste la machine à voter, c’est vouloir tirer le processus en longueur. Il n’y a que la Cour constitutionnelle qui peut constater que la machine à voter viole la souveraineté du pays. Mais, cette cour ne peut pas le faire ou ne veut pas le faire. Il faut alors aller dans ce sens de donner la parole à la population.

Quelle est votre perception concernant les opérations d’enrôlement ?

Lors de ma dernière intervention sur le plateau d’une des télévisions de la place, j’ai dit qu’il était temps de constater la volonté de la population à sanctionner. Considérant l’enrôlement tel qu’il s’est déroulé, il s’est avéré qu’aucune organisation politique n’était capable d’interdire ses militants à s’enrôler. Même alors, ils ne pouvaient pas être suivis pour autant que le peuple vit dans la misère. Par conséquent, le peuple veut saluer l’émergence d’une nouvelle force politique qui va générer cet espoir.

Il y a dix ans, au moment des fêtes de fin d’année, on le sentait. Mais, aujourd’hui, même dans beaucoup de grandes sociétés, des vivres qu’on distribuait ont sensiblement diminué. A ce jour, les gens sont incapables d’agir. Il ne faut pas s’en faire à propos du budget. Nous irons jusqu’au bout comme à l’époque quand je saisissais la commission des droits de l’Homme. Personne ne croyait que je prenais une décision. Mais je l’ai obtenu malgré le temps que cela ait pu prendre. Mais j’ai eu une décision qui condamnait l’Etat congolais, qui reconnaissait qu’il y avait fraude.

De la même manière ici, nous allons nous battre pour que les cabinets que nous allons mobiliser aient accès à ce serveur-là. C’est une mobilisation de l’opinion. Si on veut de la machine à voter, il faut ouvrir ce serveur à d’autres experts mobilisés par d’autres partis politiques, y compris l’Eglise catholique, l’Eglise protestante, toute ONG capable de mobiliser les experts pour la vérification dudit serveur.

En 2006, le président Kabila a été voté à plus de 90% à l’Est du pays. En 2011, on connaît les résultats. Aux scrutins prochains, je ne sais pas quel est le fait qui peut renverser la tendance au profit du PPRD.

En 2006, la Majorité présidentielle avait pris des centaines de députés. En 2011, vous savez ce qui est arrivé. Et je ne vois pas une province qui pourra constituer leur fief électoral. Et pourtant, on ne gagne pas les élections sans fief électoral. Pour que le PPRD atteigne le nouveau seuil électoral, ça sera difficile. Je ne vois pas dans quelle province le PPRD peut prétendre avoir 1% des votants, si nous allons à des élections véritablement transparentes. Dès lors, cette machine qu’on croit salvatrice ne le sera pas.

L’unité de la machine à voter coûterait 1 500 dollars américains, selon le budget de la CENI. Il en faudra, pour l’ensemble du territoire national, 105 000 exemplaires. Ce qui ramènerait l’enveloppe à 157 000 000 USD. Comment le M17 réagit ?

Prenant en compte cette préoccupation concernant le prix par unité, je ne peux pas commencer à commenter les prix des machines. C’est l’Etat congolais lui-même. Il dit qu’il n’a pas de moyens, il recourt à ces machines-là. On a dit que c’était un marché public et qu’on avait lancé un appel d’offres. Quels sont les moyens de sélection ? Je ne sais pas. Quelles sont les firmes appelées à compétir ? Difficile à dire. Donc, je constate comme tout le monde qu’ils ont l’argent et on va aller aux élections. Il va de soi aussi qu’ils aient l’argent pour payer le personnel de la CENI. Parce qu’il y a peu, j’ai appris qu’il y a eu
des grèves à la centrale électorale à cause des arriérés.

A vous entendre parler, les Congolais ont du mal à vous situer. Quelle est votre casquette ?

Le M17 a été le premier parti politique à créer ce qu’on appelle la force des centristes. Nous sommes contents aujourd’hui que certaines formations politiques de la Majorité passent pour des centristes. Nous n’avons jamais dit que nous avons le monopole du centrisme. Donc, nous n’avons jamais participé à des dialogues qui ont été organisés ici parce que nous ne nous identifions pas ni à la Majorité, ni à l’opposition plurielle. Ça fait des années qu’on est toujours là. Je crois que je me suis déjà prononcé ici en disant que je suis moi-même catholique, je prie à l’église Fatima et j’ai eu à m’entretenir avec le curé de ma paroisse avant l’Accord du 31 décembre 2016.

La marche des chrétiens a été réprimée dans le sang par la force publique. Quelle est votre lecture des faits ?

Vos confrères qui me suivent savent que j’avais dit que ça sera pour la énième fois que l’Eglise catholique venait de mener des réformes dans notre pays et ça toujours échoué. Et je l’ai dit avant la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre. Et je me suis référé à la Conférence nationale souveraine. Nous avions déploré la manière dont la plus grande commission avait été gérée à l’époque sous la présidence du Cardinal Laurent Monsengwo, à l’époque archevêque
de Kisangani. Cela nous a poussé à aller à Boston avec certains compatriotes, convaincre l’administration Clinton en lui disant qu’il n’y aura pas de changement au Zaïre (RDC) sans recourir aux méthodes mulélistes. Nous avons été écoutés et vous avez vu les résultats.

D’après vous, les marches pacifiques ne peuvent rien apporter au pays ?

Au M17, nous savions que la marche ne nous amènera pas aux résultats voulus par notre population. De ce fait, n’essayons pas de donner l’espoir pour rien. Ce n’est pas le 31 décembre qui allait faire partir Kabila. A moins qu’il y ait une partie de l’armée qui fasse défection. Mais, renseignements pris, je n’ai pas vu une partie de l’armée rangée derrière la population. Donc, les résultats ne devraient pas être très bons et pour la population et pour le pays. Et je crois qu’on ne peut pas décréter le changement tel qu’on le constate.

De toutes les manières, les insurrections populaires ne se programment pas comme on le pense. Elles se préparent et le pouvoir le constate le jour où ça se déclenche. En ce moment-là, on trouvera qu’une importante partie de l’armée s’est rangée derrière la population.

Maintenant que l’Eglise ait appelé les gens à descendre dans la rue, c’est un moyen de pression que nous ne pouvons pas décourager mais ce n’est pas une initiative qui peut arriver aux résultats tels que voulus par la population.

En réaliste, nous avons dit à nos membres d’ici que ceux qui veulent participer à cette marche, ils peuvent y participer en tant que congolais, chrétiens catholiques. Mais l’élément le plus important est déjà là. Et pourtant, ce qu’on devait faire, c’était d’organiser cette marche avant la publication de la loi électorale.

[PROPOS RECUEILLIS PAR MÉDARD MUYAYA]

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