mardi , 16 janvier 2018
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Message direct à « Kabila » : « Si vous ne pouvez protéger votre peuple, il faut céder le pouvoir… »

Joseph Kabila vient de passer dix-sept ans au pouvoir, dont dix, dans le cadre de deux mandats que la Constitution l’autorise à faire. Il n’a donc plus, en principe, qu’à rendre son tablier. Mais les élections qui doivent sanctionner son départ n’ont toujours pas eu lieu, plus d’un an après le terme officiel du bail que lui a confié son peuple. Et, à ce jour, nul ne peut affirmer si ce pouvoir était réellement incapable d’organiser ces élections – prévues depuis plus de six ans –, ou s’il fait exprès, pour perdurer.

Ce peuple a tout de même quelques bonnes raisons de douter de lui-même. Avec Mobutu, c’était un long cauchemar. Avec Kabila-père, il n’a eu droit qu’à la guerre et à une instabilité chronique, dont ont abusé certains de ses voisins, en venant se servir dans les richesses naturelles du Congo. Aujourd’hui, avec Kabila-fils, leur sort demeure ce qu’il a toujours été. Les RD Congolais, comme on les appelle aujourd’hui, en sont arrivés à être perçus comme les parias de leur sousrégion et même de l’Afrique, même s’ils ne sont pas seuls. Un douloureux paradoxe, pour un pays si riche, et un peuple si ingénieux. Aucun autre peuple n’a enrichi la culture musicale du continent, autant que celui du Congo. Les artistes peintres, plasticiens et autres, sont d’incontestables génies. Mais tout ce rayonnement artistique, sans compter quelques grands cerveaux, sur le plan intellectuel, ne doit rien, ou si peu, à ceux qui dirigent ou ont dirigé ce pays. Alors, oui, il arrive un moment où l’insupportable devient tel, qu’il faut bien que quelqu’un le dénonce. Le cardinal a parlé, mais il n’a certainement pas parlé que pour lui seul…

Mais à quoi sert-il d’être citoyen d’un pays, si l’on n’en reçoit pas un minimum de protection ? Et la protection, ici, c’est aussi bien la bonne gestion des immenses ressources naturelles, afin que les citoyens de cette grande nation ne soient pas obligés d’aller à l’étranger se faire traiter comme des mendiants, alors qu’ils ont tout chez eux. Et lorsqu’ils sont l’objet d’un mépris évident, sinon maltraités, ils ne peuvent même pas dire qu’ils seraient mieux traités, s’ils avaient été dans leur propre pays. Quel nom donne-t-on, en définitive, à ce que vit ce peuple ?

Tel ou tel ministre belge des Affaires étrangères a bien osé, quelquefois, comparer le leadership de Paul Kagame à ce qu’il percevait comme l’incurie de la classe politique congolaise. Il fallait peut-être un fils de ce pays, un digne fils du pays, en l’occurrence, pour dire les mêmes choses, et de manière violente, pour qu’enfin, une réflexion courageuse s’engage sur ce que les dirigeants politiques de ce pays, doivent à un peuple dont ils sont, après tout, les employés, du moins, si l’on est réellement en démocratie.

D’abord, à admettre que l’on ne peut pas se résoudre à ce que des dizaines, sinon des centaines de personnes meurent chaque semaine dans ce pays, pour cause d’inondations mal maîtrisées, de déraillements de trains sur les chemins de fer, ou d’accidents sur de mauvaises routes, ou encore de navires qui sombrent sur le fleuve Congo, sans que viennent à temps les secours. On ne peut pas admettre que les Congolais revendiquant leurs droits tombent chaque semaine, sous les balles de policiers, de militaires (ou de miliciens), Ce n’est pas parce que ce vaste territoire de quelque 2 millions 345 410 kilomètres carrés est bien peuplé, avec près de 66 millions d’habitants, que l’on doit à ce point banaliser la mort. Tout cela est, en premier lieu, de la responsabilité des pouvoirs publics. Pour qui la vie humaine n’a aucune valeur, et qui peuvent tuer sans se retrouver automatiquement face à la justice.

[Jean-Baptiste PLACCA, Analyste et chroniqueur politique à la RFI]

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