mardi , 16 janvier 2018
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Le gouvernement autrichien confirme son engagement européen

Le nouveau gouvernement autrichien formé par la droite et l’extrême droite, qui y est entrée en force avec trois ministères régaliens, a confirmé samedi son « engagement européen », tout en revendiquant davantage de marge de manœuvre pour les Etats membres.

La nouvelle majorité a « un engagement européen clair, avec l’objectif de renforcer la subsidiarité » au sein de l’UE, a déclaré le futur chancelier conservateur Sebastian Kurz (ÖVP) lors de la présentation à Vienne du pacte de gouvernement scellé vendredi soir.

« Nous souhaitons une coopération européenne plus poussée dans les domaines où cela se justifie, comme la défense des frontières, mais davantage de compétences laissées aux Etats à chaque fois que c’est possible », a-t-il expliqué.

Kurz, 31 ans, qui deviendra lors de la cérémonie d’investiture prévue lundi le plus jeune dirigeant au monde, s’exprimait aux côtés du chef du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, futur vice-chancelier.

Ce parti, qui signe son retour dans l’exécutif après une expérience mitigée dans les années 2000, décroche également les ministères régaliens de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Ces deux derniers porte-feuilles lui avaient jusqu’à présent toujours échappé.

Cette alliance vient couronner une année faste pour l’extrême droite en Europe, avec une forte progression aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, sans toutefois parvenir à s’y hisser au pouvoir.

« J’applaudis notre ami (Heinz-Christian Strache, ndlr) », a déclaré Geert Wilders, le patron du Parti néerlandais pour la Liberté, en marge d’une réunion des chefs de partis d’extrême droite européens à Prague. La Française Marine Le Pen a évoqué « une très bonne nouvelle pour l’Europe ».

Aides sociales réduites

Strache a toutefois admis qu’à la demande de M. Kurz, « la question d’une sortie de l’UE a été exclue » des points qui pourront être soumis à des consultations populaires, que le FPÖ souhaite promouvoir. « Nous aurions souhaité un champ plus large », a-t-il avoué.

Pour le politologue Anton Pelinka, même si le FPÖ, arrivé troisième aux législatives anticipées du 15 octobre, obtient davantage de prérogatives qu’il n’en a jamais eues jusqu’à présent, « l’ÖVP s’est imposée sur les points les plus importants, à commencer par la politique européenne ».

Kurz conservera ainsi la haute main sur les dossiers européens alors que l’Autriche présidera l’UE au second semestre 2018.

Comme attendu, le programme de gouvernement comporte une série d’allégements fiscaux et de mesures destinées à combattre l’immigration illégale et à restreindre le bénéfice des aides sociales autrichiennes pour les étrangers.

« Nous voulons alléger la pression fiscale, nous voulons renforcer notre économie, ce qui améliorera notre système social », a promis M. Kurz. Mais « en premier lieu, nous voulons améliorer la sécurité dans notre pays, y compris en combattant l’immigration illégale ».

Les questions de l’immigration et de l’islam ont dominé la campagne qui a mené à la victoire de M. Kurz aux législatives, deux ans après la grande vague de réfugiés en Europe en 2015.

Le jeune leader conservateur, qui se flatte d’être un des principaux artisans de la fermeture aux migrants de la route des Balkans en 2016, en tant que ministre des Affaires étrangères, s’est nettement rapproché des positions du FPÖ dans ce dossier, ouvrant la voie à la nouvelle coalition.

Lieu de défaite des Ottomans

La présentation du programme de gouvernement s’est déroulée sur le mont du Kahlenberg à Vienne, un site à haute portée symbolique car c’est de là que prit fin le siège de Vienne et que débuta la reconquête de l’Europe centrale par les forces chrétiennes contre les Ottomans en 1683.

Interrogé à ce sujet, M. Kurz a indiqué n’avoir « pas personnellement choisi le lieu », et estimé qu’il ne fallait « pas chercher à lui accorder une signification trop importante ».

« Sans vouloir y accorder une importance disproportionnée », le choix de ce lieu « a une certaine signification, au moins pour le FPÖ », a toutefois souligné le politologue Thomas Hofer.

Strache avait durant sa campagne multiplié les allusions au risque d' »invasion de masse » et de « guerre civile » si l’immigration n’était pas jugulée. Il avait également estimé que « l’islam n’a pas sa place en Autriche ».

Artisan d’une alliance du FPÖ avec le parti Russie unie de Vladimir Poutine, M. Strache est par ailleurs favorable à un rapprochement entre l’Autriche et le groupe de Visegrad, qui comprend des pays ouvertement eurosceptiques comme la Pologne et la Hongrie.

En 2000, l’entrée du FPÖ au gouvernement avait provoqué des sanctions européennes. Mais ce scénario est jugé très improbable aujourd’hui, dans un contexte général de montée des partis populistes et antimigrants, et alors que M. Strache, 48 ans, a veillé à lisser l’image de sa formation.

[Afp]

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