vendredi , 19 janvier 2018
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Jérusalem : Cocktail explosif

De Ryad à Téhéran en passant par Ankara et Bruxelles, les réactions, à l’exception d’Israël, vont de la réprobation à la condamnation, en fonction de l’état des relations avec Washington et des intérêts. Mais elles expriment une préoccupation commune: celle que M. Trump ait non seulement porté un coup redoutable à l’entreprise de paix déjà agonisante entre Israéliens et Palestiniens mais aussi pris le risque d’une réaction en chaîne locale voire régionale, en manipulant un composé aussi volatil que Jérusalem.

La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël ne devrait pas changer grand-chose de concret à court terme sur le terrain diplomatique, mais elle réunit les ingrédients d’un nouvel accès de violence, sur place ou ailleurs.

De Ryad à Téhéran en passant par Ankara et Bruxelles, les réactions, à l’exception d’Israël, vont de la réprobation à la condamnation, en fonction de l’état des relations avec Washington et des intérêts.

Mais elles expriment une préoccupation commune: celle que M. Trump ait non seulement porté un coup redoutable à l’entreprise de paix déjà agonisante entre Israéliens et Palestiniens mais aussi pris le risque d’une réaction en chaîne locale voire régionale, en manipulant un composé aussi volatil que Jérusalem.

“Il y a beaucoup de colère chez les Palestiniens, dans le monde arabe et en Turquie, et de nombreuses menaces”, dit Yossi Alpher, conseiller d’Ehud Barak, Premier ministre israélien lors des négociations de Camp David.

“De toute façon, il va y avoir des troubles” dont l’ampleur dépendra notamment de la perception du langage de M. Trump.

Le président américain a paru soucieux de limiter les dégâts en affirmant que reconnaître Jérusalem comme capitale ne signifiait pas prendre position sur une question aussi essentielle et épineuse que le périmètre dans lequel Jérusalem est reconnue comme capitale.

Jérusalem, sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, est un cri de ralliement qui porte dans tout le Moyen-Orient. Les mises en garde se sont succédé contre le danger de nourrir la violence, voire le fanatisme, dans une région en proie aux tumultes.

Portes de l’enfer

La puissante milice irakienne de Noujaba, pro-iranienne, a jugé “légitime de frapper les forces américaines en Irak”. Al-Akhbar, journal réputé proche du Hezbollah libanais, a publié en Une une photo montrant un drapeau américain en flammes et légendée: “Mort à l’Amérique”.

Le mouvement islamiste palestinien Hamas a estimé que M. Trump ouvrait “les portes de l’enfer” pour les intérêts américains dans la région.

La “défense” de l’esplanade des Mosquées, symbole national et religieux puissant au coeur de l’un des plus vieux conflits de la planète, mobilise chroniquement les Palestiniens frustrés d’Etat contre tout ce qui ressemble à un empiètement israélien sur le troisième lieu de l’islam.

L’Esplanade, site sacré aussi pour les juifs qui l’appellent le mont du Temple mais y sont interdits de prière, reste historiquement sous la garde de la Jordanie. En plein Jérusalem-Est annexé et occupé par Israël, tous les accès en sont contrôlés par Israël.

La décision de M. Trump est une “déclaration de guerre” contre le peuple palestinien et les sites sacrés musulmans et chrétiens de Jérusalem, a clamé Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, qui se pose en champion de la lutte contre Israël.

Haniyeh a appelé à une “nouvelle intifada”, soulèvement populaire dont les deux premiers sont restés dans les mémoires.

Pacifique et non-armé

Chacun s’interroge sur l’ampleur que prendrait la protestation chez les Palestiniens, soupesant d’une part la sensibilité extrême du sujet et l’exaspération de certains Palestiniens, d’autre part la lassitude d’un grand nombre, l’absence d’organisation et l’efficacité de l’appareil sécuritaire israélien.

L’analyste palestinien Ghassan Khatib juge une nouvelle intifada “improbable”.

“Je crois qu’il y aura une vague de protestation populaire. Je ne sais pas pour combien de temps, cela dépend de plusieurs facteurs, y compris la manière dont Israël réagit”, dit-il.

Il relève que la réactivité palestinienne peut être affectée par le fait que, dans les esprits, la décision de M. Trump ne suffit pas à oblitérer “la réalité arabe tangible de Jérusalem-Est” et qu’elle n’engage que les Etats-Unis, alors que la communauté internationale s’y oppose.

Une vague de violences commencée en octobre 2015 a considérablement diminué, même si perdurent les attaques sporadiques de Palestiniens isolés le plus souvent armés de couteaux contre des Israéliens.

Des tensions meurtrières autour de l’esplanade des Mosquées en juillet ont pris fin au bout de deux semaines.

Le quotidien israélien Yediot Aharonot relevait que l’épisode de juillet donnait un coup d’avance aux forces de sécurité israéliennes en leur ayant permis d’identifier les instigateurs.

Israël a déjà signalé qu’il était prêt à répondre. “Jérusalem et Israël sont dans une région sensible à une époque sensible. Nous sommes prêts à toutes les éventualités”, a déclaré le ministre de la Défense Avigdor Lieberman.

Comme d’autres dirigeants, Nasser Qudwa, responsable du Fatah, parti palestinien dominant, appelle à la protestation. “Nous ferons de notre mieux pour que la réaction soit pacifique, non armée”, mais, ajoute-t-il: “au bout du compte personne ne peut contrôler chaque individu dans la rue”.

LES PALESTINIENS SE MOBILISENT

Les Palestiniens exprimaient leur colère jeudi contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme la capitale d’Israël, alors que le Hamas appelait à une nouvelle intifada contre cette initiative potentiellement explosive.

Tandis que la décision du président américain Donald Trump continuait de lui attirer la réprobation dans le monde entier, de premiers heurts étaient rapportés en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, territoires séparés censés former un jour un Etat palestinien.

Les dirigeants palestiniens revendiquent Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, comme la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Israël proclame tout Jérusalem, Ouest et Est, comme sa capitale “éternelle et indivisible”.

La communauté internationale s’est gardée de reconnaître Jérusalem comme capitale. Pour elle, la question du “statut final” de Jérusalem, l’une des plus épineuses en vue d’un règlement de ce vieux conflit entre Israéliens et Palestiniens, doit être négociée.

Réagissant à la décision du président Trump, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’est alarmée d’un retour “à des temps encore plus sombres que ceux que nous vivons aujourd’hui”. La Russie s’est dite “très inquiète”.

La décision américaine plonge la région “dans un cercle de feu”, a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s’emploie à mobiliser le monde musulman. Même le grand allié saoudien des Etats-Unis a parlé d’acte “irresponsable”.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence vendredi à la demande de huit pays, dont l’Egypte, la France et le Royaume-Uni.

Sur le terrain, Palestiniens et soldats israéliens ont échangé jets de pierre et tirs de projectiles anti-émeutes à Hébron, poudrière du sud de la Cisjordanie, où quelques centaines de colons juifs vivent sous haute protection parmi des dizaines de milliers de Palestiniens, a indiqué un correspondant de l’AFP.

Bethléem, Qalqilya, Jénine et les abords de Ramallah, en Cisjordanie, ont aussi été le théâtre de heurts sporadiques. Les secours ont dit avoir soigné deux blessés par balles en caoutchouc et 14 atteints par des lacrymogènes.

Vigilance accrue

Jérusalem, avec ses lieux saints pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, constitue un sujet passionnel.

“Nous sommes ici pour rejeter la décision de Trump”, disait Abdallah al-Khalil, 17 ans, lors du rassemblement de plusieurs centaines de personnes à Ramallah.

“Jérusalem est une capitale arabe et palestinienne, pas la capitale de l’occupant”, elle est chère aux Palestiniens “à cause d’al-Aqsa et du Saint-Sépulcre, toute notre histoire se trouve là”, déclarait-il.

Dans la bande de Gaza, quatre Palestiniens ont été blessés par des tirs de soldats israéliens en allant, avec des dizaines d’autres, protester auprès de la barrière de béton qui ferme hermétiquement les frontières entre Israël et le territoire reclus, ont indiqué les autorités gazaouis à l’AFP.

Le mouvement islamiste Hamas a appelé à un nouveau soulèvement populaire. “On ne peut faire face à la politique sioniste soutenue par les Etats-Unis qu’en lançant une nouvelle intifada”, a déclaré le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

Une grève générale était largement suivie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée et considérée par la communauté internationale comme un territoire occupé.

“En prenant une telle décision, l’Amérique est devenue un tout petit pays, comme la Micronésie”, déclarait Salah Zuhikeh, 55 ans, dans la Vieille ville de Jérusalem, où les magasins ont gardé leurs rideaux tirés et les écoles sont restées fermées.

Signe d’une vigilance accrue, l’armée israélienne a annoncé le déploiement de bataillons supplémentaires en Cisjordanie, ce qui représente a priori plusieurs centaines de soldats.

Le président américain a annoncé mercredi soir, malgré les mises en garde venues de toutes parts, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Rompant avec presque 70 ans de diplomatie américaine, se singularisant de la communauté internationale, il a aussi ordonné le futur transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Accès de colère

Trump a dit simplement reconnaître “une réalité” et tenir une promesse de campagne.

La reconnaissance a provoqué chez les Palestiniens une colère sans précédent depuis longtemps contre les Etats-Unis.

Pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au contraire, “le président Trump est entré à jamais dans l’histoire de notre capitale”.

Les Etats-Unis sont à présent discrédités pour continuer à jouer le rôle de médiateur de la paix qui a été le leur pendant des décennies, a dit le président palestinien Mahmoud Abbas.

Trump a pris ses fonctions en proclamant sa volonté de présider à l’accord diplomatique “ultime” et ses émissaires, à commencer par son gendre Jared Kushner, s’efforcent depuis des mois de ranimer l’entreprise de paix moribonde, sans qu’on connaisse rien de leurs intentions.

“Les Etats-Unis restent déterminés à aider à faciliter un accord de paix acceptable pour les deux parties”, a assuré M. Trump.

Mais, “en tant que négociateur en chef palestinien, comment puis-je m’assoir en face de ces gens s’ils m’imposent l’avenir de Jérusalem comme capitale d’Israël”, a dit le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, Saëb Erakat. “C’est être plus Israélien que les Israéliens”, a-t-il asséné.

Les regards vont se tourner vers vendredi, jour de grande prière hebdomadaire sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, occasion de manifestations et de troubles dans les périodes de tensions.

[Afp]

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