dimanche , 17 décembre 2017
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RDC : La fin des partis politiques de mallettes

L’introduction du seuil de 3% de représentativité en termes de suffrages pour obtenir un siège à l’Assemblée Nationale va signer l’arrêt de mort de la quasi-totalité des partis « mosaïques » et « satellites » qui occupent l’espace politique national. Les observateurs sont d’avis que sur plus de six cents partis politiques signalés aux quatre coins du pays, une dizaine seulement serait en mesure de se taper au moins 1.500.000 voix représentant les 3% exigés par les nouveaux législateurs. A ce stade, des pleurs et des grincements de dents fusent déjà de plusieurs états-majors politiques, où l’on parle de la liquidation planifiée de « menus fretins » politiques au profit des « dinosaures ». A l’horizon 2019, la scène politique congolaise serait certainement moins encombrée qu’aujourd’hui. Selon la volonté du législateur, on s’achemine lentement mais sûrement vers la fin d’une époque, celle des partis de mallettes, avec un seul député ou un seul sénateur au Parlement.

Après avoir modifié la loi électorale en 2011, en apportant, entre autres nouveautés, l’élection du Président de la République en un tour unique au lieu de deux, la proportionnelle dans l’attribution des sièges à l’Assemblée Nationale, la Majorité Présidentielle vient d’initier un nouvel amendement du texte en vigueur. Il y a six ans, l’objectif visé était de fermer la porte de la présidence aux candidats de l’Opposition, avec la complicité de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) alors pilotée par le pasteur Daniel Ngoy.

A la différence de 2011, la nouvelle Loi Electorale en chantier va provoquer un séisme politique au niveau de toutes les formations, les plates- formes et personnalités politiques sans assise sociologique sur le terrain. En effet, l’introduction du seuil de 3% de représentativité en termes de suffrages pour obtenir un siège à l’Assemblée Nationale va signer l’arrêt de mort de la quasi-totalité des partis « mosaïques » et « satellites » qui occupent l’espace politique national.

Les observateurs sont d’avis que sur plus de six cents partis politiques signalés aux quatre coins du pays, une dizaine seulement serait en mesure de se taper au moins 1.500.000 voix représentant les 3% exigés par les nouveaux législateurs. A ce stade, des pleurs et des grincements de dents fusent déjà de plusieurs états-majors politiques, où l’on parle de la liquidation planifiée de « menus fretins » politiques au profit des « dinosaures ». A l’horizon 2019, la scène politique congolaise serait certainement moins encombrée qu’aujourd’hui. Selon la volonté du législateur, on s’achemine lentement mais sûrement vers la fin d’une époque, celle des partis de mallettes, avec un seul député ou un seul sénateur au Parlement.

UDPS, PPRD et UNC… tranquilles

Trois partis politiques ayant un rayonnement national incontestable sont tranquilles face à la modification brutale des règles du jeu démocratique décidée par la Majorité Présidentielle. Il s’agit de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) ayant pour « Autorité morale » intérimaire Jean-Marc Kabund, son Secrétaire général, du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie), dont l’ « Autorité morale » n’est personne d’autre que le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, et de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) avec Vital Kamerhe pour « Autorité morale ».

Quiconque se donne la peine de circuler à travers le territoire national peut attester de l’effectivité des activités de ces trois partis dans les villes, territoires et villages. Des cadres et des militants animent des structures de base réellement fonctionnelles. L’on pense que lors des prochaines élections, l’UDPS, le PPRD et l’UNC vont se tailler la part du lion dans le partage des sièges à l’Assemblée Nationale. Cela fait penser à la fameuse formule de la « démocratie à trois » (MPR, UDPS, FCN) que voulait imposer feu le Maréchal Mobutu au lendemain de son discours du 24 avril 1990 décrétant la fin du monopartisme.

Le Palu, le MLC, le MSR, l’AFDC, l’Unafec, l’Unadef, l’ARC, le PDC… en ballottage On rencontre, sur l’échiquier politique congolais, des partis qui, sur papier, alignent des représentations sur l’ensemble du territoire national. Mais, en réalité, leur sphère d’influence a une portée régionale. Leur singularité est qu’en dehors des antennes de Kinshasa, leur « base » sociologique se trouve être la province d’origine de leur leader. C’est le cas du Palu, dont les « drapeaux » flottent dans presque tous les quartiers de Kinshasa mais dont le véritable fief électoral est la province du Kwilu, d’où sont originaires son chef historique, Antoine Gizenga, ainsi que ses collaborateurs les plus fidèles, à savoir Adolphe Muzito et Gizenga Lugi.

Il en est de même du MLC (Mouvement de Libération du Congo). Force politique d’envergure nationale au retour de Sun City, en 2003, après le Dialogue Intercongolais, et sous le régime 1+4, avec son chairman Jean-Pierre Bemba Gombo à l’une des vice-présidences de la République, ce parti a perdu progressivement son poids politiques avec la vague de défections de ses cadres historiques ( Olivier Kamitatu, Thambwe Muamba, Adam Bombole, François Muamba, Thomas Luhaka, Delly Sesanga, Alex Kande, José Endundo, José Makila, Jean-Lucien Busa…). Du coup, le MLC a été déserté par des milliers, sinon des millions de militants, au point de ne plus avoir le contrôle de Kinshasa et de l’ex-Equateur, ses anciennes bases électorales. Du coup, sa base sociologique s’est effritée, au point de se réduire à la seule province du Sud-Ubangui. Quant à sa présence dans d’autres provinces, elle est devenue simplement symbolique.

Le MSR (Mouvement Social pour le Renouveau), très en vue lors des élections de 2006 et 2011, avec un impressionnant contingent d’élus à l’Assemblée nationale et au Sénat, souffre terriblement de son divorce avec la Majorité présidentielle en 2015, avec en prime l’émergence d’une dissidence qui risque de lui voler pas mal de voix lors de prochaines élections. Son dédoublement a considérablement réduit sa présence à Kinshasa ,ainsi que dans plusieurs provinces du pays. L’AFDC de Modeste Bahati Lukwebo, l’une des forces politiques pourvoyeuses de la Majorité Présidentielle en élus en 2006 et 2011, mais dont les antennes provinciales ont du mal à prendre réellement corps en dehors du Sud-Kivu, la province d’origine de son « Autorité morale », aura du mal à glaner des voix en dehors de celle-ci en 2018 et 2019. Le label de la MP risque de ne pas lui être d’une grande utilité dans un environnement concurrentiel avec le PPRD, l’UDPS et l’UNC.

L’Unafec (Union des Nationalistes Fédéralistes au Congo) de Gabriel Kyungu et l’Unadef (Union Nationale des Démocrates Fédéralistes) de feu Mwando Nsimba dans l’ex –Katanga, l’ARC (Alliance pour le Renouveau du Congo) d’Olivier Kamitatu dans le Kwilu et le Kwango, le PDC (Parti Démocrate Chrétien) de José Endundo dans l’ex-Equateur et la Tshuapa constituent des exemples typiques des partis exclusivement provinciaux. Face à l’exigence de 3% des suffrages pour gagner des sièges, tout peut leur arriver : le meilleur comme le pire.

[Kimp, le PHare]

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