dimanche , 17 décembre 2017
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RDC : Le peuple congolais se prépare à reconquérir sa démocratie

Après 25 ans de règne sans partage, feu le maréchal du Zaïre n’a pas pu résister à la grande fougue populaire. Pressé par l’Occident et malmené par un peuple en quête de démocratie, il a dû capituler en 1990, ouvrant ainsi ce qui deviendra plus tard la République démocratique du Congo à l’ère de la démocratie. Son discours mémorable du 24 avril 1990 est resté dans les annales de l’histoire. C’est à N’sele, dans ce qui s’appelait alors la Cité du parti, que feu le président Mobutu s’est retrouvé à genou devant un peuple déterminé. 27 ans après, le peuple congolais a repris le même combat. Après la chute de Mobutu en 1997 et les guerres qui s’en étaient suivies, on ne pensait pas que la RDC pouvait retomber dans les mêmes travers – comme au débit des années 1990. Hélas ! Comme avec Mobutu, le peuple se voit encore privé de ce qu’il a acquis durement en 1990. Il est obligé de jouer au jeu de cache-cache avec les forces de l’ordre et de sécurité pour faire entendre sa voix. Ses bourreaux ne sont malheureusement que les mêmes en qui il a confié la gestion du pays en 2006 et 2011. Arrivés fin mandat, ils ont eu la manie de changer les règles de jeu, foulant au pied les principes de la démocratie convenus dans la Constitution de 2006, née du consensus de Sun-City, en Afrique du Sud. 27 ans après, le peuple congolais continue le même combat – comme en 1990 – pour sauvegarder sa démocratie. C’est l’histoire qui se répète.

En termes de démocratie, la République démocratique du Congo est retournée dans le contexte des années 1990 lorsque le peuple se battait face au feu président Mobutu pour recouvrer son droit de souverain primaire. 27 ans après le discours historique du 24 avril 1990, le peuple congolais se trouve encore confronté aux mêmes réalités. Ses droits sont bafoués et le pouvoir en place multiplie des actes de brimade pour le faire taire. En face, l’Opposition est étouffée de tous bords. La marche du Rassemblement, prévue aujourd’hui jeudi dans les grandes villes du pays, appelle à la reconquête de la démocratie pour faire barrage à la dictature qui s’érige en RDC.

Publié le 5 novembre 2017 par la Céni, le calendrier électoral n’est pas parvenu à obtenir l’unanimité de toute la classe politique. Si la MP (Majorité présidentielle) y a apporté tout son soutien, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (Rassop), principale force de l’Opposition, a marqué son refus de s’allier à un chronogramme qui fait, une fois de plus, la part belle au pouvoir en place.

Parallèlement, le projet de révision de la loi électorale a été jugé « recevable » à l’Assemblée nationale, malgré toutes ces incohérences et incongruités, notamment le seuil de représentativité de 3% et l’apparentement des partis politiques.

Pour faire échec au projet de la MP qui tente, par tous les moyens, de s’arroger tous les pouvoirs d’État au terme du processus électoral, le Rassemblement a appelé, aujourd’hui jeudi, à une grande marche à travers les grandes villes de la RDC. À Kinshasa, capitale de la RDC, la MP a tenté, à sa manière de contrecarrer l’initiative du Rassemblement, en intercalant des marches de soutien au calendrier électoral de la RDC. L’une projetée par la MP a été prévue le mardi 28 novembre 2017, alors qu’une autre, initiée par des structures alliées à la même majorité, était prévue pour aujourd’hui jeudi.

Contre toute attente, le gouverneur de la ville de Kinshasa, le PPRD André Kimbuta, a, par une correspondance datant du 27 novembre 2017, réservé une fin de non-recevoir à la demande de la marche du Rassop. Par la même occasion, le gouverneur Kimbuta a annulé toutes les marches prévues dans la ville entre le 28 novembre et le 30 novembre.

Sans surprise, la MP s’est pliée à sa décision. Pas le Rassemblement qui a maintenu pour ce jeudi son mot d’ordre de marche contre le calendrier électoral à travers différentes artères de la ville.

À Kinshasa, les forces de l’ordre sont dans le qui-vive. Sans broncher, le président du Rassemblement, Félix Tshisekedi, a réitéré, hier mercredi, devant la presse son appel à la marche, en rejet au calendrier électoral et au pouvoir du président Joseph Kabila qu’il qualifié « d’illégitime ».

« Nous allons marcher pour montrer à Monsieur Kabila que le peuple congolais rejette son régime illégitime », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse le mercredi 29 Novembre, tout en soulignant que la nation était en « danger ».

Chef de file de la principale plate-forme de l’Opposition, Félix Tshisekedi a recommandé en même temps aux parents de « garder leurs enfants à la maison et de ne pas les envoyer à l’école », aux personnes de troisième âge « de ne pas quitter leur maison ». Quant aux opérateurs économiques, le Rassemblement leur a demandé de « fermer leurs boutiques et magasins», lançant un appel aux étudiants et à toute la population congolaise « d’occuper massivement les rues du pays » pour « défendre la démocratie et dire non à toute forme de dictature ».

On s’attend désormais à un jeudi très agité.

Tenir jusqu’au bout

Comme dans les années 1990, le peuple congolais se prépare à reconquérir sa démocratie ; celle qu’il a obtenue après tant de sacrifices un certain 24 avril 1990. 27 ans après, le voici revenu à la case départ. La démocratie congolaise est en panne. Et comme avec feu président Mobutu, le pouvoir use de mêmes méthodes en s’appuyant sur un appareil sécuritaire et un dispositif de défense totalement acquis à sa cause. On est en face d’une démocratie à deux vitesses où on tolère tout quand il s’agit de la MP et ses affiliés, alors qu’on réprimande avec une fureur inexplicable toute initiative de l’Opposition. On en a eu pour preuve lundi dernier devant le nouveau bâtiment de l’ambassade de Belgique à Kinshasa lorsqu’un groupe de badauds recrutés à la sauvette ont improvisé un sit-in pour protester contre la présence du chef de la diplomatie belge à Kinshasa. Pour ce cas précis, l’Hôtel de ville et toutes les autorités de la police ont fermé les yeux. Bien au contraire, les manifestants du lundi 27 novembre 2017 ont eu droit à un traitement princier.

Mais, pour la journée du jeudi, l’Hôtel de ville a promis d’user de tous les moyens d’Etat pour barrer la route au Rassop. C’est cela aussi la démocratie congolaise, avec toutes ses contradictions.

L’Opposition – en tout cas celle qui ne s’est jamais alliée à la MP – traverse des moments extrêmement difficiles. Elle est acculée de toutes parts. Certains de ses leaders tels que Moïse Katumbi, sont condamnés à l’exil pour s’être opposé ouvertement aux méthodes de la MP, dont il a été membre lorsqu’il trônait au gouvernorat de l’ex-Katanga. D’autres, par contre, à l’instar de Jean-Claude Muyambo, Franck Diongo et Eugène Diomi Ndongala, croupissent en prison pour avoir dit non à la MP et à son autorité morale, le président Joseph Kabila.

Le chemin qui mène à la démocratie est rocailleux. Le seul moyen d’y faire face est de s’armer de courage, plus de courage pour surmonter toutes les épreuves. Comme dans les années 1990, l’Opposition a l’assurance d’avoir le soutien du peuple congolais qui a tourné le dos au pouvoir en place à Kinshasa.

Entre le pouvoir et le peuple, le pont est plus que jamais rompu. Les nombreuses tentatives du pouvoir en place à pérenniser son règne, notamment le tripatouillage du jeu par l’adoption d’une loi électorale révisée liberticide et la promulgation d’un calendrier électoral truffé de contraintes presqu’insurmontables ne sauront pas ébranler la volonté de tout un peuple. Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours par poindre, dit un vieil adage.

L’Opposition, avec elle, le peuple congolais, doit continuer à tenir bon. Le bout du tunnel n’est plus si loin. Face à un peuple éveillé, mature et conscient des enjeux, aucune manœuvre du pouvoir ne saurait le dissuader. Tôt ou tard, la RDC parviendra à faire écrouler les murs de la dictature qui se dressent sur le chemin de la démocratie. La marche de ce jeudi est un premier pas dans ce sens.

[Le Potentiel]

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