dimanche , 22 janvier 2017
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RDC : Le nouveau 1er ministre est politiquement affaibli

Porté à ce poste en vertu de l’accord politique ayant sanctionné la fin des travaux du dialogue de la cité de l’UA, Samy Badibanga se frotte déjà à une forte résistance de ses amis de l’Opposition présents à ces assises. S’ils ne peuvent pas tous faire partie du gouvernement, ils exigent du moins un gouvernement le plus large possible pour donner la chance à la plupart d’entre eux d’avoir voix au chapitre. Pressenti Premier ministre, selon plusieurs bookmakers, Vital Kamerhe, président de l’UNC, n’a pas désarmé. Si son parti ne s’est pas clairement prononcé sur sa participation au gouvernement Badibanga, on laisse entendre que Kamerhe monterait terriblement les enchères pour mieux se positionner dans ce gouvernement.  De l’autre côté, la Majorité présidentielle n’entend pas non plus jouer le second rôle.

Nommé Premier ministre le jeudi 17 novembre 2016, Samy Badibanga arrivé en terre inconnue. Banni de l’UDPS, parti sous le label duquel il a été élu député national en 2011, Samy Badibanga est politiquement affaibli. Sur un autre tableau, Samy hérite d’un environnement socioéconomique hostile. Ses premiers pas seront scrutés à la loupe. Entre le défi de conduire l’action gouvernementale et l’impératif de gagner le pari des élections, les premiers obstacles se dressent déjà sur le parcours de Samy Badibanga.

La formation du gouvernement Badibanga est imminente. Les différentes composantes signataires de l’accord politique, à savoir la Majorité présidentielle, l’Opposition et la Société civile de la cité de l’Union africaine ont mis à profit le week-end pour accorder les violons. La semaine s’annonce décisive.

A la Primature, le Premier ministre Matata et toute son équipe font déjà leurs valises. Le dernier conseil des ministres a eu lieu lundi – presqu’en mode urgence. La réunion n’a duré que quelques minutes – le temps de se dire au-revoir. Tôt dans la matinée, la Troïka stratégique avait aussi sa dernière réunion hebdomadaire autour de Matata. Les conclusions de la Troïka stratégique ne présagent pas des lendemains sécurisés sur le plan économique, financier et monétaire.

Si la RDC est assurée de terminer l’année 2016 avec un taux d’inflation supérieur à 6%, quoi que positif, le taux de croissance ne dépasserait pas la barre de 5%. Les dernières projections le situent à 4,3%, niveau largement au-dessus de la moyenne africaine.

Apparemment, les indicateurs conjoncturels tentent de résister à la tempête. L’on ne sait pour combien de temps encore. Ce qui n’est pas le cas des réserves en devises de la RDC qui piquent du nez depuis quelques mois. Selon les derniers chiffres de la Troika stratégique, arrêtés à la date du 18 novembre 2016, les réserves internationales se situent largement en dessous de la barre symbolique d’un milliard de USD, soit à peine 863 millions USD, équivalant à 3,82 semaines d’importations. Même si le cours du cuivre, principal produit d’exportation de la RDC, s’est quelque peu raffermi, se fixant à 5457 USD la tonne métrique, ce n’est pas évident que les réserves en devises suivent la même pente ascendante. Les experts craignent plutôt un assèchement de réserves en devises de l’Etat au regard de la très forte demande qui pourrait résulter, notamment du processus électoral. Il faut craindre le pire.

Ces chiffres qui donnent des vertiges, le tout nouveau Premier ministre, Samy Badibanga, va les découvrir dans les tout prochains jours. Un baptême de feu l’attend pour inverser cette tendance. C’est le premier obstacle.

Le deuxième obstacle

En politique, le Premier ministre entrant est pressé de toutes parts. Porté à ce poste en vertu de l’accord politique ayant sanctionné la fin des travaux du dialogue de la cité de l’UA, Samy Badibanga se frotte déjà à une forte résistance de ses amis de l’Opposition présents à ces assises. S’ils ne peuvent pas tous faire partie du gouvernement, ils exigent du moins un gouvernement le plus large possible pour donner la chance à la plupart d’entre eux d’avoir voix au chapitre.

Pressenti Premier ministre, selon plusieurs bookmakers, Vital Kamerhe, président de l’UNC, n’a pas désarmé. Si son parti ne s’est pas clairement prononcé sur sa participation au gouvernement Badibanga, on laisse entendre que Kamerhe monterait terriblement les enchères pour mieux se positionner dans ce gouvernement.  De l’autre côté, la Majorité présidentielle n’entend pas non plus jouer le second rôle.

Dans ce brouhaha politique, Samy Badibanga est dans la position d’un homme pris entre les vagues. Comme Robinson Crusoé, il doit composer avec les éléments en sa possession pour survivre – politiquement. Banni de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi qui a porté sa candidature à la députation nationale en 2011, Badibanga retrouvera l’Hôtel du gouvernement avec un sérieux handicap politique. C’est un Premier ministre sans repère politique. Car, à l’UDPS, on considère qu’il s’est auto-exclu par le fait d’avoir désobéi en 2011 aux consignes du président du parti selon lesquelles les élus de l’UDPS devaient renoncer à leurs sièges à l’Assemblée nationale.

C’est dire que Samy Badibanga n’a de lien politique qu’avec le dialogue de la cité de l’Union africaine, d’où il tire d’ailleurs sa légitimité.

Cerise sur le gâteau

Le tout nouveau Premier ministre accède à la Primature dans un contexte politique et économique particulièrement tendu. L’assèchement des réserves internationales est un mauvais signe pour celui qui a pour mission principale d’organiser les élections suivant le chronogramme tracé dans l’accord politique du 18 octobre 2016.

La grande crainte – elle est bien réelle – est que la RDC court le risque de se retrouver en panne sèche de devises étrangères, particulièrement le dollar américain. Il y a quelques années, le pays avait connu une pareille situation. Mais, il a dû recourir à des facilités exceptionnelles du FMI et de la Banque africaine de développement pour se refaire une certaine santé financière. Une hypothèse à exclure pour les prochains mois ; le FMI et la BAD ayant suspendu tout appui budgétaire en faveur de la RDC.

Comment le gouvernement va-t-il financer toutes les dépenses en devises liées au processus électoral ? Devrait-on sacrifier certaines dépenses urgentes en devises de l’Etat, telles que le paiement du service de la dette, au profit du financement des élections ? Par quel miracle Samy Badibanga va-t-il réapprovisionner le compte en devises de la RDC ? Comment s’en sortir ?  Autant de questions qui donnent du tournis. Autant d’obstacles qui se dressent sur son parcours au moment où Badibanga s’apprête à prendre ses fonctions de Premier ministre.

A tout prendre, Samy Badibanga n’aura pas la tâche facile. Il a hérité d’une fonction de Premier ministre à un mauvais moment. Si la situation devrait pourrir, tant politiquement qu’économique, c’est lui qui sera le premier à être visé. En acceptant ce poste, Samy Badibanga s’est mis dans la position d’une victime expiatoire.

Au moment où il finalise la liste complète de son gouvernement, Samy Badibanga mesure sûrement la hauteur de la tâche qui l’attend. Elle est titanesque. Le chef de l’Etat le lui a d’ailleurs rappelé dans son dernier message au Parlement réuni en congrès. 48 heures avant la nomination de Samy Badibanga, le président Kabila promettait de «désigner incessamment le Premier ministre qui aura la charge de former le gouvernement d’union nationale dont la mission principale sera de conduire le peuple aux élections, tout en préservant les acquis économiques et sociaux des quinze dernières années». C’est la feuille de route qui attend Samy Badibanga.

Obligé d’évoluer dans un cadre macroéconomique austère, le radar du Premier ministre ne présente pas beaucoup de visibilité quant à l’avenir. Tout dépendra de la tactique qu’il mettra en œuvre pour sortir de ce traquenard ; notamment en imaginant la manière la meilleure d’amortir le choc en cas d’une chute brutale.

[lePotentiel]

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