samedi , 25 mars 2017
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Etats-Unis : « 9-11 » égal à « 11-9 »

Un 11-Septembre politique. La comparaison peut sembler obscène, entre l’accession à la Maison Blanche de Donald Trump, à l’issue d’un processus démocratique, et les attentats de New York et Washington qui, le 11 septembre 2001, ont fait entrer le XXIe siècle dans une ère de terrorisme mondial et de guerres régionales. Et pourtant, ces deux événements sont profondément liés. Pas seulement par les similitudes de dates : au « 9-11 » (Nine-eleven ou 11-Septembre), répond étrangement ce « 11-9 » (Eleven-nine ou 9-Novembre). L’élection de Donald Trump au poste de 45e président des États-Unis, contre tous les sondages, toutes les analyses d’experts et la quasi-totalité des reportages et enquêtes de journalistes, est un séisme aux conséquences durables.

Héritier monstrueux des années Bush, Donald Trump est l’épisode le plus spectaculaire d’un cycle mondial qui voit les bruits de la guerre, les replis identitaires, les nationalismes l’emporter.

Un 11-Septembre politique. La comparaison peut sembler obscène, entre l’accession à la Maison Blanche de Donald Trump, à l’issue d’un processus démocratique, et les attentats de New York et Washington qui, le 11 septembre 2001, ont fait entrer le XXIe siècle dans une ère de terrorisme mondial et de guerres régionales. Et pourtant, ces deux événements sont profondément liés. Pas seulement par les similitudes de dates : au « 9-11 » (Nine-eleven ou 11-Septembre), répond étrangement ce « 11-9 » (Eleven-nine ou 9-Novembre). L’élection de Donald Trump au poste de 45e président des États-Unis, contre tous les sondages, toutes les analyses d’experts et la quasi-totalité des reportages et enquêtes de journalistes, est un séisme aux conséquences durables.

La victoire de celui que les plus calmes qualifient de populiste et les plus inquiets de néofasciste apparaît comme une suite logique, ou à tout le moins cohérente, du cycle ouvert le 11-Septembre et poursuivi par la folle réponse des néoconservateurs de l’administration Bush. George W. Bush, qui avait refusé d’apporter son soutien à Donald Trump, a fait savoir qu’il avait voté blanc, ce 8 novembre. Une déclaration visant à faire oublier ses propres turpitudes, tant le nouveau président Trump apparaît aussi comme le produit monstrueux des deux mandats du conservateur qui a mis en feu une partie de la planète.

Populiste, personnage de télé-réalité, porte-voix d’une Amérique enragée face à un monde qu’elle ne perçoit que comme une menace, milliardaire anti-establishment, Donald Trump est tout cela. Mais il est aussi l’héritier politique de ces Docteur Folamour néoconservateurs qui, en voulant remodeler le monde arabo-musulman et imposer par la guerre la pax americana, tout en poursuivant des politiques ultralibérales, ont précipité l’Amérique et la planète dans un cycle de tempêtes, de crises et de conflits.

À ces néoconservateurs expansionnistes succède donc l’autre courant qui a toujours travaillé au cœur la droite américaine : celui qui porte le projet d’un isolationnisme guerrier, xénophobe et raciste, claquemuré et agressif, pour mieux revendiquer une « America Great Again », le principal slogan de campagne de Donald Trump. En cela, l’accession de Trump à la Maison Blanche n’est pas qu’une histoire américaine. Elle est l’épisode le plus spectaculaire et inquiétant d’un cycle mondial qui voit les bruits de la guerre, les haines, les replis identitaires, les nationalismes partout l’emporter sur les grands idéaux de coopération et de sécurité internationales qui ont peu ou prou structuré le monde de l’après-Deuxième Guerre mondiale.

Les spécialistes contesteront sans doute les rapprochements, tant les situations nationales diffèrent. Mais comment ne pas souligner les phénomènes d’échos : Trump et le raidissement ultra du régime Poutine ; Trump et le gouvernement ultraconservateur polonais ; Trump et le régime hongrois de Viktor Orban ; Trump et le choix britannique du Brexit ; Trump et le coup de force présidentiel et dictatorial mené depuis juillet par le président turc Erdogan ; Trump et la folie populiste meurtrière du nouveau président philippin Rodrigo Duterte ; et enfin Trump et l’inexorable ascension du Front national en France, le parti d’extrême droite campant lui aussi aux portes du pouvoir et occupant une large partie du champ idéologique…

Les plus optimistes se rassureront en soulignant les ressorts nationaux du vote américain du 8 novembre. Oui, Trump a dynamité un système politique américain (l’oligarchie de Washington) profondément rejeté. Oui, Trump, recyclant habilement la furie des Tea Party et violentant un camp républicain atone, a réussi un hold-up sur la droite américaine en s’appuyant sur les électeurs contre les appareils et les élus. Oui, Trump en libérant les démons de l’opinion a cassé tous les codes de la politique. Oui, Trump, par ses violences visant Hillary Clinton, a contribué un peu plus à souligner les fragilités d’une candidate démocrate incarnant la fusion de la politique, des affaires et des jeux dynastiques : ce qu’une large partie de l’électorat démocrate avait lui-même rejeté en portant jusqu’au bout des primaires la candidature de Bernie Sanders.

Mais cette victoire dit bien autre chose de l’épuisement général des systèmes politiques du monde occidental et de la façon dont les droites extrêmes se sont, ces quinze dernières années, installées au centre du paysage idéologique. À la « bulle Washington » honnie répond la « bulle bruxelloise » en pleine crise, celle d’institutions européennes impuissantes sauf quand il s’agit d’imposer des politiques libérales. Au désaveu terrible infligé à Hillary Clinton, répondent les défaites en série de dirigeants européens dont l’histoire, les itinéraires et les engagements sont similaires. À la crise du système politique américain, répond l’épuisement de notre Ve République. En ce sens, l’élection de Donald Trump est aussi une histoire européenne, celle d’« élites politiques » ayant de longue date décroché des attentes et espérances des électorats.

Car Trump, héritier monstrueux des années Bush, est aussi le vainqueur qui vient souligner la faiblesse de la gauche américaine. N’appelons pas social-démocratie cette « gauche » plus proche d’un progressisme que tentent désormais de théoriser en France des Manuel Valls, François Hollande ou Emmanuel Macron, espérant ainsi se sauver d’un désastre programmé. Mais au-delà de l’acharnement raciste du camp républicain à l’encontre de Barack Obama, comment ne pas voir la faiblesse du bilan du président sortant ?

La gauche américaine d’Obama et de Clinton, à l’image – toute comparaison gardée – de la social-démocratie européenne, n’aura fait que prolonger des politiques vieilles de trente ans. Des réformes sociétales ; quelques politiques sociales de protection et de redistribution ; un immobilisme institutionnel et de représentation politique mortifère… et en contrepartie : des pays précipités dans la mondialisation financière ; des inégalités sociales qui se sont accrues dans des proportions inégalées ces dix dernières années ; des réformes des marchés du travail précarisant un salariat déjà soumis à un dumping mondial ; et des guerres qui par effet boomerang installent le terrorisme au cœur de ces mêmes sociétés.

Le bilan est terrible tant il dit une fois de plus l’échec d’une gauche ou d’un camp progressiste arcbouté à un logiciel périmé, incapable de penser les nouvelles questions sociales, les mutations du travail, les voies de réglementation d’une économie ouverte et mondialisée, les nouveaux modes d’implication et d’engagement des citoyens dans la politique. C’est cette insensibilité aux mutations accélérées, aux nouvelles demandes sociales qui ouvre la voie aux ultras et aux extrêmes droites.

Car au-delà des monstruosités multiples de sa campagne, Donald Trump a aussi parfaitement réussi à trianguler ces thématiques pouvant être portées par une partie de la gauche, ce qui a été moins souligné : dénonciation des accords de libre-échange ; dénonciation du dumping social ; promesses de protection du salariat ; dénonciation d’une oligarchie financière mais aussi de ses entreprises guerrières. Que cela ait pu être porté par un milliardaire affairiste, raciste, sexiste et xénophobe ne fait que rajouter au grand désastre du camp progressiste.

Alors, les plus optimistes tentent déjà de se rassurer. Le furieux Trump va vite être ramené à la raison. Son inexpérience politique – il n’a jamais été élu –, le poids de la technostructure et de la « bulle Washington », les pressions des milieux économiques tout comme une partie du camp républicain verront le populiste abandonner de larges pans de son programme et réintégrer le lit tranquille de la droite conservatrice de gouvernement.

À ce stade, rien ne permet de l’affirmer et c’est même le contraire qui peut être avancé. En dix-huit mois de campagne, Donald Trump n’en aura fait qu’à sa tête, refusant tout compromis avec l’appareil républicain, avec ses concurrents et avec ce « Washington » haï. Quel est son entourage, qui sont ses conseillers ? « Je me consulte moi-même », rétorquait-il il y a quelques jours. C’est ce « moi-même président » qui constitue aujourd’hui une nouvelle menace pour le monde.

[9 novembre 2016 Par François Bonnet]

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