samedi , 25 mars 2017
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UDPS : Pas de démocratie sans progrès social, pas de progrès social sans démocratie

Si l’on considère tout le chemin parcouru par ce parti, on ne peut pas ne pas être frappé par l’absence des réalisations liées aux exigences du progrès social. C’est-à-dire : de la capacité de ses membres à s’organiser pour s’imposer dans la société grâce à des réalisations de projets et des programmes de développement. De même, on ne peut pas ne pas être frappé par l’absence des initiatives qui inscrivent le besoin de libertés démocratiques dans la dynamique globale d’amélioration des conditions de vie concrètes du peuple ainsi que  par le manque d’un élan d’éducation économico-culturel hors de la chienlit du mobutisme et de tout son système. On peut dire que dans leur lutte, les forces de la liberté dans l’UDPS étaient restées un parti politique au sens traditionnel du terme. Elles n’avaient pas compris  qu’on ne peut combattre un système global que par un autre système globalement organisé pour une nouvelle manière de penser le monde et de rythmer le vivre-ensemble grâce aux actions de transformation des structures matérielles d’existence portées par une forte idéologie de foi dans un autre avenir possible. Plus exactement, la démocratie politique prônée par l’UDPS sous le signe de la volonté du changement politique n’a pas été une énergétique globale de lutte organisée socialement contre les antivaleurs mobutistes dans un système globale de progrès social dont l’éthique soit le ferment de mobilisation collective. Le progrès social a été le parent pauvre dont les fruits dépendaient de la victoire politique du parti pour accéder au pouvoir d’Etat. On a pensé les réalités en croyant que la démocratie est la condition du progrès social sans voir en même temps que le progrès social est aussi la condition de la démocratie, selon une dialogique profonde dont les éléments soient structurellement unis.

Au cœur de l’héritage politique dont les jeunes générations congolaises ont à rallumer la flamme et à relancer le souffle aujourd’hui dans leur lutte pour changer positivement notre pays, deux valeurs méritent d’être exaltées et promues pour construire une nouvelle société sur notre territoire national. Il s’agit des valeurs de la démocratie et du progrès social.

Un élan du courage

C’est au début de la décennie 1980 que ces valeurs surgirent du fond des quêtes indomptables du peuple congolais. En ces temps-là, tout le monde s’était rendu compte de l’incapacité de la dictature de Mobutu à conduire la nation vers le destin de grandeur et de bonheur que le mobutisme s’était donné comme projet de société. Le pays était devenu une aire de misère, de catastrophe et de descente aux enfers. Il était aimanté par les tourbillons des ajustements structurels et personne ne pensait que la classe politique dirigeante avait en elle des ressorts vitaux pour renverser la vapeur du désastre. La nation avait visiblement besoin d’une nouvelle dynamique de lutte pour inventer un futur brillant et construire une nouvelle société congolaise.

L’honneur revint à 13 parlementaires congolais de prendre la responsabilité de lancer cette nouvelle dynamique face à une dictature sans colonne vertébrale pour maintenir notre nation debout. Ce fut, au Zaïre de Mobutu, l’ère du courage ouverte par ces hommes-force :

  • le courage de reconnaître publiquement que le mobutisme était à bout de souffle, qu’il faisait fausse route, qu’il tournait en rond et ne conduisait le pays nulle part ;
  • le courage de clamer haut et fort cette vérité devant le tyran lui-même, sans aucune crainte de ses fureurs ni aucune peur de perdre tous les avantages liés à leur statut de parlementaires ;
  • le courage de mettre en branle les énergies de leur intelligence pour faire un diagnostic sans complaisance de la situation du pays, secteur par secteur, chiffres à l’appui ;
  • le courage de nommer les causes réelles de la faillite de la gouvernance mobutiste : sa terreur sanguinaire, sa gigantesque corruption, ses manipulations des instincts tribaux pour diviser le peuple et consolider un pouvoir sans vision du futur, son incompétence infinie face aux enjeux de l’avenir et son allergie au changement sans lequel le pays devait purement et simplement s’effondrer ;
  • le courage de croire que ce changement était possible et qu’il fallait mobiliser tout le génie du peuple pour renverser le monstre de la dictature en vue d’un Zaïre nouveau, pays de toutes les possibilités de vie et de toutes les espérances de bonheur.

Ce nouveau pays à construire, le courage de 13 parlementaires le plaçait sous le signe de la démocratie et du progrès social, deux valeurs dont il est urgent de rallumer la flamme et de retrouver le souffle maintenant, surtout pour les nouvelles générations qui ont la responsabilité d’inventer dès aujourd’hui le Congo de demain.

Une énergie du changement et sa fissure originelle

A cette époque où la démocratie s’est imposée comme valeur essentielle face à la dictature, toute l’attention était concentrée sur son caractère de souffle politique. On y voyait surtout une dynamique d’implication du peuple dans un nouveau parti politique capable  d’affronter le Monstre au pouvoir dans le Zaïre d’antan. Ce qui était  important, c’était de comprendre qu’un peuple organisé en force politique pouvait ébranler le pouvoir de ce monstre, libérer les énergies de la parole populaire, permettre aux citoyens de créer des dynamiques d’engagement  politique pour construire une nouvelle destinée à leur nation, dans l’espoir que des élections honnêtes et transparentes pouvaient garantir des possibilités d’alternance à la direction du pays.

Le combat des 13 parlementaires fut essentiellement consacré à la confrontation politique sans violence avec le système de dictature mobutiste, en ayant en point de mire l’accession aux rênes du pouvoir d’Etat. Le peuple fut mobilisé autour de cette visée, avec l’UDPS comme fer de lance et grand levier du combat.

A ces heures de confrontation entre l’UDPS et le système du Mouvement populaire de la Révolution, Parti-Etat, l’action de terrain pour terrasser le Moloch mobutiste avait pris le pas sur l’exigence d’une réflexion globale et profonde sur les implications du choix de la démocratie pour un peuple. Ce déficit d’une réflexion permanente sur cette dynamique démocratique fit que toute l’action de contestation et de remise en question du mobutisme s’inscrivit dans l’orbe du mobutisme, avec la même tentation de tout concentrer sur un homme providentiel au point d’en faire d’année en année une espèce de Messie dont la parole était devenue un oracle.

Dans cette vision messianique de la démocratie où le peuple n’eut pas le temps de réfléchir sur ce qu’il voulait vraiment, la culture des mots d’ordre politiques prit la place de l’impératif  d’engager l’esprit des populations dans la vision d’une véritable société de démocratie. L’essentiel était de chasser Mobutu du pouvoir. Tout fut organisé selon cette perspective. Le parti qui devait être l’instrument d’engagement pour une nouvelle société se réduisit à un espace de militantisme politico-politicien, sans de solides structures institutionnelles d’animation des esprits pour une culture démocratique ni une instance d’autocritique en permanence qui veille qu’à tout moment le soleil de la démocratie ne s’éteigne pas dans ses exigences du respect de la volonté populaire. On en vint vite à la culture de l’homme providentiel et à l’adulation de son charisme personnel, avec pour conséquence la dislocation progressive de la force d’union qui avait donné aux initiatives des 13 parlementaires leur fécondité politique.

On en vint surtout à oublier que le changement social se fait grâce aux énergies d’un peuple uni autour de grands idéaux. Se perdit aussi l’ambition de construire une forte volonté populaire de changement dans un travail d’éducation démocratique incarnée par des structures de vie et des institutions fécondes qui respectent ce que les populations veulent tant en termes de stratégies qu’en termes de projet de société.

C’est ainsi que les 13 parlementaires furent pris dans le jeu de la politique politicienne, avec ses labyrinthes d’arrière-pensées pouvoiristes, de manipulations du petit peuple par de petits chefs qui entouraient et isolaient en même temps leur vénérable icône, dans un vent ethno-tribaliste primaire, de  trahisons de l’idéal initial par des allégeances au plus offrant en espèces sonnantes et trébuchantes. Par sa puissance, Mobutu redevenait ainsi le maître du jeu politique en divisant les treize parlementaires par des mécanismes machiavéliques de débauchage dont il maîtrisait les arcanes.

Pendant toute son existence, l’UDPS fut confrontée au machiavélisme mobutiste et à ses démons de la division. Ces forces l’éloignèrent toujours plus de la démocratie comme projet de société, comme pratique concrète du changement et comme feu des grandes utopies pour la société et pour les générations futures. Le parti s’enferma dans la politique politicienne qui lui fit oublier ce qui était son invention la plus précieuse. A savoir : le lien intrinsèque entre démocratie et progrès social.

Cette rupture du lien entre démocratie et progrès social fut une grande erreur préjudiciable à la réussite du changement que voulait l’UDPS dans son projet de société.

Pas de démocratie sans progrès social, pas de progrès social sans démocratie

Si l’on considère tout le chemin parcouru par ce parti, on ne peut pas ne pas être frappé par l’absence des réalisations liées aux exigences du progrès social. C’est-à-dire : de la capacité de ses membres à s’organiser pour s’imposer dans la société grâce à des réalisations de projets et des programmes de développement. De même, on ne peut pas ne pas être frappé par l’absence des initiatives qui inscrivent le besoin de libertés démocratiques dans la dynamique globale d’amélioration des conditions de vie concrètes du peuple ainsi que  par le manque d’un élan d’éducation économico-culturel hors de la chienlit du mobutisme et de tout son système.

On peut dire que dans leur lutte, les forces de la liberté dans l’UDPS étaient restées un parti politique au sens traditionnel du terme. Elles n’avaient pas compris  qu’on ne peut combattre un système global que par un autre système globalement organisé pour une nouvelle manière de penser le monde et de rythmer le vivre-ensemble grâce aux actions de transformation des structures matérielles d’existence portées par une forte idéologie de foi dans un autre avenir possible.

Plus exactement, la démocratie politique prônée par l’UDPS sous le signe de la volonté du changement politique n’a pas été une énergétique globale de lutte organisée socialement contre les antivaleurs mobutistes dans un système globale de progrès social dont l’éthique soit le ferment de mobilisation collective. Le progrès social a été le parent pauvre dont les fruits dépendaient de la victoire politique du parti pour accéder au pouvoir d’Etat. On a pensé les réalités en croyant que la démocratie est la condition du progrès social sans voir en même temps que le progrès social est aussi la condition de la démocratie, selon une dialogique profonde dont les éléments soient structurellement unis.  On n’a pas vu qu’il fallait mettre en synergie le combat politique contre la dictature et le combat pratique pour l’émergence des institutions visiblement agissantes dans les domaines autres que la lutte politiques. Notamment : des dynamiques de structuration économico-financière des militants et des dynamiques d’animation culturelle pour changer l’imaginaire du peuple.

Il a ainsi manqué aux militants de la liberté ce qui avait fait la force de Mobutu : une mobilisation des richesses matérielles au profit d’un projet politique et une dynamisation des imaginaires populaires par la culture de « la mobilisation et propagande populaire » (MOPAP). Le mobutisme a duré longtemps encore face aux coups de boutoir de l’UDPS parce que son pouvoir maléfique ne fut pas seulement politique : il fut aussi un combat pour accumuler les richesses au service du mal et pour rendre le peuple bête dans son imaginaire culturel grâce aux structures mentales créées par l’élan de mobilisation politique et de  propagande populaire (les chants, les danses, les slogans vides et les mots d’ordre spécieux). Ce que Mobutu avait mis en branle au service du mal, l’UDPS n’a pas su le faire au service du bien, dans des structures économiques et éducatives forte, sur la base de nouveaux modèles de pensée et d’action forgés par une culture de la rationalité, de l’éthique et de la construction d’un sens nouveau au vivre-ensemble dans la société congolaise.

Même aujourd’hui, l’exigence de lier démocratie comme dynamique globale et progrès social comme exigence concrète dans la construction d’un Congo nouveau politiquement, économiquement et culturellement créatif n’apparaît pas clairement comme centre du nouveau projet politique de transformation du Congo par l’UDPS. Il faut absolument maintenant une dialogique qui unisse ces ferments du changement pour que l’héritage de l’Union pour la Démocratie et le Progrès social fonde un nouveau projet de société et donne aux générations montantes des clés pour une nouvelle destinée.

Refonder et transformer l’UDPS pour une nouvelle destinée congolaise

En effet, faute d’avoir pu gouverner réellement le pays, l’UDPS a au moins représenté au cours de ces dernières décennies une forte dynamique d’espérance qui constitue aujourd’hui l’héritage le plus précieux de l’élan lancé par le choix initial que les 13 parlementaires avaient fait au début des années 1980.

Pour les nouvelles générations, il faut un travail de refondation et de transformation du parti politique UDPS en une grande dynamique nationale qui ne soit pas celle d’un parti politique enfermée dans une orthodoxie historique figée ni dans des allégeances idéologico-doctrinaires à un Messie momifiée en mythe indépassable.

Au lieu de se centrer sur le charisme d’un homme autour duquel la politique deviendrait une activité sacrale de célébration d’une opposition éternelle à l’éternité du système congolais de tyrannie insensée, l’heure est venue d’inscrire l’avenir dans la force de ce qui est en train de se construire et que l’on désigne aujourd’hui par le terme très significatif de« Rassemblement ». Ce terme implique l’émergence pour d’un mouvement global pour le changement global de la société congolaise aux plans économique, culturel et politique. Plus exactement : il s’agit de promouvoir une certaine manière de penser, de vivre, de rêver et de réussir le Congo à partir des utopies de la démocratie et du progrès social comme réalités intrinsèquement liées dont Etienne Tshisekedi a incarné tous les espoirs tout au long de son combat contre l’hydre de la dictature au Congo.

Après ce long combat dont le flambeau doit être repris par les nouvelles générations au soir de la vie du leader de l’UDPS, c’est vers l’avenir qu’il faut se tourner pour inventer de nouvelles stratégies d’action et ouvrir l’horizon de nouveaux rêves du Congo que nous voulons.

Cela veut dire qu’il est impératif d’ouvrir la voie du changement non seulement pour le pays, mais aussi pour les héritiers de ce que les 13 parlementaires ont rêvé pour notre pays. Il s’agit essentiellement des changements suivants :

  • Un changement de perspective théorique pour que les militants politiques deviennent aussi des acteurs économiques, des animateurs culturels et des porteurs d’un nouveau projet éducatif pour une nouvelle société congolaise.
  • Une vision du Congo qui reprenne les éléments de l’héritage de l’UDPS dans l’invention d’un « Rassemblement » qui soit non pas une réduplication de ce que furent les 13 parlementaires, mais une force capable des créer des institutions de développement, même si le « Rassemblement » n’est pas encore au pouvoir.
  • Une démonstration concrète des capacités des Congolais à penser autrement, à être autrement, à vivre autrement, à agir autrement et rêver autrement pour devenir de nouveaux citoyens en rupture avec les schémas mentaux du mobutisme et de son héritage actuel dans la gouvernance globale du Congo aujourd’hui.

Ce que les jeunes d’aujourd’hui doivent réaliser sur la base de l’héritage de l’UDPS en matière de démocratie et de progrès social, c’est de faire émerger un nouvel homme congolais pour une nouvelle société congolaise, avec de nouveaux logiciels mentaux, pour reprendre le mot de Théophile Obenga.

[Kä Mana]

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