jeudi , 27 avril 2017
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RDC : Risque d’un soulèvement populaire

En l’espace de deux jours, la RDC a dessiné le contour de ce qui l’attend dans moins de deux mois lorsque le mandat de Kabila expirera le 20 décembre prochain. À peine le dialogue, format Kabila, Kodjo et Kamerhe, venait de se terminer le mardi 18 octobre dernier, le Rassemblement a démontré sa force de mobilisation et de ralliement à sa cause. Le lendemain, son mot d’ordre de l’opération « Ville morte », lancé sous le signe fort d’un carton jaune en guise de rappel pour son préavis de trois mois, a été largement suivi par le peuple. C’est un indice probant du désaveu des accords signés au Camp Tshatshi. La lecture de ces deux faits induit à tirer trois conclusions. Primo, c’est manifestement à tort qu’on a parlé d’un dialogue inclusif. Secundo, c’est aussi à tort que certaines personnes ne voulaient pas la tenue du dialogue qui vient de s’achever. Tertio, on a gaspillé du temps pouvant servir véritablement à débattre pour voir si un accord consensuel était possible entre deux camps ayant des positions tranchées.

Au-delà de toute machination et de toute partisanerie, la notion d’inclusivité ne pouvait faire l’objet de tiraillement ou d’usage abusif. Elle est bien claire au regard du paysage politique et des forces en présence en RDC. Feindre de l’ignorer ou encore, ne pas tenir compte des préalables pouvant déblayer le chemin pour une concertation sereine était synonyme de mauvaise volonté. On peut bien forcer la machine, mais la réalité sociologique des partis politiques qui ont pignon sur rue est connue. Une zone d’ombre subsiste sur ce point du fait que le pays n’a pas depuis longtemps organisé des élections crédibles. Cela fait que des « roitelets », sans aucune base consistante, se targuent de représenter le peuple. Lorsque les vraies élections auront lieu, une grande partie de ses aventuriers qui croient avoir la légitimité de parler et de décider au nom du peuple congolais, alors qu’ils ne présentent rien, sinon eux-mêmes et leurs membres de famille, disparaîtra de la scène politique. Rappelons par ailleurs que la même erreur de sous-estimation et d’obstruction malveillante à l’égard de l’opposition radicale avait conduit le pays à organiser des concertations nationales bidon. Celles-ci n’engendrèrent point des retombées susceptibles de décrisper la crise issue des élections frauduleuses de 2011, tout cela, par manque de sagesse d’y associer tous ceux qui ont un certain poids politique.

Le diktat de l’autre fois n’avait pas marché. Il ne marchera pas non plus cette fois-ci. Par contre, l’avantage de ce dialogue aura été de déterminer finalement les vrais protagonistes du changement et ceux qui se cachaient sous des masques fluorescents d’une pseudo-opposition. Il fallait donc, à défaut d’autres solutions viables, laisser le jeu se poursuivre pour décrypter les intentions loufoques, quoique connues d’avance, mais que l’on continuait à camoufler sous différentes manœuvres. Le jeu de cache-cache ou encore celui du chat et de la souris devait se terminer. Il fallait mettre toutes les cartes sur la table afin de donner à ceux qui prospectaient une autre façon de résoudre la crise politique l’occasion d’agir en conséquence ou de subir le destin qui se profilait devant eux.

La perte du temps précieux est à déplorer également. Pourquoi aller au dialogue pour y sortir les mains bredouilles ? Qu’on se le dise, l’enjeu du dialogue n’était pas la primature à concéder à l’opposition. C’était plutôt la passation pacifique du pouvoir sur base du principe de l’alternance politique et donc, ipso facto, sanctionner le départ inconditionnel de Kabila. Or, on savait très bien que les membres de la MP ont un seul credo : c’est Kabila ou rien. Autrement dit, c’est Kabila, de gré ou de force. Ainsi, sans grande surprise, la frange de l’opposition qui disait pourtant s’en tenir au respect de la constitution a cautionné, tambour battant, le glissement en violation flagrante de la Charte constitutionnelle. Ce choix délibéré qui a occasionné inutilement la perte du temps ne passera pas sans conséquence auprès du peuple congolais.

Il est permis de penser qu’entre les deux façons contradictoires de lire et d’interpréter les articles clés de la constitution qui sont objets du litige, le peuple s’intercalera et dira son mot. Car, cette fois-ci, les gens sont prêts à en découdre avec cette supercherie. Logiquement, Il faudra s’attendre à ce qu’il puisse y avoir des manifestations, par ailleurs garanties par la constitution, avec le risque qu’elles débordent et deviennent incontrôlées. Objectivement, ceux qui ont sabordé la volonté populaire en assumeront les responsabilités. Le rapport des forces est, à ce point, visiblement engagé. Le camp Kabila a les militaires et les canons en nombre limité. Le camp du Rassemblement a la population de son côté et peut également compter sur l’opinion internationale pacifiste qui est une quantité non négligeable. La population ne se laissera pas faire et les pacifistes de tous les bords n’accepteront pas qu’on décime tout une population au nom des intérêts sacro-saints des grands lobbies financiers.

La mise en jeu est colossale : ça sera le triomphe de la volonté populaire, prête à se sacrifier pour avoir finalement gain de cause, pour jouir de la liberté qui lui est confisquée sur tous les plans, à commencer par la liberté démocratique, la liberté de parole, la liberté de manifester et tutti quanti. Dans tous les cas de figure, que le peuple congolais ne se fasse pas d’illusion en pensant que c’est à travers un accord politique qu’il trouvera son salut. Une autre assise (dialogue) serait utile, si et seulement si le camp de la MP accepte de lâcher Kabila qui constitue véritablement le point d’achoppement. La tenue d’élections le plus vite possible, en 2017 ou en 2018, n’est pas le problème de l’heure. Autant, sur l’autre versant, la question de la candidature probable de Kabila aux prochaines échéances électorales ne doit être à l’ordre du jour, étant proscrit par l’article 220 de la constitution. Impérativement, il doit tout simplement partir et la transition devra se faire avec une autre personne pour marquer justement l’alternance et la continuité de l’État.

Les dialogueurs du camp Tshatshi, toutes tendances confondues, ont montré leur limite, leur mauvaise foi et leur voracité gloutonne à ne s’occuper que d’eux-mêmes au détriment des intérêts de la nation. Ils ne peuvent écouter un autre langage sinon celui de la rue. C’est à cette dernière de se déterminer par des actions de longue haleine, étudiées ou improvisées, qui finiront, à un moment donné, à faire comprendre aux autres que le moment d’abandonner le gouvernail a sonné et qu’ils n’ont pas d’autres choix que de déguerpir et laisser le peuple mettre en place une autre équipe qui remettra le pays sur de bons rails.

[Mwamba Tshibangu]

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