jeudi , 23 février 2017
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RDC, pays le plus pauvre et le moins développé du monde

Situation économique et sociale catastrophique, pauvreté extrême, corruption endémique, insécurité généralisée : la République démocratique du Congo (RDC) est aujourd’hui l’exemple typique de la mauvaise gouvernance économique et politique d’un pays. En dépit de ses immenses ressources naturelles et humaines, elle a aujourd’hui le produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus bas du monde et est classée 228e sur 228 pays selon le classement effectué par Indexmundi et Wikipédia qui s’appuient sur les statistiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. En d’autres termes, la RDC est le pays le plus pauvre et le moins développé du monde.

L’état des lieux révèle des insuffisances à tous les niveaux

Depuis l’accession à l’indépendance, la RD Congo a vécu de longues années d’instabilité politique permanente, de mauvaise gouvernance et de stagnation économique. De quoi expliquer ce classement.

La République démocratique du Congo a besoin d’une nouvelle vision pour sortir du sous-développement. Objectif : placer la RD Congo sur la voie d’un développement économique et social durable qui profite à tous ses citoyens. La situation économique et sociale qui résulte de la gouvernance du pays depuis 1960 à ce jour est catastrophique. Le taux de chômage avoisine 80 % de la population active, et le pays, surendetté, est incapable de faire face à ses obligations nationales et internationales. Il est d’ailleurs classé en dernière position de l’Indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement.

Pauvreté

La pauvreté extrême est assise sur 24 000 milliards de dollars de ressources naturelles. Avec un PIB par habitant de 394 dollars US en 2016, la RDC est le pays le plus pauvre du monde, avec plus des deux tiers de la population en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour. Le pays ne peut pas assurer une bonne scolarisation ni une couverture sanitaire adéquate à sa population. Seulement 10 % de la population ont accès à l’eau potable et à l’électricité, et ce, essentiellement dans les milieux urbains. La majorité de la population vivant dans les milieux ruraux est abandonnée à son triste sort. Les infrastructures de base (routes, ports, aéroports, chemins de fer, hôpitaux, écoles, et marchés publics) sont très peu développées.

Insécurité

L’insécurité est ressentie sur l’ensemble du territoire national. Les libertés individuelles sont bafouées et les droits humains ne sont pas respectés. Il n’existe ni une justice indépendante ni une administration publique fonctionnelle. La démocratie n’existe que de façade. Les conditions préalables au développement durable ne sont pas réunies alors que ce pays de 79,4 millions d’habitants regorge d’importantes ressources naturelles : 1 100 minerais et métaux précieux différents d’une valeur estimée à 24 000 milliards de dollars ; 120 millions d’hectares de terres arables ; 135 millions d’hectares de forêts ; 100 000 mégawatts de potentiel d’énergie hydroélectrique, de sources diverses d’énergie renouvelable (solaire, biomasse, géothermie, charbon, nucléaire, et gaz méthane) et de ressources énormes de pêche et d’élevage.

Corruption

La corruption est endémique et même banalisée dans toutes les sphères de la vie nationale. Transparency International classe la RDC parmi les pays les plus corrompus de la planète. Le Panel des experts africains dirigé par Thabo Mbeki estime que 85 % des ressources naturelles de la RDC n’entrent pas dans le budget national, mais plutôt dans des poches de particuliers. Le budget annuel entre 8 et 9 milliards de dollars n’est donc qu’une petite fraction de ce qu’il aurait pu être dans un environnement sans corruption.

Monnaie

La monnaie nationale n’existe que de nom et est totalement supplantée par la dollarisation qui représente 95 % de l’économie nationale. La dollarisation coûte cher au pays en termes de revenus de seigneuriage et empêche la conception et la mise en œuvre d’une politique monétaire crédible. La Banque centrale soumise a perdu sa raison d’être et laisse se développer un système financier extraverti sans impact sur l’économie nationale.

La nécessité d’une nouvelle vision du développement

Il est très important que la population congolaise et les futurs dirigeants prennent conscience de la gravité de l’échec du modèle de développement suivi jusqu’à ce jour. Aussi, il me semble qu’un « plan Marshall pour la RDC » échelonné sur 15 ans pourrait aider à sortir de l’ornière. Loin de moi les réformes cosmétiques habituelles qui laissent les problèmes intacts et font l’éloge d’une croissance économique sans impact réel sur le vécu quotidien de la population. Ma proposition vise à transformer fondamentalement la société afin de créer des opportunités pour que toute la population congolaise sans exclusion puisse elle-même se prendre en charge définitivement.

Un « plan Marshall pour la RDC »…

Il s’articule autour de huit piliers :

(1) promouvoir la paix, la sécurité, l’État de droit et la démocratie ;

(2) investir dans les ressources humaines en mettant l’accent sur l’éducation, la santé et l’autosuffisance alimentaire ;

(3) promouvoir l’émergence de la finance nationale ;

(4) promouvoir l’émergence d’un secteur privé national responsable ;

(5) favoriser la réalisation de grands travaux d’infrastructures à haute intensité de main-d’œuvre ;

(6) favoriser et accélérer l’industrialisation du pays par la transformation locale des minerais, la mécanisation de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, la mise en valeur planifiée et ordonnée des forêts, et l’éclosion du secteur tertiaire, y inclus le tourisme ;

(7) créer des synergies entre le marché intérieur et l’intégration régionale ;

(8) mobiliser les ressources humaines et financières pour mettre en œuvre les différents piliers du plan.

… d’un coût de 800 milliards de dollars sur 15 ans

La stratégie doit reposer sur le secteur privé comme principal moteur de la croissance. Elle devrait également s’appuyer sur un libéralisme à visage humain avec une dose raisonnable d’interventionnisme étatique. Le pays pourrait ainsi mobiliser les Congolais de l’intérieur et de la diaspora pour la mise en œuvre de cette vision de développement avec une forte implication des nationaux. Il fera appel à l’expertise internationale quand cela sera nécessaire.

Il est important de noter que le coût total pour la mise en œuvre de ce « plan Marshall » est de 800 milliards dollars US sur 15 ans. Ce montant très important pourra être mobilisé sur une combinaison des ressources intérieures, des contributions des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ainsi que du secteur privé sous forme d’investissements directs étrangers.

Pour la réussite de la mobilisation de ressources financières, plusieurs facteurs vont compter : un leadership politique qui doit être crédible et à la hauteur des ambitions de développement du pays, une bonne gouvernance pour s’assurer que les ressources publiques sont utilisées de façon efficiente, des politiques économiques et sociales saines, une lutte sans merci contre la corruption, des institutions stables, et enfin la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national.

Aux grands maux, les grands remèdes

Les Congolais ne peuvent pas sortir de la pauvreté extrême et du sous-développement par le biais des discours et des querelles politiciennes. L’ampleur des problèmes et des défis à relever est telle qu’il faut une certaine expertise, de la méthode et de la détermination pour concevoir et mettre en œuvre une véritable vision de développement de ce pays continent. Les Congolais doivent comprendre que personne ne viendra concevoir une vision de développement pour eux. Tant qu’ils n’ont pas compris cela, la RDC continuera à accumuler du retard de développement et sa population continuera à vivre dans la pauvreté en dépit des immenses ressources naturelles dont le pays dispose.

Une approche ambitieuse mais réalisable

Ma vision de développement de mon pays est certes ambitieuse, mais réalisable dans un environnement national démocratique nouveau impulsé par « La Force du Changement » qui doit animer chacun de nous. Si nous éradiquons la corruption, l’impunité et toutes sortes d’antivaleurs, si nous mettons en place un État de droit fonctionnel et améliorons la gouvernance sous un leadership visionnaire, compétent, responsable et intègre, l’État aura des moyens suffisants pour se doter d’un budget annuel d’au moins 72 milliards de dollars à la hauteur de l’immensité du pays pour implémenter cette vision de développement qui devrait permettre d’atteindre le plein-emploi et faire passer le PIB par habitant actuellement de 394 dollars US à 15 000 dollars US dans 15 ans.

Les réformes cosmétiques de court terme ne sont pas suffisantes pour changer le destin de notre pays, la RD Congo. Toutes les actions doivent s’inscrire dans cette vision de développement à long terme qu’est ce plan Marshall pour la RDC.

J’invite mes compatriotes à s’approprier cette vision de développement qui nous permettra de sortir du sous-développement, de créer des emplois pour un plus grand nombre, d’éradiquer la pauvreté, de faire entrer le pays dans le groupe des pays à revenus intermédiaires, et de redonner la dignité à  notre peuple.

Noël K. Tshiani Muadiamvita, Docteur en sciences économiques, haut fonctionnaire international et auteur du livre : La Force du Changement.

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