jeudi , 23 février 2017
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Les quatre oublis du professeur MBOKOLO : Amnésie ou déni de parole ?

Tout en rappelant au Professeur qu’aucune tentative de falsification de l’histoire ou de surenchère médiatique du  Coup d’État constitutionnel concocté au camp Tshatshi ne peut venir à bout de la détermination de notre peuple à se libérer de la dictature que veut rééditer la majorité présidentielle dans notre pays, je tiens à lui rafraîchir la mémoire car nul congolais digne de ce nom, ne peut ne pas s’offusquer face au mépris total dont Monsieur M’bokolo vient de faire preuve à l’égard de notre peuple et du combat que nous menons jour et nuit au prix de nos vies et de notre liberté. Qui aime bien châtie bien, dit-on.…

J’ai lu, sous la belle plume de Colette Breackman un article intitulé « Elykia M’Bokolo: le dialogue représentait les deux tiers de la classe politique » , paru le 20 octobre dernier dans la  rubrique intitulée «les carnets de Colette» (http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2016/10/20/elykia-mbokolo-le-dialogue-representait-les-deux-tiers-de-la-classe-politique/).

Je dois, d’entrée de jeu, avouer nourrir une estime particulière mêlée d’une dose de sympathie à l’endroit de cet historien de renom. Cependant,  un proverbe africain dit qu’«aussi longtemps que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les récits tourneront toujours en faveur des chasseurs». La sagesse de ce proverbe est transposable dans la situation des peuples opprimés. Voilà pourquoi, je ne saurai  caresser dans le sens du poil un historien qui oriente sa lecture des faits présents et immédiats à l’avantage de ceux qui oppriment notre peuple.

Tout en rappelant au Professeur qu’aucune tentative de falsification de l’histoire ou de surenchère médiatique du  Coup d’État constitutionnel concocté au camp Tshatshi ne peut venir à bout de la détermination de notre peuple à se libérer de la dictature que veut rééditer la majorité présidentielle dans notre pays, je tiens à lui rafraîchir la mémoire car nul congolais digne de ce nom, ne peut ne pas s’offusquer face au mépris total dont Monsieur M’bokolo vient de faire preuve à l’égard de notre peuple et du combat que nous menons jour et nuit au prix de nos vies et de notre liberté. Qui aime bien châtie bien, dit-on.…

PREMIER OUBLI: LE DIALOGUE  N’ETAIT NI UN PARLEMENT NI UNE  CONSTITUANTE

Le Professeur affirme avoir été frappé par la variété des participants car, selon lui, se sont retrouvés des représentants de partis politiques, mais aussi des églises et des musulmans congolais (sic).

Helas, conscient du peu de fiabilité de cette affirmation, il n’en tire directement aucune conclusion et n’en déduit rien. Mais le non-dit et le sous-entendu de ses mots sont trop frappants : «Toutes les couches de la société congolaise y ont été representées.» Voilà ce qu’il veut affirmer en même temps qu’il essaie de minimiser le poids du Rassemblement de l’opposition et des mouvements citoyens. La pente dangereuse qu’il veut emprunter dans le contexte qui est le nôtre est glissante. Le seul fait de voir aux resultats de ce forum l’expression d’une majorité quelconque est pervers en soi. Car de là  à nous faire glisser sur des phrases de type  « les participants au dialogue représentent tout le Congo: et si on les laissait changer la constitution?» il n’ya qu’un pas. Un pas qu’Elikya Mbokolo n’hesite pas un seul instant à franchir  lorsqu’il affirme subtilement –-Dieu seul sait sur base de quelles statistiques – que les participants au dialogue constituent les deux tiers de la classe politique congolaise.

Tel Diogène, je suis tenté de prendre ma lampe et de me mettre à chercher la représentativité dans ce dialogue… Que vois-je? Une poignée de congolais en quête de positionnement politique. J’y vois des fils prodigues de la majorité au pouvoir et certains co-sociétaires d’Evariste Boshab déguisés sous les masques d’une certaine société civile. Mais de quelle classe  politique et de quelle société civile parle le Professeur?

Si le Professeur,  dans sa tentative de légitimation du dialogue  s’obstine  à nous faire avaler l’idée selon laquelle le dialogue représente les deux tiers de la classe politique, je lui suggère une  des multiples    tribunes de l’ancien Premier Ministre Muzito  sur le poids réel de nos partis ( http://www.lepotentielonline.com/index.php?option=com_content&view=article&id=13196:8eme-tribune-d-adolphe-muzito-la-rdc-un-pays-dirige-par-des-majorites-factices&catid=85&Itemid=472) car que vaut une classe politique sinon son assise populaire? Mais quelle que  soit l’opinion qu’il voudra bien s’en faire, il est evident  qu’aucun forum, aussi reresentatif soit-il, ne peut se subtituer au peuple congolais ni faire obstruction à la constitution, fruit d’un consensus plus large ayant mis fin à la longue crise de légitimité qui a meurtri notre peuple.

DEUXIÈME OUBLI: LA PRIORITE DU DIALOGUE DEVAIT ETRE L’ORGANISATION DES ÉLECTIONS

Le Gouvernement issu du dialogue,  a affirmé Elikya, devra donner priorité absolue au social, les entreprises d’Etat doivent engager du personnel. (lisez bien : priorité absolue.)

Et la formule dissimulée est subtilement lachée: « Kabila, Wumela» (Kabila, demeure) et poursuis tes actions sociales. Les élections peuvent attendre, selon Elikya. Et nous qui croyions que la priorité absolue  de ce dialogue devait être accordée aux élections tel que le stipule la  résolution 2277?

A l’aube de l’année 2016 en cours, le professeur Elikya ne croyait pas au dialogue qu’il estimait vide car dépourvu de contenu.

«Or aujourd’hui, disait-il encore à Patient LIGODI , Editeur du site Actualité.cd, au début de l’année , on appelle tout le monde au dialogue, mais on ne dit pas le dialogue pour quoi ? On dit le dialogue sur le processus électoral, oui mais cela ne veut rien dire. Est-ce qu’on prolonge pour donner le délai à la CENI ? Quelles sont les questions qu’on veut résoudre dans ce délai pour qu’on sache si c’est six mois, un an, deux ans et on met ou pas d’accord sur le fait que ce délai peut être prolongé ou pas. Il faut que cela soit clair.

(En savoir plus sur https://actualite.cd/2016/10/12/elikya-mbokolo-prevenait-deja-attention-peuple-a-conscience-quon-se-moque-de-lui/#Kh2aeaWXFqThpteY.99).

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui dans la logique de pensée du Professuer M’bokolo pour qu’aujourd’hui il soit persuadé que le dialogue avait pour priorité absolue le social et non les élections?

TROISIÈME OUBLI : UN GOUVERNEMENT INTERIMAIRE NE POSE PAS DES ACTES SUBSTANTIELS

Pour contourner le concept   «transition», le professeur M’Bokolo affirme, dans une subtile danse des mots, que les nuances sémantiques sont importantes: « nous avons refusé le terme « période de transition » au profit de « période intérimaire ». Le Premier Ministre qui sera issu de l’accord politique sera un premier ministre interimaire.

Supposons que le  Professeur dise vrai: alors, sur base de quoi le premier ministre «intérimaire» presentera-t-il un programme devant le parlement étant donné qu’aucun interimaire n’engage  sa responsabilité politique devant une chambre dont il n’est pas l’émanation? En droit, un intérimaire se contente d’expedier les affaires courantes sans prendre de decision substancielle.   Le financement des élections et l’élaboration des plan d’action politiques y afférents ne sont-ils  pas un domaine de souveraineté (le gouvernement brandit souvent cet argument) qui ne peut  être  géré que par des autorités ayant le plein pouvoir et non des intérimaires sans mandat substantiel? Hormis le seul interim exercé par le president du senat qui est contraint d’organiser les élections de son successeur dans un délai précis conformément à la Constitution, d’autres intérimaires sont dépourvus de  tout pouvoir décisionnel de fond.

QUATRIEME OUBLI: LE DIALOGUE N’A PAS POUR VOCATION DE CREER UNE NOUVELLE MAJORITÉ

En effet, a renchéri Elikya M’bokolo, il n’y a pas de vide constitutionnel, le président reste en place mais le futur Premier Ministre, issu de l’opposition, devra s’appuyer sur une nouvelle majorité, issue du dialogue et beaucoup plus variée que la composition actuelle du gouvernement. »

Dans notre régime politique une majorité ne peut en aucune manière se dégager du simple accord politique issu d’un dialogue! C’est ceque le Professeur Elikya ignore ou refuse d’admettre. La majorité parlementaire, à défaut du résultat des élections législatives, s’obtient par la voie des  coalitions politiques précédant la designation du formateur du gouvernement qui doit être l’émanation du parlement.

Si un premier ministre est issu de l’opposition, on est dans un système de cohabitation qui ne fond pas forcément l’opposition dans la majorité.

A moins que le Professeur ne souhaite rapidement voir se constituer une nouvelle majorité en vue de parachever le coup d’État constitutionnel déclenché à la cité de l’OUA.

Lorsque le Professeur dit : Par ailleurs, la préparation de trois élections en même temps (présidentielle, législatives, provinciales) s’annonce très difficile à mener, on voit bien qu’il n’y croit pas. Doit-on déduire, dans ce cas, que le Professeur M’bokolo croit dur comme fer à un changement de constitution par une «nouvelle majorité illégitime et artificielle» à la quelle il a tendance à accorder une place supra-parlementaire et extra-institutionnelle?

AMNESIE OU DENI DE PAROLE?

A la lecture de l’interview du Professeur Elikya, l’on ne manque pas de remarquer qu’ormis l’éloge du dialogue du camp Tshatshi et les critiques acerbes émises contre les opposants Katumbi et Tshisekedi ainsi que contre l’église catholique , rien n’a été dit ni sur l’arternance, ni sur le respect de notre constitution, encore moins sur les violations répétées des Droits de l’homme et des libertés publiques.

Depuis janvier 2015 pourtant, le peuple congolais s’est illustré par des actions courageuses et héroïques  en faveur de la préservation de l’ordre constitutionnel et de la fin du second et dernier mandat du Président Kabila. A moins d’avoir déjà vendu sa science au plus offrant en échange d’un poste au sein du prochain gouvernement   qui compte germer sur le sang souillé des martyrs de la démocratie tombés sur les rues de Kinshasa, un historien de sa trempe devait mentionner cette lutte collective et dire en quoi ses révendications légitimes seront servies par ce dialogue. Amnésie, quand tu nous tiens!

Le Professeur M’bokolo, au cours d’une interview accordée à Patient LIGODI en mars 2016 affirmait encore «Dès lors que les questions étant mal posées (sic), les gens ne comprenant pas, ils auront l’impression qu’on les roule dans la farine. Et un peuple qui a cette conscience qu’on se moque de lui, on ne sait pas ce qu’il est capable de faire. »

(En savoir plus sur https://actualite.cd/2016/10/12/elikya-mbokolo-prevenait-deja-attention-peuple-a-conscience-quon-se-moque-de-lui/#Kh2aeaWXFqThpteY.99)

Le peuple congolais n’est pas dupe. Si nul ne sait encore exactement ce que le peuple peut faire, nous savons au moins qu’il saura se rappeler en temps opportun lesquels des fils du Congo se sont rangés du côté de la nation tandis que d’autres collaboraient avec le régime du mal.

L’histoire  se souviendra…

Kinshasa, 24 octobre 2016,

Godefroy MWANABWATO

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