jeudi , 27 avril 2017
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RDC : Dialogue, un accord à côté de la plaque

Il faut dire non à ce que le dialogue de la cité de l’UA vient de proposer comme voie de sortie de crise dans notre pays. Il faut dire fermement non. Par devoir de vérité. Par devoir de responsabilité citoyenne. Et par foi en l’avenir de notre nation.

Au lieu d’être une solution à la situation de désespérance globale dans laquelle notre pays est plongée à cause de l’inintelligence de notre classe politique dans ensemble, la nouvelle transition congolaise dont ont accouché les participants au dialogue de la cité de l’UA complique le problème du Congo plus qu’elle ne le résout.

Il a abouti à un accord qui est complètement à côté de la plaque et ce ratage de cible exige que toutes les forces vives de la nation commencent dès maintenant à réfléchir sur la voie à tracer pour que la RDC comble les vraies attentes de nos populations et assume ses responsabilités dans l’invention d’un futur digne d’une terre comme la nôtre.

Ratage de cible

Au cœur des résultats du dialogue de la cité de l’OUA, trois dispositions fondamentales attirent l’attention et sont présentées comme un déverrouillage de ce qui posait problème.

Il est décidé qu’un délai d’un an et demi est accordé à la CENI pour préparer et organiser les élections dans des conditions globalement acceptables, conformément aux standards internationaux d’une vie démocratique crédible.

Il est stipulé aussi que le Chef de l’Etat reste en place pendant cette période transitoire pour assumer ses fonctions et conduire la République jusqu’à ce qu’il transmette le pouvoir à son successeur démocratiquement élu.

Il est enfin stipulé qu’un gouvernement d’union nationale soit mis en place avec à sa tête un Premier ministre de l’opposition.

Une simple analyse de ces dispositions ne peut pas ne pas voir que le problème qui le dialogue de la cité de l’UA a cherché à résoudre concerne les mécanismes de la politique politicienne à la congolaise où le plus important est de le rôle du chef de l’Etat, la place du Premier ministre et la distribution des postes au sein d’un gouvernement d’union nationale. Dans cette configuration, la CENI n’aurait qu’un rôle d’appendice que l’on peut manipuler à dessein, tout comme on manipule déjà le Conseil constitutionnel et chacun de ses membres. Le fait que le Sénat et le Parlement n’aient pas eu une place de choix dans l’organisation et la gestion du dialogue montre à quel point ils sont hors jeu dans la recherche de la solution au  problème que les délégués de la cité de l’UA ont été conviés à résoudre. Quant au peuple congolais, pourtant fondamental dans l’organisation des élections, personne n’a songé à l’écouter, à le consulter et à lui donner la parole. Pendant qu’on discute de son avenir, le souverain premier est complètement mis à l’écart.

Dans un tel contexte, le dialogue de la cité de l’UA n’a été qu’un mensonge et une manipulation institutionnels dont il difficile de dire qu’il n’est autre chose  qu’un jeu politico-politicien dont on doit regretter qu’il est fait dépensé inutilement l’argent du contribuable congolais. Il aurait fallu recourir à la technique traditionnelle d’un coup d’Etat militaire au lieu de faire la même chose en donnant à croire au peuple congolais et au monde entier qu’on travaille selon les lois de la démocratie. Sans doute parce que l’air du temps n’est plus au coup d’Etat traditionnel, le dialogue a inventé ce que l’humoriste Mamane de RFI appelle un mandat présidentiel hors Constitution.

A bien regarder la réalité, ce mandat hors Constitution pose problème : que fera le président de la République pendant la période d’un an et demi où la CENI est censée préparer l’organisation des élections ? Il sait qu’en dehors du dialogue inclusif qu’il avait lui-même convoqué et qu’il n’a pas pu organiser, sa légitimité démocratique est bancale. Il ne peut pas ignorer qu’il gouverne par défi et qu’une vaste partie du peuple congolais n’a pas foi en un pouvoir qui le défie et qui ne peut manifestement pas s’engager en un an et demi dans les grands travaux de cinq chantiers et de révolution de la modernité dont il n’a pas su conduire le processus de réalisations concrètement visibles sur l’ensemble du territoire national. Il sait surtout que la seule puissance dont il dispose est celle des armes et de l’achat des élites qui l’honorent de lèvres pour sauvegarder leurs intérêts dans un système où les populations ne trouvent pas leur compte.

Il lui faudra alors un système sécuritaire fort, et pas une démocratie en laquelle il ne croit pas. Il lui faudra aussi s’entourer de faucons de son camp pour tout contrôler et renverser la vapeur de la transition en sa faveur pour un nouveau mandat présidentiel. Il aura ainsi usé du mensonge et de la manipulation politicienne au dialogue pour conserver un pouvoir vide de sens aux yeux du peuple et du pays. Le seul sens de son pouvoir, c’est celui que lui-même lui donnera dans un contexte de défi : le pouvoir d’écraser son peuple, le pouvoir d’humilier ses compatriotes, le pouvoir de terroriser l’opposition, le pouvoir de mépriser son entourage et de n’écouter que les possibilités d’amasser infiniment des trésors pour se faire admirer dans le monde en bombant le torse en tant que Chef d’Etat d’un pays dont on ne fait rien de grand en matière de développement et d’émergence.

En même temps, le Premier ministre de l’opposition ne sera qu’une petite marionnette dont personne ne verra ni la présence politique réelle ni l’impact de l’action sur le pays. Comme il sera venu aux affaires sous le coup d’un immense bluff politique et qu’il sait fort bien que le Chef de l’Etat ne lui fait pas confiance, il ne pourra ni contrôler le gouvernement ni gérer l’Etat. Il brisera l’élan que son prédécesseur dans la fonction avait lancé avec foi en l’avenir et il nous fera perdre un an et demi à poiroter dans une fonction sans substance : un Premier ministre d’opérette.

Sans doute gagnera-t-il beaucoup d’argent et bénéficiera-t-il d’énormes avantages de la fonction, mais il aura perdu son âme aux yeux de son propre peuple. Il lui restera peut-être la possibilité d’être le caniche du Président de la République  dont il acceptera d’être le garçon de courses et l’agent de la préparation du triomphe d’un prochain mandat perpétuel auquel le Chef aspire manifestement.

Il aura beau gonfler dans une phraséologie politicienne pour exister un peu, personne ne sera pourtant dupe d’un jeu futile pour lequel il ne récoltera que mépris et sourire amusé. Que lui servira-t-il d’avoir gagné le petit univers d’un monde politicien congolais si c’est pour y perdre son âme ?

Quant aux membres des institutions qui font fonctionner le système dont le dialogue de la Cité de l’UA a cautionné la manœuvre, ils savent qu’ils n’ont plus aucune crédibilité dans un pays dont le rêve est aujourd’hui d’avoir des hommes politiques qui respectent la parole donnée, qui travaillent pour le bonheur de leurs citoyens, qui s’engagent à élever la nation au niveau d’un Etat de droit et d’une démocratie paisible.

S’ils acceptent de s’aligner sur les conclusions d’un dialogue qui n’a même pas daigné les considérer comme des structures dont la parole et la vision comptent pour l’avenir, ils ne sont plus des hommes d’avenir, à moins que cet avenir soit celui de la perpétuation du Congo actuel dont l’image dans le monde est un cauchemar pour toute personne de bon sens qui aime son pays et croit en lui.

Voie d’avenir

Il reste maintenant une possibilité qu’il convient au pays de saisir : dire non à la grande farce de la cité de l’UA et lancer une nouvelle  dynamique du dialogue congolais inclusif. Un dialogue qui cherche vraiment la voie pour sauver notre pays du destin sombre vers lequel il s’achemine en laissant les politiciens jouer le jeu dangereux qu’ils ont joué avec le dialogue qui vient de s’achever sous la houlette d’Edem Kodjo dont le nom devrait être oublié dans la recherche des solutions à venir.

Cette fois, il faut écouter le peuple congolais : ses soupirs, ses cris, et ses gémissements qui risquent de devenir vociférations et explosions de colère pour affronter la mort et la vaincre, au nom de la liberté, au nom de la dignité, au nom de la grandeur.

Cette fois, il faut refuser de laisser les politiciens seuls décider du sort de la nation. Il faut que toutes les forces vivent soient mobilisées pour que le génie congolais et l’intelligence de toute la nation accouchent d’un avenir heureux.

Cette fois, il faut que nous travaillions à construire des institutions qui puissent être de contre-pouvoirs réels dont la force dissuade toute velléité du pouvoir éternel entre les mains d’un homme ou d’un système.

Cette fois, il nous faut bâtir une démocratie du bonheur partagé aux yeux du monde, pour que le Congo soit respecté partout sur notre planète.

[Kä Mana, Professeur des universités]

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