jeudi , 23 février 2017
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Dévaluation du franc congolais : Flambée des prix sur le marché

Les Kinois ont désormais du mal à gérer leur panier de la ménagère. Pour cause, la dépréciation progressive de la monnaie nationale face au dollar américain a provoqué, depuis le mois de septembre dernier, une hausse sans cesse croissante des prix sur le marché. Dès lors, les marchands des produits de première nécessité, confrontés à l’instabilité du taux de change face aux grossistes intransigeants, se livrent à la spéculation, voire à la surenchère… au grand désarroi du consommateur lambda.

Depuis le mois de septembre dernier, le franc congolais connaît une dépréciation sensible face à la devise américaine. Le taux de change est de plus en plus instable. En quelques jours, le dollar américain, qui se négociait à 920 franc congolais durant une longue période, est passé à 1150 Fc, avant de grimper à 1180 Fc voire 1200 FC.

Cette instabilité au niveau du marché de change a, bien entendu, entrainé une majoration sensible des prix de certaines denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité. Selon certains observateurs, la proportion de la hausse des tarifs est de l’ordre de 5% à 75%, selon des vendeurs.

LA FAUTE AU ’’ROI DOLLAR’’

La plupart des commerçants interrogés attribuent cette hausse des prix à la dévaluation du franc congolais vis-à-vis du dollar américain. Ils fustigent le fait qu’ils sont contraints d’acheter des marchandises en monnaie étrangère auprès des grossistes. « Nous sommes tout le temps obligés de convertir les franc congolais en dollar avant d’acheter nos marchandises. Ce qui nous amène à davantage des dépenses », lâchent-ils.

Pour les revendeurs, cette flambée est relative aux prix fantaisistes que brandissent les grossistes à qui ils recourent pour s’approvisionner. Ils affirment n’avoir d’autres choix que de hausser les tarifs pour pouvoir faire face aux coûts des marchandises que leur livrent les fournisseurs. Ces vendeurs fixent, dès lors, les prix à leur gré. Ce qui donne place à une forte spéculation au sein des marchés de Kinshasa.

LES ACHATS SE FONT RARES

Face à cette surchauffe des prix dans les lieux de négoce de Kinshasa, les acheteurs se font rares et donnent ainsi du fil à retordre aux commerçants des produits vivriers, qui ne savent plus écouler facilement leurs marchandises. Pas étonnant dès lors de constater un faible engouement des clients devant les étalages, comme on l’a observé hier au pavillon V, ainsi qu’au marché Bitula, un espace de vente au rabais des produits vivriers au sein du Grand marché de Kinshasa.

Sur les différents marchés de Kinshasa, cette surchauffe des prix inquiète plus d’une personne. Si les consommateurs sont les premiers à décrier cette situation qui perturbe leur panier de la ménagère, les marchands sont loin de trouver leur compte dans cet environnement plein d’incertitudes.

LES ETALAGES DU MARCHE CENTRAL DESERTES

Abordés hier jeudi 13 octobre dernier en plein Marché central de Kinshasa, quelques vendeurs ont avoué qu’ils préféraient carrément sécher leurs étagères, plutôt que de voir leurs capitaux baisser graduellement. Au pavillon V du Grand marché de Kinshasa, on pouvait ainsi remarquer la vacance de plusieurs étagères. Et dans les alentours, des établissements commerciaux commençaient à fermer, n’étant plus à même de réaliser une marge bénéficiaire suffisante.
« Certains de nos collègues vendeurs préfèrent rester à la maison, en attendant la maitrise effective de l’inflation. Car, ces derniers temps, nous sommes souvent contraints d’acheter des marchandises à des montants de loin supérieurs à ce qu’on avait prévu », déplore Albert, M., un commerçant des produits vivriers.

Pour leur part, les consommateurs rencontrés appellent le gouvernement à peser de tout son poids pour rétablir la stabilité du franc congolais vis-à-vis de la monnaie étrangère, d’autant que l’inflation observée actuellement sur le marché en dépend en grande partie.

JEREMIADES AU MARCHE GAMBELA

Croisée dans les couloirs du marché Gambela, dans la commune de Kasa-vubu, Solange Lakutu, une mère de famille, la trentaine révolue, crie son désarroi : « Je gagne une somme qui ne me permet pas de joindre les deux bouts du mois. Mais, avec cette hausse exagérée des prix sur le marché, mon salaire ne pourra plus rien acheter dans l’avenir ».

Abordé à ce propos, Cliff Sende, vendeur des vivres frais dans une alimentation de Gambela hausse les épaules. « Notre pays ne produit pas, nous sommes toujours obligés de recourir à l’extérieur du pays pour nous approvisionner. Et là-bas, nos fournisseurs n’ont pas besoin des francs congolais, mais plutôt des devises étrangères. Puisque nous achetons trop chère en devise, nous devons aussi vendre au même prix ou soit l’équivalent en monnaie locale. C’est là qu’intervient mon principe qui est celui de tous les commerçants également : Achat cher égale vente chère. Nous devons suivre le mouvement pour ne pas chanceler dans nos activités. La fixation de nos prix est sujette au mouvement du taux de dollar ».

« Si au moins, nous achetions en monnaie locale, nous ne pourrions pas être confronté à ces genres de difficultés. Les grossistes, eux, ont besoin des dollars et quand nous amenons les francs, ils exigent un montant élevé. Par exemple pour un sac de riz qui se vend à 100USD, avec le franc, on nous oblige 120.000fc, au lieu de 115.000Fc, le montant équivalent. C’est vraiment une grande perte pour nous. Et pour ne pas perdre nous devons rajouter sur le prix. Malgré cela, nous ne gagnons presque rien », nous fait remarquer Blaise, un vendeur de riz sur l’avenue Ethiopie à Gambela.

LA RESIGNATION DES CONSOMMATEURS

Au marché de Matete, la résignation des consommateurs saute aux yeux face à la surenchère. « Faire les achats au marché devient un véritable casse-tête, mais on n’a pas le choix, on doit bien vivre. Les commerçants refusent que l’on marchande les prix et pour cause le changement du taux de change. Il devient de plus en plus difficile de faire des emplettes avec nos maigres ressources », déplore une consommatrice.

« Face à cette nouvelle hausse des prix, fustige un acheteur, nous ne pouvons que nous résigner. Il est rare que notre pays connaisse des baisses de prix sur le marché, c’est toujours l’envol. Et bien entendu quelques commerçants véreux en profitent pour créer des spéculations. On peut retrouver un même article à des prix différents selon les vendeurs. Nous, les consommateurs, il n’y a personne pour nous défendre face à l’augmentation des prix, surtout des denrées alimentaires ».

GRINCEMENT DES DENTS AU ROND-POINT NGABA

Au marché du rond-point Ngaba, où nous avons effectué un tour hier, les vendeurs estiment que la hausse de prix est venue empirer la situation, celle de non écoulement de marchandises. « Quand nous allons chez les grossistes, les prix ont pris de l’ascenseur, même nos petits bénéfices sont engloutis. En plus, nous avons du mal à écouler nos marchandises, parce que les consommateurs n’ont pas assez d’argent pour faire face à la hausse des prix », relate une vendeuse d’haricot.

Une autre qui vend les  » mpiodi  » se plaint de la liquidation difficile de ces poissons surgelés. Selon elle, avant la hausse du taux de change, on vendait un Kg de 20+ à 3000 FC, aujourd’hui, il est vendu à 3500 FC. « Ce n’est pas de notre faute, avance-t-elle. Quand nous allons à la chambre froide, les prix changent, nous ne pouvons pas vendre avec l’ancien prix. Pour avoir un peu de bénéfices, nous devons aussi bouger, mais ça nous rend la tâche difficile. Tu peux étaler les « mpiodi » jusqu’à ce que la glace va se fondre. On ne l’achète pas et quand ça se fond, ça perd sa valeur ».

Pour une mère de famille, la hausse de prix des biens de premières nécessités perturbe le panier de la ménagère. « L’enveloppe que je reçois chaque matin est restée la même, mais les prix sur le marché changent du jour le jour. Et pour compenser cela, c’est très compliqué. Car, l’enveloppe salariale n’a pas bougé », fait-elle remarquer.

LE MARCHE DE LIBERTE SECOUE

Au marché de Liberté, il y a disparité des prix des certains articles. Chaque vendeur le fixe en fonction de son humeur. Les haricots, le sel, le riz, le sucre… ont connu une augmentation de 50, 100, 500FC, voire même 1000FC. C’est le cas du poulet Wilki P12 qui se vendait, il y a peu à 3500 Fc, et se négocie aujourd’hui à 4.500FC. Un kg de chinchard (mpiodi) 20 Plus qui coûtait 2500FC s’écoule actuellement à 3.000FC. Une bouteille Coca d’huile végétale (Régina en vrac) est vendu ce jour à 600 FC, alors qu’il coûtait 500 FC il y a peu.
Les commerçants ne manquent pas des justifications. « Le prix de ce produit est lié directement au dollar. Quand nous allons acheter chez les grossistes, on calcule sur place le prix en fonction du taux du dollar. A notre tour, nous faisons pareil pour le prix en détail », explique un vendeur.

’’LES PRODUITS LOCAUX SONT CHERS’’

Marchande du riz, maman Alphonsine se dit, pour sa part, étonner de voir que les produits locaux sont plus cher que ceux importés : « Je ne sais pas pourquoi les produits locaux coûtent aussi chers, alors que les articles qui viennent de loin (d’autres pays) sont vendus moins cher sur le marché congolais. C’est le cas du riz de Bumba « .

La mesurette (ébundeli) de haricots verts est passée de 1000 à 1100 FC.  » Au-delà du dollar, le prix des haricots est aussi dépendant de l’arrivée des bateaux en provenance de Kisangani. Si les bateaux connaissent un retard, nous spéculons avec le prix sur le marché », indique Jean-Pierre, vendeur à ce lieu de négoce.

Si la plupart de produits suivent le rythme du dollar, d’autres font exception. C’est le cas de la farine de manioc, du pondu et l’amarante dont l’explication est à chercher ailleurs. Ces trois denrées ont gardé leur prix initial.

LES LEGUMES, UNE EXCEPTION A LA SURENCHERE

La botte de pondu (feuille de manioc) a connu un baisse. Elle revient à 1000FC au lieu de 1500FC. D’après une vendeuse, Francine Mika, « cette diminution est due à la saison des pluies. Quand la pluie tombe, les boutures de pondu poussent très vite. Il y a abondance sur le marché. C’est plutôt le contraire avec l’amarante dont la botte a augmenté de prix à cause de la saison de pluie qui est son ennemi principal « .

Par contre, les cossettes de manioc et le sac de mais ont augmenté de prix chez les grossistes. Cependant, les détaillants n’ont pas bougé leur prix au même rythme comme témoigne une vendeuse.  » Nous n’avons pas revu à la hausse le prix de la farine de manioc, mais nous n’ajoutons plus le « matabisi » comme à l’accoutumée ».

(Par Dina BUHAKE, FyFy TANGAMU, Bahati KASINDI, Mathy MUSAU et Orly-Darel NGIAMBUKULU)

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