jeudi , 23 février 2017
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RDC, une énième crise

Une énième crise qui est en train d’ébranler les fondements de cette jeune démocratie, née il y a peu, d’un système unique au monde : le « 1+4 ». Aujourd’hui encore, après des discussions multiples, les congolais ne trouvent pas le chemin du consensus. La démocratie dont tout le monde se réclame, est mise à mal. Et une fois de plus, le choix de la discussion pour trouver une solution, est adopté. Adopté après le conclave, adopté après la plus longue conférence nationale du monde, adopté après Sun City, adopté après les Concertations nationales, et maintenant, le Dialogue, dont l’inclusivité ne fait pas l’unanimité. Le chemin de la discussion est encore long, il ne faut pas se leurrer.

Les discussions actuelles sont parties d’un fait : régler le contentieux électoral, avec pour crédo, le délai constitutionnel. Celui-là même pour lequel des congolais ont donné de leurs vies il y a à peine une semaine. Des vies humaines tombées, alors même que l’on savait tous très bien, que le délai constitutionnel en question était impossible à tenir.

Vendredi dernier, alors que le facilitateur suspendait les travaux du Dialogue national, en attendant de ramener tout le monde autour de la table – du moins pour ceux qui ont pris part à ces travaux – un projet d’accord était remis aux participants.

1. Une proposition hors termes de référence au Dialogue

De ce qui en est ressorti, il y a la mise en place d’un gouvernement de ‘’large union nationale’’, à mettre en place, 30 jours francs après la signature de l’accord politique. Mais rien n’a été dit au sujet du préalable incontournable posé par l’opposition Pro Dialogue, concernant la publication d’un calendrier électoral. Par contre, on sait que la Primature devra, selon cet accord, revenir à l’opposition, et aucun des membres de ce gouvernement à venir, ne pourra postuler à la présidentielle.

De ce point de vue, le problème semble réglé. Sauf que ce n’est pas le problème pour lequel le Dialogue a été convoqué. On se rappellera que le cahier des charges de ce forum avait pour but unique et principal, de régler le contentieux électoral, pour des élections libres, transparentes, et apaisées. Et justement, cette question centrale, qui aura réuni tout le monde pour des discussions sans fin, billets d’avion, per diem et logements compris, a été laissé en suspens.

De ce qu’on pouvait en lire sur le site de Radio Okapi ce matin, on peut retenir que le projet d’accord politique prévoit que les participants au dialogue vont devoir notamment  s’accorder avec la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour l’élaboration d’un calendrier électoral en fixant une date raisonnable pour la tenue de l’élection présidentielle couplée avec les législatives nationales et provinciales. Par conséquent, le texte indique que la CENI doit publier le calendrier électoral détaillé, quinze jours après la signature de l’accord politique.

A bien y regarder, on a sacrifié l’essentiel pour l’accessoire. La question électorale, essentielle à la réussite des élections à venir, a été subordonnée à celle de la mise en place d’un gouvernement, fût-il de large union nationale. Pis encore, elle a été évacuée avec toute l’incertitude possible, alors qu’elle est censée être la roue motrice du système de déblocage de la crise actuelle. Aucune date de donnée, aucun engagement ferme.

2. Accouchement d’un monstre ou d’une souris ?

Le projet d’accord politique accouchera certainement d’un monstre. Et pour l’instant, tout le monde s’en accommode, fatigués que nous sommes tous, des rebondissements sans fin qui accompagnent le Dialogue. Mais les problèmes ne sauraient tarder, dans ce bal de violations constitutionnelles répétées et préméditées : devant qui ce gouvernement sera-t-il responsable ?

Selon la Constitution, le gouvernement est issu de la majorité parlementaire, devant laquelle elle est responsable (articles 7 et 8). A moins d’intégrer l’opposition pro-Dialogue dans la Majorité, on ne voit pas comment elle pourrait hériter de la Primature. Sur quelle majorité s’appuierait-il pour faire passer les lois, les réformes importantes ? Il serait ni plus ni moins que la proie facile des votes de défiance. Et la chute d’un gouvernement de ce type entrainerait une autre crise, beaucoup plus sérieuse, car il faudrait renégocier pour former un autre gouvernement. Une source de crises à répétition.

Et quand bien même le Premier ministre désigné intégrerait la Majorité, une crise en découlerait inévitablement, vu que sa désignation est basée sur le fait qu’il est issu de l’opposition. L’accord qui fonde et sous-tend sa nomination, tomberait automatiquement, générant une autre crise. Et politiquement, le Premier ministre désigné consacrerait sa mort politique.

3. Une mayonnaise qui ne prend pas

Si l’on considère que le gouvernement actuel travaille avec un plan, que le Parlement et le Président de la République suivent. Quel sera le plan du gouvernement de large union nationale ? Devant qui répondra-t-il ? Quels seront ses objectifs ? Et quels sont les postes que vont réclamer ceux qui souhaitent tant y entrer ?

Des interrogations qui remontent à la surface la question de l’efficacité des gouvernements issus des négociations, et dits d’union nationale, de cohésion nationale ou quelle qu’autre appellation de même type. Ils sont caractérisés par une faiblesse notoire, leurs membres étant occupés la plupart du temps à se neutraliser ou à se suspecter, à des fins politiques égoïstes. Le cas de cohabitation des gouvernements français est patent.

4. Considérations finales et propositions

Le  Comité de suivi du Dialogue est l’organe non constitutionnel qui permettrait à l’opposition d’installer son influence. Si en effet, les membres de cette composante refusent de prendre part au gouvernement comme ministres, ils pourraient gérer le Comité de suivi des résolutions du Dialogue, pleinement, en en prenant la présidence. Ils joueraient alors le rôle de gardien du temple, prompt à tout moment à tirer la sonnette d’alarme pour attirer l’attention.  Et la fonction pourrait de président dudit comité pourrait être alignée sur le rang de Premier ministre par exemple.

Non. Il est obligatoire que nous réfléchissions sur la politique et les politiciens congolais. Ils n’ont que faire de ce peuple au nom duquel ils parlent tous. Et aujourd’hui, c’est encore le cas. Le dialogue politique en vue de débattre du processus électoral n’était qu’un prétexte, un artifice pour faire main basse sur le gouvernement.

Il et utile de rester lucide, et de veiller à ne pas mettre de la peinture sur de la rouille. Ce serait retarder le problème, au lieu de le résoudre. Ce qui nous rattraperait, comme la majeure partie des problèmes non traités il y a cinq ans.

Il ne faut surtout pas créer des monstres politiques et continuer à tourner en bourrique le peuple. Arrêtons une fois pour toutes, avec ces messes politiques qui n’aboutissent qu’à la formation d’un nouveau gouvernement. C’est insensé, comme le disait l’Honorable Henri-Thomas Lokondo.

[lePotentiel]

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