jeudi , 23 février 2017
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Inclusivité du dialogue, seule voie de désamorcer la crise en RDC

Les 285 délégués au dialogue sélectionnés par Edem Kodjo, facilitateur désigné de l’Union africaine (UA) à ces assises, n’ont pas, pour bon nombre de partenaires, rempli tous les critères d’inclusivité requis dans la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations unies. Sur ce point précis, Edem Kodjo peine  à convaincre. D’où, cet enlisement des travaux qu’il supervise… la grande mobilisation des manifestations des 19 et 20 septembre ainsi que la grande répression policière qui s’en est suivie n’ont pas joué en faveur du facilitateur. Aussi des voix s’élèvent-elles à Kinshasa et à l’étranger pour réclamer plus d’inclusivité à ces assises.

Après avoir fait la ronde des acteurs clés de la crise pré-électorale en RDC, un groupe restreint de diplomates en poste à Kinshasa, particulièrement ceux des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, se sont entretenus hier lundi avec le facilitateur, Edem Kodjo. Comme partout ailleurs, il a été encore et toujours question de l’inclusivité du dialogue, seule voie de désamorcer la crise en cours. Décidément, Edem Kodjo  est sous pression et devrait comprendre qu’il doit revoir sa copie.

Les 285 délégués au dialogue sélectionnés par Edem Kodjo, facilitateur désigné de l’Union africaine (UA) à ces assises, n’ont pas, pour bon nombre de partenaires, rempli tous les critères d’inclusivité requis dans la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations unies. Sur ce point précis, Edem Kodjo peine  à convaincre. D’où, cet enlisement des travaux qu’il supervise sur les collines de la cité de l’UA.

Cerise sur le gâteau, la grande mobilisation des manifestations des 19 et 20 septembre ainsi que la grande répression policière qui s’en est suivie n’ont pas joué en faveur du facilitateur. Aussi des voix s’élèvent-elles à Kinshasa et à l’étranger pour réclamer plus d’inclusivité à ces assises.

La communauté internationale se mobilise

Dans une déclaration conjointe signée le 24 septembre 2016, simultanément à Addis-Ababa, New-York, Bruxelles et Paris, quatre organisations internationales, à savoir l’Union africaine, les Nations unies, l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie, sont revenues à la charge, soulignant l’urgence d’un « dialogue inclusif mené avec le plus grand nombre d’acteurs politiques » en vue des élections « pacifiques et crédibles ».

Hier lundi au Vatican, le pape François, qui recevait le chef de l’Etat, Joseph Kabila, a abondé dans le même sens, soulignant l’ « importance de collaboration » entre acteurs au processus pour un « dialogue respectueux et inclusif pour la stabilité et la paix dans le pays ».

A Kinshasa, le ton est également le même. Après des entretiens  la semaine dernière avec des acteurs majeurs du processus électoral en RDC, particulièrement le Rassemblement d’Etienne Tshisekedi, la Majorité présidentielle, le G7 et la Cenco, un groupe restreint de diplomates en poste à Kinshasa, auxquels se sont particulièrement joints des ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, ont été, hier lundi au Pullman Grand Hôtel Kinshasa, l’hôte du facilitateur Edem Kodjo.

Comme partout où ils sont passés auparavant, autant chez Etienne Tshisekedi avec le « Rassemblement » qu’à la MP avec le bureau politique de la famille politique du chef de l’Etat, ces diplomates, porte-voix de l’Occident, ont une fois insisté sur l’inclusivité du dialogue ; seul moyen, estiment-ils, d’atténuer les tensions pré-électorales en RDC.

Au sortir de cette réunion, Ginette Martin, ambassadrice du Canada en RDC, a fait part de la volonté de l’Occident d’aider la RDC à réussir sa première alternance démocratique du Congo par l’organisation des élections apaisées, démocratiques et transparentes, dans le respect de la Constitution. « On est venu voir le facilitateur pour partager avec lui les résultats des entretiens qu’on a eus avec les uns et les autres et pour échanger avec lui sur les prochaines étapes », a-t-elle déclaré.

De l’avis de la diplomate canadienne, les manifestations des 19 et 20 septembre 2016, qui se sont malheureusement soldées par des morts d’hommes, ont servi de déclic pour plus d’engagement de l’Occident dans la décrispation du climat politique en RDC. Elle est d’avis que ces événements, réprimés de manière disproportionnée, ont apporté la preuve de l’absence de l’inclusivité du dialogue que pilote Kodjo.

Tout en jetant des fleurs au travail abattu jusque-là par le facilitateur, le groupe de diplomates a cependant partagé « la préoccupation sur l’inclusivité qui demeure un problème ». « On n’a peut-être pas encore la masse critique. Il faut être prudent dans les prochaines semaines pour essayer de trouver ce consensus », a prévenu la diplomate canadienne, rappelant que « l’importance est de s’assurer qu’on ait un consensus le plus large possible qui puisse mener à la tenue des élections paisibles, crédibles dans le meilleur délai à la fois dans le respect de la Constitution et le respect de la volonté de la population ».

Kodjo dans la tourmente

Les jours de Kodjo seraient-ils déjà comptés ? C’est fort possible. Mais, on voit très mal l’Union africaine se contredire en retirant, sans condition, son mandataire au dialogue. Il y a plusieurs hypothèses possibles.

Dans un premier scenario, Kodjo peut être maintenu à son poste de facilitateur avec une légère restriction de ses attributions qui pourraient être confiées au groupe de soutien international à la facilitation, dont il serait automatiquement membre.

Dans un second tableau, les Nations unies peuvent récupérer l’initiative du dialogue en désignant un nouveau facilitateur qui serait, dans ce cas, revêtu pleinement de son mandat. C’est l’hypothèse la plus probable. Elle a d’ailleurs été évoquée la semaine dernière à New-York dans une réunion consacrée sur la situation dans les Grands Lacs, particulièrement en RDC. Si cette option devait triompher, Kodjo ne devrait pas être débarqué. Il pourrait dans ce cas de figure jouer le rôle d’observateur, au regard de tout le travail qu’il a déjà accompli depuis sa désignation à ce poste en janvier 2016.

Quoi qu’il en soit, dans le format d’un dialogue politique remanié, la mission d’Edem Kodjo devrait être sérieusement amputée. Un juste milieu qui irait aussi dans le sens de ramener le Rassemblement d’Etienne Tshisekedi sur la voie du dialogue ; lui qui continue à récuser ce facilitateur désigné par l’UA.

Comme l’a prédit l’ambassadrice du Canada en RDC, « il faut être prudent dans les prochaines semaines pour essayer de trouver ce consensus ». En attendant, toutes les pressions sont dirigées sur Kodjo pour un dialogue véritablement inclusif. Hier lundi, après le groupe de diplomates occidentaux, la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) est allée à son tour voir le facilitateur dans sa suite du Pullman Grand Hôtel Kinshasa.

Chaque jour qui passe, l’Occident accentue la pression pour plus d’inclusivité de ce dialogue. Il appartient à Kodjo d’intégrer tous ces appels répétitifs dans son schéma initial  afin de sauver le processus électoral en panne. Bien plus, cette pression prouve qu’on est rentré dans la logique de la requalification du dialogue.

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MESSAGE DU SÉNATEUR JEAN-PIERRE BEMBA À LA NATION

Chers compatriotes,

J’ai suivi avec une grande tristesse le déferlement de violences aveugles qui ont endeuillé notre pays ces derniers temps, frappant les congolais dans leur chair et leurs biens.

Ces événements funestes étaient prévisibles mais pouvaient être évités. A l’occasion de mon message du 31 décembre 2015, appelant à nouveau à une cohésion nationale, j’avais prévenu que « l’année 2016 est une année charnière pour la République Démocratique du Congo:

– ou elle sombrera dans le chaos indescriptible d’une dictature,

– ou elle empruntera la voie royale de l’alternance démocratique et pacifique du pouvoir, une première dans l’histoire de notre pays».

Les citoyens congolais disposent d’un droit consacré par notre Constitution, celui de pouvoir manifester publiquement leur opinion ; la démocratie se nourrit aussi des aspirations du peuple. Le devoir régalien de l’Etat est d’assurer leur protection au Nord comme au Sud du pays, à l’Est comme à l’Ouest, de jour comme de nuit.

Je regrette sincèrement toutes ces vies perdues pour la défense de la Constitution.

Un dialogue sincère basé sur les questions techniques et précises liées à l’organisation des élections demeure la seule voie qui doit conduire la République Démocratique du Congo vers une alternance démocratique, gage de paix et de stabilité.

Je partage la douleur des familles qui ont perdu des êtres chers à Kasumbalesa, Kinshasa, Lubumbashi, Beni, Bukavu, Kananga… et leur présente mes sincères condoléances.

Nous devons apprendre à vivre ensemble avec ceux qui quitteront le pouvoir et ceux qui aspirent à y accéder.

Dieu protège la République Démocratique du Congo.

Le 26 septembre 2016

Jean Pierre BEMBA GOMBO

Sénateur

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