vendredi , 15 décembre 2017
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Reunion, corps diplomatique et Edem KODJO
Reunion, corps diplomatique et le facilitateur du dialogue, Edem KODJO

RDC : Le dialogue, dans sa forme actuelle, est déjà un échec

Les jours passent, rien ne se profile à l’horizon. La pêche miraculeuse n’a pas eu lieu. Le facilitateur récusé continue son bonhomme de chemin, sourd aux revendications du Rassemblement. Le préavis du 19 septembre lancé contre Kabila n’est plus qu’une question de jours. Les positions des uns et des autres sont loin de s’accorder. Elles semblent figées. Le dialogue, dans sa forme actuelle, est déjà un échec considérant que la condition essentielle de l’inclusivité n’a pas été atteinte. Tout ceci n’augure rien de bon pour le peuple congolais.

Si beaucoup y participent parce qu’ils convoitent des postes ministériels ou en tout cas, ils aspirent à en tirer le gros lot en termes des émoluments, il est à se demander quelle serait la motivation profonde de la CENCO à demeurer dans un dialogue dont l’issue – la transition – est connue d’avance ? À travers ce dialogue, la CENCO apparaît plus que toutes les autres composantes ou participants, avoir une grande responsabilité. Une responsabilité morale, spirituelle et politique, car elle doit descendre au niveau des acteurs politiques pour manager selon leurs principes. Substantiellement, elle fait face à un défi de titan, à un défi diabolique, qui met en cause sa crédibilité. Sera-t-elle en mesure de défendre ses positions maintes fois réitérées qui, il faut le dire, rejoignent le bons sens et s’en tiennent au respect de la constitution ? Et puis, étant une minorité dans la marmaille, comment va-t-elle peser dans les négociations dont l’objectif principal ne semble point cadrer avec les prescrits constitutionnels ? Enfin, comment peut-elle, d’un côté, manœuvrer face à la servitude des acteurs politiques de la MP qui sont, qu’on le veuille ou non, prisonniers du « Raïs » et de l’autre, face à l’opacité d’une certaine opposition politique qui multiplie les manœuvres dilatoires, obscurantistes, sachant au fond ce qu’elle veut et pour qui elle roule ?

À ce point, ne convenait-il pas de quitter ce marigot des crocodiles ou leur présence était plutôt opportune pour sauver les meubles, guidé par l’esprit saint tel qu’ils l’évoquent souvent, en se mettant au milieu du village, comme lumière dans les ténèbres ? Tel est le dilemme de la participation de la CENCO à un moment crucial de la vie du pays. Les enjeux sont énormes et si significatifs pour la tenue de la démocratie encore balbutiante pour que le dérapage soit accepté moins encore, toléré. Dans tous les cas, les gens les observent sévèrement. Certaines personnes sont très critiques à l’égard de la position de l’Église catholique compte tenu de son ambiguïté et dénoncent pas moins qu’une compromission avec le pouvoir.

En fait de subjectivation et des commérages, on pourrait parler tout le mal de ce dialogue, mais il a un grand côté positif. Il nous amène droit à la fin du rouleau, à la fin des magouilles, à la fin du cinéma. Les intentions étaient tantôt cachées, tantôt dévoilées avec fracas, toutefois, l’incertitude continuait à régner en maître mot. Les architectes des plans obscurs ne s’imaginaient pas que le temps est limité pour toute chose. Aujourd’hui, ils veulent encore donner 2 ans, 3 ans, à Kabila, sans penser nullement qu’on arrivera implacablement à la fin de ce temps. Dès lors, vont-ils lui décréter une présidence à vie ou mettre en place une monarchie constitutionnelle de manière à faciliter aussi la succession de son rejeton ? C’est le pas monstrueux qui reste à franchir.

Il y a de l’électricité en l’air. Tout le monde le sait. Ceux et celle qui ne voient que les intérêts matériels à travers des per diem succulent courent le risque de les emporter avec eux dans l’au-delà. La CENCO qui porte sur la croix les souffrances de la population est l’oreille et les yeux de la majorité des sans voix. Elle est appelée à faire la sentinelle de l’architecture politique qui est en train d’être échafaudée. Elle ne se laissera point aller à la compromission même si elle a fermé les yeux sur les préalables qui étaient des indices palpables de la bonne volonté du gouvernement pour trouver une issue politique à la crise qui sévit gravement au pays. Maintenant que nous sommes à deux jours de la fin de ce dialogue, la CENCO aura-t-elle le réflexe de brandir son carton rouge en quittant le dialogue ? Ce qui serait le signe tangible qu’on va vers une situation de non-retour. Que plus rien n’est à faire sur le plan politique sinon s’engager dans un chemin tortueux dont on ne saura imaginer les conséquences pour le pays et pour la sous-région des Grands Lacs. Le soulèvement populaire, dans ce cas de figure, ne serait plus hypothétique. Car, les tenants du pouvoir auront dépassés les limites de l’acceptable. Ils se seront entêtés à l’extrême préférant le pourrissement de la situation à la décrispation. Il apparaît évident que le scénario d’un forcing pour une nouvelle transition avec Kabila à la tête alors qu’il est, objectivement parlant, responsable au plus haut degré de cet état des choses, serait non seulement délétère mais potentiellement suicidaire. Ça serait un suicide collectif où les tenants de la cabale auront difficile à échapper au brasier qu’ils auront allumés eux-mêmes.

La CENCO avait l’obligation morale et spirituelle de jouer le rôle du grand sage dans ce jeu politique corsé aux multiples facettes, visibles et invisibles, et aux intérêts diamétralement divergents. La CENCO devrait placer les intérêts du pays et du peuple congolais à la première loge en veillant notamment au respect scrupuleux de la constitution. Laisser se réaliser la forfaiture qui mettrait en péril les parties verrouillées de la constitution au risque d’embraser le pays serait trahir sa mission et cela sanctionnera l’inutilité même de sa participation dans ce forum.

[Mwamba Tshibangu]

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