mardi , 30 mai 2017
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RDC : Trois jours de deuil national en mémoire des martyrs de la démocratie

Du lundi 26 au mercredi 28 septembre, le Rassemblement entend organiser le deuil en mémoire des victimes de dernières manifestations sanglantes qu’a connues la ville de Kinshasa. Le Rassemblement les considère comme des martyrs de la démocratie. L’annonce a été faite, hier vendredi 23 septembre à la résidence du sphinx de Limete par Bruno Tshibala au nom du Rassemblement.

Une plainte du Rassemblement

Par ailleurs, quarante-huit heures après l’ouverture d’une instruction judiciaire visant, notamment, plusieurs responsables de l’Opposition, Etienne Tshisekedi a réagi. Dans une plainte déposée, hier vendredi 23 septembre sur la table du procureur général de la République, le président du comité des sages du Rassemblement indexe plusieurs autorités, à savoir le vice Premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité Evariste Boshab, le ministre de la Jeunesse et Sports Denis Kambayi, le commandant de la 1ère région militaire des FARDC, le général Gabriel Kumba Amisi, le gouverneur de la ville de Kinshasa André Kimbuta, le commissaire général de la PNC Charles Bisengimana Rukira de même que le commissaire provincial Célestin Kanyama.

Principal grief retenu à leur charge : avoir ordonné aux hommes en uniforme et armés de fusils automatiques de tirer systématiquement sur les personnes, notamment, les femmes et les enfants. Concernant Denis Kambayi, le Rassemblement le charge d’avoir armé des jeunes de machettes pour s’en prendre aux biens des membres de la Majorité présidentielle et faire porter la responsabilité aux forces politiques du Rassemblement.

Pour ce qui est du gouverneur Kimbuta et du général Amisi Kumba, il leur est reproché un manquement grave aux instruments internationaux des droits de l’Homme, à la Constitution et aux lois de la République.

1992 remake

La question qui est sur toutes les lèvres est celle de savoir si, en décrétant le deuil national, Etienne Tshisekedi sera suivi par le peuple congolais. Très probable, reconnaissent des observateurs avisés. Ceux-ci rappellent que le président national de l’UDPS n’est pas à son premier exploit. En 1992, alors Premier ministre issu de la Conférence nationale souveraine (CNS), l’actuel président du comité des sages du Rassemblement avait décrété la démonétisation du zaïre-monnaie. Il s’agit des billets (coupures) de 5 millions (surnommés Dona Béija par les Kinois) que la Banque nationale avait émis contre la volonté du gouvernement. Aussi n’est-il pas exclu un remake de décembre 1992.

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Kinshasa pleure ses morts

Comme en janvier 2015, beaucoup de Congolais sont tombés des suites de l’usage disproportionné de la force lors de violentes manifestations populaires qui ont secoué Kinshasa et d’autres villes du pays les 19 et 20 septembre 2016. Des actes de pillage ont été perpétrés dans certains coins de la ville de Kinshasa – totalement en déphasage avec les revendications de la population. Ce qu’il faut condamner. A ce tableau lugubre s’ajoutent des menaces à l’endroit des leaders de l’Opposition afin de les condamner au silence. Les 19 et 20 septembre 2016, Kinshasa a compté ses morts, dans un silence pesant et inacceptable des autorités. Les pillages qui s’en étaient suivis ont presque dénaturé les revendications initiales d’une population qui ne demande qu’une chose : le respect de la Constitution.

On le craignait dès le départ. Et le pire est finalement arrivé. Les manifestations populaires des 19 et 20 septembre se sont, une fois de plus, soldées par mort d’hommes. Des hommes et femmes, fauchés pour avoir juste réclamé une chose : le respect de la Constitution, assorti de l’alternance au sommet de l’Etat.

C’est dans la rue qu’ils avaient décidé d’exprimer leur ras-le-bol, convaincus que les autorités administratives et politiques, légalement établies, les protègeraient. Ils se sont trompés. Car, en face d’eux, c’est une armada de policiers et militaires lourdement armés qui leur ont barré la route.

La vague de protestations qui s’en est suivie s’est soldée malheureusement par mort d’hommes : 32, dont quatre policiers, selon le dernier bilan présenté mercredi par le porte-parole de la PNC. Une centaine de morts et des personnes portées disparues, dont des policiers, selon l’Opposition regroupée au sein du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. 44 morts, de l’avis de plusieurs ONG internationales.

Dans tous les cas, il y a eu perte en vies humaines. Une situation qui a été unanimement condamnée à travers le monde (lire en page 3).

Du siège des Nations unies à New York où se tient l’Assemblée générale ordinaire de l’ONU, des dirigeants du monde entier n’ont pas caché leur colère. Du président français, François Hollande, au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, jusqu’à l’administration du président des Etats-Unis, Barack Obama, en passant par différentes organisations non gouvernementales internationales, tous ont condamné les morts de Kinshasa et d’ailleurs. Tous rendent responsable le régime de Kinshasa.

Pendant ce temps, dans la capitale congolaise, la majorité au pouvoir a choisi de proférer des menaces, visiblement orientées vers les principaux leaders de l’Opposition. C’est le procureur général de la République (PGR), Flory Kabange Numbi, qui s’est chargé de conduire cette action. Dans une déclaration largement relayée dans la presse, le PGR a dit avoir instruit la Direction générale de migration de « ne pas laisser sortir » du territoire national les suspects impliqués dans les évènements des 19 et 20 septembre. « La police va rechercher les acteurs/auteurs intellectuels des casses et meurtres partout où ils se trouvent, même dans les hôpitaux », a-t-il déclaré, soulignant que des « poursuites judiciaires » seront lancées contre les coupables des événements des lundi 19 et mardi 20 septembre à Kinshasa.

Deux jours de silence

Alors que le monde entier s’est levé pour condamner de la manière la plus virulente, les graves tueries de Kinshasa et ailleurs en RDC, de New York où il se trouve, le chef de l’Etat a préféré ne pas réagir. Motus et bouche cousue pendant les deux jours de tueries en masse à Kinshasa.

Pas un mot sur tous ces Congolais tombés sur le champ de la démocratie. Pas un mot non plus sur ces policiers, morts au front pour avoir tenté de maintenir l’ordre public. Pour les uns et les autres, celui qui est reconnu « garant de la nation » par la Constitution a jugé bon de se taire. Un silence pesant que les Congolais ont du mal à accepter.

En effet, le chef de l’Etat pouvait bien imiter l’exemple de l’Eglise catholique qui, à travers la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), s’est retirée momentanément du dialogue de la Cité de l’UA pour, selon son secrétaire général adjoint, l’abbé Donatien Nshole, organiser le deuil de ceux qui sont tombés les 19 et 20 septembre 2016 à Kinshasa. Entre-temps, qu’est-ce que le chef de l’Etat a fait ? Rien du tout. Pas un message de condoléances aux familles éplorées, ni à la Police nationale congolaise.

« C’est inacceptable », clame très remonté un agent de l’administration de l’Intérieur. Un citoyen ayant requis l’anonymat a rappelé la promptitude avec laquelle le chef de l’Etat avait chargé, en avril 2016 alors qu’il se trouvait à l’étranger, son directeur de cabinet d’adresser un message de condoléances à l’occasion du décès de l’artiste-musicien Papa Wemba. « Mais, pour les morts des lundi 19 et mardi 20 septembre, a-t-il ajouté, le premier citoyen de la RDC s’est tu. Autrement dit, ces morts ne comptent pas, alors qu’ils se sont sacrifiés pour le triomphe de la démocratie ». Et notre interlocuteur de renchérir : « Comme pour Beni, le président de la République a gardé silence au moment où ses concitoyens sont tués par les forces de l’ordre ».

Qu’est-ce à dire ? Les morts des 19 et 20 septembre 2016, de même que ceux de janvier 2015, n’interpellent pas le pouvoir en place. Au contraire, pour le gouvernement, tous ces morts ne sont qu’une quantité négligeable. Sans s’agacer, le ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, les a traités de « pillards » qui, selon lui, ont subi le sort qui était le leur.

Cerise sur le gâteau, menaces et intimidations de tous genres sont proférées à l’endroit de l’Opposition. Une manière subtile de les condamner au silence pour étouffer toute forme de contestation et assurer en douceur le glissement du cycle électoral au-delà du 20 décembre 2016.

[lePotentiel]

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