vendredi , 15 décembre 2017
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Etienne TSHISEKEDI et Moise KATUMBI
Etienne TSHISEKEDI et Moise KATUMBI

Dialogue : Edem KODJO étale au grand jour son incapacité

Mgr Luis Mariano Montemayor, nonce apostolique en RDC, avise que Joseph Kabila, Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi, en leur qualité d’acteurs majeurs de la crise actuelle, constituent la clé de l’inclusivité du forum national.

Vendredi dernier, 24 heures après l’ouverture officielle du dialogue, le président du Congo/Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, a traversé le fleuve Congo pour amener ses frères de la RDC à harmoniser leurs points de vue sur la tenue d’un dialogue apaisé. Curieusement, il a quitté Kinshasa sans dire un traitre mot sur les entretiens qu’il a eus avec les différents protagonistes.

L’on sait que, pendant sa visite éclair à Kinshasa, Sassou a rencontré les hommes clés du processus. Côté congolais, il a eu un tête-à-tête d’environ 30 minutes avec Etienne Tshisekedi, président du Comité des sages du   « Rassemblement » des forces politiques et sociales acquises au changement. Bien après, c’est une délégation du « Rassemblement » qui a échangé avec le président Sassou. Puis virent le tour d’Azarias Ruberwa du RCD, de Thomas Luhaka du MLC/Libéral et d’Eve Bazaïba du MLC de Jean-Pierre Bemba.

Côté diplomatique, Denis Sassou Nguesso a reçu Edem Kodjo, facilitateur de l’UA au dialogue politique, le nonce apostolique en RDC, Mgr Luis Mariano Montemayor, et le chef de la Monusco, Maman Sidikou.

Tous étaient venus faire part au président du Congo/Brazzaville de difficultés qui plombent le décollage du dialogue dont l’on attend la pose des jalons de la résolution de la crise qui menace la tenue d’élections prochaines. Les divergences entre les parties ne facilitent pas l’unanimité dans la classe politique congolaise. Dépêché comme facilitateur par l’UA, le Togolais Edem Kodjo a clairement affiché ses penchants vers la Majorité au pouvoir au point de susciter l’animosité de l’Opposition à son égard.

Revenir sur terre

C’est sans la frange la plus importante de l’Opposition qu’Edem Kodjo a démarré le dialogue. Il s’est entêté jusqu’au bout, estimant conduire le dialogue avec ceux qui sont disponibles. Mais, jeudi dernier à la cité de l’UA, Vital Kamerhe, modérateur improvisé du dialogue, l’a vite rappelé l’ordre. Un appel que le facilitateur a perçu à juste titre, se donnant finalement trois jours pour tenter d’amener les plus indécis de l’Opposition vers le dialogue.

De plus en plus, Edem Kodjo a étalé au grand jour son incapacité à concilier les points de vue divergents des acteurs politiques congolais. L’échec de sa mission est prévisible dans la mesure où il se distingue par son attachement à la majorité au pouvoir. Va-t-il comprendre que le dialogue qu’il entende conduire restera un concept creux, sans une inclusivité évidente ?

Depuis la ville de Beni où il était allé compatir avec les populations meurtries de ce territoire, le nonce apostolique n’a pas caché son mépris face à Kodjo. En se lançant de manière cavalière au dialogue, sans avoir préalablement consulté les uns et les autres, Kodjo a fini par irriter ses partenaires internationaux. Jusqu’à offusquer le prélat.

Aujourd’hui, le représentant du pape en RDC est convaincu que trois acteurs majeurs pèsent pour la réussite du dialogue. Il s’agit du président Kabila, autorité morale de la Majorité présidentielle, d’Etienne Tshisekedi, président du Comité des sages du « Rassemblement » et de Moïse Katumbi Chapwe, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Pour le nonce apostolique, tant que les trois ne sont pas représentés dans ce dialogue, ce forum restera une coquille vide, sans lendemain. L’appel est non seulement la voix de l’église catholique, mais aussi la voix de la sagesse à même de désamorcer la crise pré-électorale en RDC.

Edem Kodjo n’a aucun intérêt à fermer les oreilles à tous ces appels. Le succès de sa mission en dépend. Que vaudra un dialogue politique sans Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi ? Pareil forum ne sera pas loin des Concertations nationales de 2013, dont le seul acquis, à ce jour, est la mise en place d’un gouvernement, dit de cohésion nationale. A part ce fait mineur, pas grand-chose n’a suivi les 600 recommandations et résolutions sorties de ces Concertations nationales. En 2013, ces assises ont chaviré du fait de l’exclusion et de la non prise en compte d’autres parties prenantes, dont l’Opposition. Bref, en ce moment précis, l’inclusivité devient un passage obligé pour espérer planter le décor d’un processus électoral apaisé.

En persistant sur sa voie d’un dialogue à tout prix, Edem Kodjo fait du forum national de dernière chance une perte de temps et de moyens sans oublier la prédisposition à des violences aux conséquences incalculables.

Une fois encore, le Saint Père a parlé, via son représentant en RDC. L’église catholique représente plus de la moitié de la population congolaise. Son point de vue compte dans la recherche des voies de sortie de crise.  Kodjo ferait mieux d’écouter tous ces appels, pour ne pas hypothéquer la mission pour laquelle l’UA l’a mandaté en RDC.

On sait désormais que pour le « Rassemblement », les conditions de sa participation au dialogue n’ont pas changé. A la radio Top Congo, Olivier Kamitatu y est revenu.  Il a rappelé les quatre préalables non négociables du « Rassemblement », sans lesquels Etienne Tshisekedi et ses alliés ne prendront pas part au dialogue. Il s’agit de : « le retour de Moïse Katumbi en homme libre en RDC pour participer au dialogue ; la libération sans condition de Jean-Claude Muyambo, Eugène Diomi, Huit Mulongo et de tous les détenus politiques ; la fin des dédoublements des partis politiques du G7 (MSR, ARC, PDC, ACO, etc.) ; la réouverture des médias fermés notamment ceux de Moïse Katumbi ».

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« OBSERVATIONS DE LA CRC SUR LA FEUILLE DE ROUTE DU DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF »

La Coalition de 33 organisations de promotion et défense de droits de l’homme pour le respect de la Constitution, CRC en sigle, a suivi la tenue des  travaux du Comité préparatoire du dialogue national inclusif du 23 au 27 août  2016 à l’Hôtel Béatrice à Kinshasa.

Les travaux ont été clôturés par la signature d’une « Feuille de route du Dialogue » de 14 pages  et structurée en 11 points que la Coalition a analysé et dégagé les observations susceptibles de ne pas favoriser l’ inclusivité, partant la crédibilité  du futur dialogue, ci-après :

1. S’il est vrai que les travaux du Comité préparatoire ont été tenus dans le strict délai établi par la Facilitation et que la feuille de route est dans l’ensemble bien structurée ; la CRC note que la majorité des participants de l’opposition et la société civile n’ont pas de signification ou d’assise populaire et/ou sociale réelle pourtant nécessaire pour  y conférer le caractère d’inclusivité. La Coalition a observé la présence des dissidents des partis ou regroupements politiques, des participants prétendant avoir représenté des partis ou groupements politiques mais sans mandat des organes attitrés, et des membres de partis politiques présentés sous qualification ambiguë « personnalités politiques ». Cette situation s’apparente à la stratégie de débauchage politique et de dédoublement des partis et groupements politiques à laquelle le Gouvernement a fait recours dans le passé récent[1].

Par rapport aux personnes ayant signé cette feuille de route, notamment de l‘opposition, il est acquis en droit que toute négociation doit toujours commencer  par la vérification et la validation des mandats. Il est malsain que la facilitation ait accepté des personnes  débauchées  ou révoquées (cas des députés UDPS OU MLC) sans  mandats, ni lettres d’accréditations dans une telle assemblée, ne dit-on pas que « Fraude corrompt tout» .

2. La Coalition condamne cette pratique de débauchage qui nuit gravement à l’éthique et au professionnalisme politiques. C’est une pratique qui ne peut pas contribuer à la décrispation du climat politique, ni à la réconciliation nationale, car violant la loi sur le fonctionnement des partis politiques et les principes de base des Nations Unies et de l’Union Africaine en la matière.

3. La société civile a été représentée par des personnes non mandatées suivant les formes démocratiques. Selon les informations en notre possession, la liste a été fondamentalement inspirée par le Gouvernement de manière à écarter des acteurs de la société civile « jugés critiques ».

La Coalition recommande à ce que les modes de désignation des représentants des composantes au Dialogue soient démocratiques, transparents et devant permettre d’assurer la représentativité de tous les courants.

4. La Feuille de route a le mérite d’avoir rappelé l’objectif crucial que le dialogue doit atteindre à savoir permettre l’organisation, dans le cadre de la constitution congolaise et le respect des délais constitutionnels, d’élections libres, régulières, transparentes et crédibles  en conformité avec la résolution 2277 (point I, 1.3).

5. Le traitement des mesures de confiance spécialement la libération de 106 prisonniers politiques dont Eugène Diomi Ndongala et Jean-Muyambo, et la cessation des poursuites contre Moîse Katumbi, sans issue à ce jour, devra intervenir avant le démarrage des travaux du dialogue proprement dit afin de décrisper réellement le climat politique et assurer le caractère inclusif audit dialogue.

La Coalition recommande au Facilitateur et au Groupe de soutien international de lier cette assertion aux préalables  mieux, aux mesures de cohérence exigées par la résolution 2277 sur la création des conditions nécessaires à la tenue du dialogue national inclusif à savoir la libération de prisonniers politiques et d’opinion ainsi que  la cessation des poursuites injustes dictées par des motivations  politiques. La non référence  à ces mesures  laisse croire à une imposition de la vision de la majorité présidentielle et à l’abdication par  les  représentants de l’opposition  et de la société civile sur les préalables  pourtant exigées par la résolution 2277 en tant que question essentielle car liée à la décrispation du climat politique et  à la construction de confiance.

6. La Coalition constate que le point II, paragraphe d réaffirme la détermination des parties à renforcer le respect des décisions judiciaires, mais rappelle aussi le Facilitateur et le Groupe de soutien international sa demande pressante de faire annuler les décisions judiciaires rendues contre les opposants et acteurs de la société civile dans le contexte de resserrement de l’espace des libertés publiques et de l’instrumentalisation de la justice reste d’actualité afin de contribuer à la décrispation du climat politique nécessaire à un dialogue inclusif.

7. La Coalition recommande à ce que le point II, paragraphe e soit complété comme suit: « L’inclusivité doit se mesurer aussi sur base de la signification réelle des partis ou groupements politiques ou des organisations de la société civile » afin de prévenir un forum regroupant la majorité présidentielle et ses alliés tout court.

8. La Coalition recommande à ce qu’il soit ajouté au point IV relatifs aux éléments de l’agenda du dialogue un autre point: « Les conséquences juridiques et institutionnelles de la fin du 2ème et dernier mandat du Président Joseph Kabila le 19 décembre 2016». L’accord politique devra porter sur la fin du mandat du Président Joseph Kabila et non pas sur le partage du pouvoir pour lequel beaucoup de participants se sont battus pour participer aux travaux préparatoires. Le point 11 relatif à l’accord politique traduit et confirme les craintes de la Coalition de voir les participants transformer le dialogue en lieu de partage des postes. Bien plus  en ne précisant  pas  que cet accord  doit être conforme à la constitution, on ouvre la voie et consacre le contournement ou la violation intentionnelle  de la constitution, schéma  concocté par la majorité présidentielle en créant cette  crise manifestement artificielle  pour  conserver le pouvoir  en utilisant ce forum comme lieu de gestion d’appâts par des promesses  des postes.

9. La Coalition constate avec préoccupation que la Feuille de route réduit le rôle que le Groupe de soutien international doit jouer en formulant comme suit: « ses membres apportent au Facilitateur l’appui dont il a besoin…Et que le Facilitateur pourra…

La Coalition rappelle que le Groupe de soutien a été institué à la demande de la société civile et de l’opposition comme garantie de la bonne conduite de la facilitation.  Donc, ses membres devront être de droit associés à la conduite de la facilitation et consultés sur toutes les questions en impasses. Il n’est pas normal, par exemple, que le Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies et Chef de la MONUSCO qui, aux termes de la résolution 2277, a le mandat du Conseil de Sécurité d’offrir les bons offices dans la crise de la RDC, ne puisse plus jouer un rôle actif, ni être contacté par les parties sur des questions de blocage en vue de les faire examiner par le Facilitateur et le Groupe de soutien. C’est une aberration.

10. La Coalition plaide pour la suppression des indemnités à accorder aux participants pour les raisons suivantes : le pays traverse une crise financière et n’a pas de moyens, la majorité des participants sont déjà payés par l’Etat pour d’autres fonctions publiques qu’ils occupent (cas des ministres, députés, sénateurs et membres des cabinets de la présidence et des ministères…) et seuls les agents administratifs d’appoint doivent recevoir des indemnités.

La Coalition recommande un budget rigoureux, sans prévision d’achat d’équipements que le gouvernement devra disponibiliser ; et qu’il ne comprenne que principalement les frais de logement pour les participants venus de provinces, transports pour atteindre le lieu de travaux, deux repas et deux pauses café par jour. Les participants doivent être encouragés à consentir des sacrifices pour leur pays ; et les indemnités qui seront versées aux Facilitateur et membres de son cabinet devront être rendus publics au nom de la redevabilité et la transparence.

11. La Coalition demande la suppression de la composante « Personnalités politiques ». Personnalité politique est une qualité controverse et subjective qui peut donner lieu à beaucoup d’abus de par l’absence même de critères objectifs d’identification. Elle n’a aucune opinion sociale bien que les seules parties prenantes à la crise sont : le pouvoir, l’opposition et la seule société civile ; et donc le dialogue doit demeurer tripartite.

12. En conclusion, la Coalition recommande au Facilitateur et au Groupe de soutien de poursuivre les négociations avec des vrais acteurs conformément à la résolution 2277 du Conseil de sécurité tout en augmentant des pressions sur le Gouvernement pour qu’il libère tous les prisonniers politiques dont Eugène Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo et mette fin aux poursuites judiciaires contre Moîse Katumbi.

Pour tout contact presse :

Me Georges Kapiamba, Coordonnateur de la Coalition de 33 ONG

Téléphone : +243 81 404 3641

Email : kapiambag@gmail.com

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