samedi , 25 mars 2017
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RDC : Deux visions totalement opposées

Le 29 juillet, la Majorité présidentielle (MP) a tenu un meeting au stade Tata Raphaël de Kinshasa, pour soutenir la tenue du dialogue politique convoqué par le chef de l’Etat. Sur une grande affiche, on pouvait lire: « Le président de la République reste en fonction » selon « l’article 70 de la Constitution » et Aubin Minaku, secrétaire général de la MP, a conclu: «Qu’on ne vous trompe pas, Kabila ne va pas violer la Constitution». Autrement dit, Aubin Minaku a voulu réaffirmer que, dans le cas désormais certain de non organisation des élections présidentielle dans les délais constitutionnels, Joseph Kabila continuera à être Président de la République au delà de la fin de son deuxième et dernier mandat présidentiel. Le 31 juillet, Étienne Tshisekedi a tenu son premier discours après son retour à Kinshasa. Son message a été très clair: «Les fossoyeurs du peuple congolais, les mêmes qui ont volé votre victoire aux élections de 2011, en m’empêchant d’assurer le mandat que vous m’aviez confié, n’ont pas désarmé. Je suis là aujourd’hui pour qu’ensemble, avec votre soutient massif et déterminé, nous stoppions net leurs forfaitures, afin de donner des nouvelles perspectives à la RDCongo. Comme prévu par la constitution, les élections doivent avoir lieu cette année 2016. Le 19 septembre 2016 est la première ligne rouge à ne pas franchir. Le corps électoral doit être convoqué pour l’élection présidentielle. Dès cet instant-là, pour Mr. Kabila commence le décompte de préavis de trois mois de locataire au palais présidentiel. Le 19 décembre 2016, le préavis terminé, le jour suivant, le 20 décembre, la maison doit être libre. Le 20 décembre 2016, son préavis de trois mois ayant expiré, nous dirons tous au revoir à Monsieur Kabila et nous inaugurerons une nouvelle ère sans Kabila. Je donne l’assurance que des plans pertinents sont déjà prévus, à mettre en œuvre, dans le cadre d’un gouvernement responsable».

Le dialogue désormais incontournable

Il s’agit de deux visions totalement opposées qui risquent d’engouffrer le Pays dans le chaos. Pour essayer d’éviter cela, dans un communiqué de presse du 22 juillet, les Évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) avaient déjà demandé:

«1° A tous les acteurs politiques de faire diligence pour se mettre autour d’une table en vue du dialogue national que nous voulons sincère, qui s’avère être la voie incontournable pour relancer le processus électoral dans le respect de la Constitution et éviter ainsi le chaos. Vu l’urgence, nous les exhortons à tenir ce dialogue dans le courant du mois d’août. Tout ajournement ne ferait qu’aggraver les tensions. L’heure n’est plus donc à monter les enchères de nature à prolonger l’attente. Le dossier des préalables à remplir dont les uns et les autres attendent les réponses pourra être vidé dans le cadre du Comité préparatoire du dialogue. Il est impérieux de privilégier ce qui contribue à la démocratie et à la paix plutôt que de ne viser que les postes, les positionnements personnels ou des parties.

2° A la Majorité au pouvoir de donner davantage des signes forts de bonne volonté en vue de la tenue effective du dialogue. La libération des prisonniers politiques et d’opinion, l’ouverture de l’espace médiatique, le respect des libertés et des droits fondamentaux des citoyens, sont des gestes qui peuvent contribuer énormément à l’apaisement des esprits et à éviter des troubles dont les victimes sont souvent les populations civiles.

3° A l’Opposition de tout mettre en œuvre pour la tenue effective du dialogue, sous l’égide du Facilitateur nommé et avec l’appui du Groupe de soutien de la Communauté Internationale, dans le but de trouver un consensus politique rapide et de sauver la démocratie dans notre pays.

4° Aux Institutions de la République de garantir à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) son indépendance effective , de lui donner les moyens juridiques et matériels nécessaires pour accélérer la révision du fichier électoral et publier un calendrier électoral consensuel».

1. DETENUS DE LUCHA: GRACE PRESIDENTIELLE? NO, MERCI !

Le 22 juillet, dans une ordonnance présidentielle lue sur la chaine de télévision nationale, le chef de l’Etat Joseph Kabila a accordé une «remise totale» de peine à six militants du mouvement pro-démocratie Lutte pour le changement (LUCHA). Rebecca Kabugho, Melka Kamundu, John Anipenda, Justin Kambale, Ghislain Muhiwa et Serge Sivya avaient été arrêtés dans la nuit du 15 au 16 février 2016 dans une maison à Goma alors qu’ils préparaient l’organisation d’une journée ville-morte décrétée par plusieurs mouvements de la société civile pour exiger la tenue de l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel. Ils avaient été condamnés le 4 mars, à 6 mois de prison, pour «tentative d’incitation à la révolte». Ils sont actuellement en détention à la prison de Munzenze à Goma (Nord-Kivu). C’est le 15 aout 2016 qu’ils devaient être remis en liberté, c’est-à-dire dans moins d’un mois. Le plus vieux (Melka Kamundu) a 32 ans et la plus jeune (Rebecca Kabugho) 21 ans. En prison, ils s’adonnaient aux travaux de bénévolat au profit d’autres prisonniers. Par exemple, Serge et Melka, médecins stagiaires, effectuaient chaque jour un service bénévole au dispensaire de la prison. Justin, l’électromécanicien, aidait à la réparation des installations électriques. Ghislain, lui, donnait des cours d’anglais à une dizaine de prisonniers. Quand Rebecca apporte l’appui psychologique, John prodigue des conseils sur les droits.

C’est en prison qu’ils avaient appris que leur mouvement avait reçu le Prix Ambassadeur de la conscience 2016 d’Amnesty international aux côtés de la chanteuse béninoise Angélique Kidjo, les groupes de militants Y’en a marre (Sénégal), et le Balai citoyen (Burkina Faso). Un prix que Lucha avait d’ailleurs dédié à ses membres emprisonnés.

Le président Joseph Kabila a signé au total trois ordonnances. Les deux autres mesures présidentielles accordent la remise de peines restant à exécuter aux condamnés âgés « de 30 ans ou moins » et ceux dépassant 65 ans mais également à « toute personne condamnée à une peine de servitude pénale ou de travaux forcés, inférieure ou égale à trois ans ». Les condamnés pour viol et atteinte à la sécurité de l’État ne sont pas concernés par cette grâce présidentielle, souligne l’ordonnance.

Selon l’esprit du texte, trois autres militants de Lucha arrêtés en février et condamnés le 20 mai à Kinshasa à douze mois de prison « pour incitation à la désobéissance civile » et « propagation de faux bruits » sont également concernés par la mesure de grâce. Deux autres militants pro-démocratie, Yves Mukwambala de Filimbi et Fred Bauma de Lucha ne sont pas concernés par cette mesure de grâce, leur procès étant encore en cours. La libération des « prisonniers politiques et d’opinion » était l’un des préalables de l’opposition pour participer au « dialogue national », en vue d' »élections apaisées ». Depuis plusieurs mois, la communauté internationale invite Kinshasa à prendre des mesures d’apaisement en vue de créer un environnement favorable à la tenue du « dialogue national » et trouver une solution à « l’impasse » actuel sur le processus électoral.

Le 23 juillet, les six militants du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) ont annoncé qu’ils renonçaient à leur liberté accordée par la grâce présidentielle, préférant terminer la dizaine de jours de peine qui leur reste, en signe de solidarité aux autres militants pro-démocratie n’ayant pas bénéficié de cette grâce qu’ils jugent sélective.

«Le chef de l’Etat a pris cette mesure pour qu’ils aient une sorte de dette morale envers lui, c’est une mesure politique qui vise à attirer la sympathie des jeunes», explique Me Mugisho, avocat des militants. Et d’ajouter: «Il y a deux militants qui sont encore détenus à Kinshasa, Fred Bauma et Yves Makwambala, et qui n’ont jamais été entendus ni jugés. Ils sont en détention préventive depuis plus d’un an. Ce sont eux qui auraient vraiment eu besoin de cette mesure de clémence». «Par solidarité, les militants de la Lucha préfèrent donc rester en prison. En RDC, lorsqu’une telle mesure est prise, il faut que le condamné en fasse la demande pour sortir et ils ne le feront pas. Personnellement je pense que l’administration va les déguerpir, les chasser de la prison. Mais dans leur for intérieur, dire merci, ce serait trahir leur combat, ce serait une corruption morale».

Dans leur correspondance adressée au président Kabila, tout en invitant le président Joseph Kabila à aller plus loin en ordonnant l’abandon des poursuites contre d’autres prisonniers d’opinion, les jeunes militants ont précisé que cette mesure de grâce doit toucher autant ceux qui sont en détention préventive ou en attente d’un jugement définitif. Dans le lot, il y a leurs camarades Fred Bauma et Yves Makwambala détenus à Kinshasa depuis près de 17 mois, sans procès; Bienvenu Matumo, Héritier Kapitene et Victor Tesongo, arrêtés à Kinshasa au même moment qu’eux à Goma; les activistes Christopher Ngoy, Jean-Marie Kalonji, Jean de Dieu Kilima du mouvement Filimbi; des opposants tels que Eugène Diomi Ndongala et le bâtonnier Jean-Claude Muyambo; etc.

Le 24 juillet, dans une interview à RFI, le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba assure qu’on va les « faire sortir de force »: «la grâce présidentielle est une mesure d’ordre public qui est opposable à tous, aux autorités judiciaires et aux personnes graciées. Donc, une fois que le procureur de Goma recevra la lettre, que j’ai déjà faite, lui notifiant les ordonnances présidentielles, il doit les faire sortir, il doit les faire sortir de force, donc il n’aura plus de raison juridique pour pouvoir les maintenir».

Le 26 juillet, les six militants du mouvement citoyen pour la démocratie «Lutte pour le changement», Lucha, ont été expulsés dans l’après-midi de la prison centrale de Munzenze à Goma au Nord-Kivu. L’opération de leur expulsion a été menée par d’autres détenus de la brigade « Anti-gang » de cette prison, après plusieurs tentatives de négociations avec quelques autorités de la place, pour tenter de les convaincre de les laisser purger leur peine. Selon un membre de la Lucha, tous les anciens détenus ont regagné leurs domiciles.

Le 29 juillet, les autorités de la prison centrale de Makala ont reporté à une date ultérieure la cérémonie de libération des prisonniers bénéficiaires de la grâce présidentielle. La cérémonie de leur sortie était initialement programmée pour le 27 juillet, puis reprogrammée pour le 28 juillet, elle a été reportée sine die. Sans plus de précision, les autorités pénitentiaires ont indiqué que le nombre de détenus éligibles à la grâce présidentielle devrait augmenter de 30, comme prévu initialement, à 500 et que leur libération se ferait progressivement. Seuls les détenus des délits communs condamnés par le tribunal de paix bénéficient de cette grâce.

2. EDEM KODJO ANNONCE LE DEBUT DES TRAVAUX DU COMITE PREPARATOIRE DU DIALOGUE POUR LE 30 JUILLET

Le 21 juillet, le facilitateur du dialogue politique national, Edem Kodjo, a annoncè le début effectif des travaux du comité préparatoire du dialogue pour le 30 juillet prochain à Kinshasa. Le comité préparatoire a pour rôle de préparer l’ordre du jour du dialogue, préparer un règlement intérieur et

résoudre toutes les questions logistiques et matérielles. Selon Edem Kodjo, après plus ou moins une semaine des travaux préparatoires, on pourra alors connaitre la date et le lieu du dialogue dont la durée souhaitée serait de 15-20 jours.

Le 22 juillet, dans un communiqué de presse, les Évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) affirment «avoir suivi avec beaucoup d’intérêt et satisfaction le point de presse du Facilitateur, Son Excellence Monsieur Edem Kodjo, par lequel il annonçait la convocation du Comité préparatoire du dialogue pour la fin du mois de juillet. Compte tenu de l’importance majeure de ce forum national attendu de tous les vœux … nous demandons:

1° A tous les acteurs politiques de faire diligence pour se mettre autour d’une table en vue du dialogue national que nous voulons sincère, qui s’avère être la voie incontournable pour relancer le processus électoral dans le respect de la Constitution et éviter ainsi le chaos. Vu l’urgence, nous les exhortons à tenir ce dialogue dans le courant du mois d’août. Tout ajournement ne ferait qu’aggraver les tensions. L’heure n’est plus donc à monter les enchères de nature à prolonger l’attente. Le dossier des préalables à remplir dont les uns et les autres attendent les réponses pourra être vidé dans le cadre du Comité préparatoire du dialogue. Il est impérieux de privilégier ce qui contribue à la démocratie et à la paix (cf. Rm 14,19) plutôt que de ne viser que les postes, les positionnements personnels ou des parties. Pendant que l’on perd du temps précieux, la souffrance du peuple ne fait que s’aggraver.

2° A la Majorité au pouvoir de donner davantage des signes forts de bonne volonté en vue de la tenue effective du dialogue. Nous saluons la libération de quelques jeunes de la LUCHA détenus à Goma et nous encourageons la libération des autres prisonniers politiques et d’opinion. L’ouverture de l’espace médiatique, le respect des libertés et des droits fondamentaux des citoyens, sont des gestes qui peuvent contribuer énormément à l’apaisement des esprits et à éviter des troubles dont les victimes sont souvent les populations civiles.

3° A l’Opposition de tout mettre en oeuvre pour la tenue effective du dialogue, sous l’égide du Facilitateur nommé et avec l’appui du Groupe de soutien de la Communauté Internationale, dans le but de trouver un consensus politique rapide et de sauver la démocratie dans notre pays.

4° Aux Institutions de la République de garantir à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) son indépendance effective , de lui donner les moyens juridiques et matériels nécessaires pour accélérer la révision du fichier électoral et publier un calendrier électoral consensuel.

5° Au Peuple congolais de rester vigilant et de tenir au respect de la Constitution, des principes démocratiques et des valeurs sociales pour sauvegarder la paix, la concorde et la cohésion nationale. Aux jeunes, en particulier nous demandons de ne céder ni à la manipulation, ni à la violence commanditées par ceux des politiciens qui ne recherchent que leurs intérêts personnels».

Le 23 juillet, au siège de l’Union Africaine (UA), accompagné de haut cadre de son parti, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et de ses alliés, Vital Kamerhe, s’est entretenu avec le facilitateur du dialogue politique, Edem Kodjo, qui était entouré des membres du panel du Groupe de soutien au facilitateur du dialogue national. Baudouin Mayo, Jean Bertrand Ewanga, Kudura Kasongo, Mwenze Kongolo, Ndom Nda Ombel …étaient présents à cette rencontre. Pendant plus de deux heures, les deux parties ont échangé sur leur interprétation respective du dialogue, conformément à l’esprit et à la lettre de la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Livrant ses impressions à la presse, le président de l’UNC, Viatl Kamerhe, a exprimé toute sa satisfaction du fait que toutes les équivoques concernant le dialogue ont été levées. Il a déclaré avoir reçu les assurances du facilitateur que le dialogue en gestation va avoir pour soubassement juridique la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations unies et non l’ordonnance du président Kabila.

Il a réaffirmé son refus, à l’instar d’autres leaders de l’opposition, de prendre part à un dialogue made in Kabila. Le président de l’UNC a également abordé d’autres préalables pour la tenue du dialogue, notamment la libération des prisonniers politiques, la décrispation de l’espace politique, le respect des droits humains, la réouverture des médias proches de l’opposition.

Tout en saluant la grâce présidentielle accordée à certains détenus, Kamerhe juge insuffisant l’acte posé par le chef de l’Etat. Il estime que le président de la République aurait dû faire libérer tous les prisonniers politiques et d’opinions, entres autres Eugène Diomi, Jean-Claude Muyambo, Christopher Ngoyi … pour décrisper le climat politique fortement tendu, indispensable pour le succès du dialogue. Vital Kamerhe s’est par ailleurs réjoui d’être le deuxième acteur politique congolais, après le président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, à s’entretenir avec le facilitateur du dialogue politique entouré de tout le panel de la facilitation.

3. LE «RASSEMBLEMENT» DE L’OPPOSITION RECUSE LE FACILITATEUR EDEM KODJO

Le 24 juillet, dans un communiqué signé par Étienne Tshisekedi depuis Bruxelles,

«1. Le « Rassemblement des Forces politiques et sociales acquises au changement » a pris connaissance du communiqué de presse intitulé: «Deuxième réunion du Groupe de soutien au facilitateur du Dialogue politique national en RDC» du 23 juillet 2016, au nom de l’Union africaine.

2. Le Rassemblement rappelle que le communiqué de l’Union africaine du 04 juillet 2016 annonçant la mise en place du groupe de soutien à la facilitation assigne à celui-ci la mission de mener des consultations avec toutes les parties prenantes, en vue de la mise en œuvre de la Résolution 2277.

3. C’est dans ce cadre qu’une délégation composée du Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union Africaine, Smail Chergui, de l’Envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la région des Grands Lacs, Said Djinnit, et du Directeur général pour l’Afrique de l’Union européenne, Koen Vervaeke, a rencontré le 09 juillet 2016 à Bruxelles le Président du Conseil des sages, Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba, assisté d’autres membres du Rassemblement.

4. Au cours de cette rencontre, un certain nombre d’engagements avaient été pris entre le Rassemblement et les membres de la délégation susmentionnée, notamment:

– la transformation du groupe de soutien en groupe de facilitation;

– l’inopportunité, à ce stade, d’un comité préparatoire, le groupe de facilitation devant jouer le rôle de ce comité, en rapprochant les deux parties prenantes pour connaître leurs cahiers de charges, afin de fixer un ordre du jour des pourparlers;

– la décrispation de la situation politique par la libération des prisonniers d’opinions et détenus politiques, la cessation des poursuites judiciaires arbitraires dirigées contre les leaders de l’opposition, la levée des mesures d’interdiction contre les médias privés de l’opposition ainsi que l’arrêt des dédoublements des partis politiques;

– le début des travaux des pourparlers étant à fixer lors d’une réunion d’évaluation entre les deux délégations, après le 31 juillet, date du meeting du Rassemblement.

5. Le Rassemblement constate, malheureusement, que le contenu du communiqué de presse du 23 juillet 2016 est non seulement un recul regrettable et dangereux par rapport aux avancées déjà réalisées dans le processus de mise en œuvre de la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité, mais surtout une provocation susceptible de remettre en cause tous les efforts déployés à ce jour dans la recherche d’une voie de sortie pacifique à la crise actuelle.

6. C’est ainsi que le Rassemblement annonce à l’opinion tant nationale qu’internationale qu’il ne se sent pas concerné par ce communiqué du 23 juillet. Par conséquent, il récuse Monsieur Edem Kodjo et demande à l’Union africaine de tirer toutes les conséquences qui découlent de cette situation, afin de sauver le processus de mise en œuvre de la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité sur laquelle reposent les espoirs de notre peuple d’obtenir pacifiquement l’alternance au pouvoir, conformément aux prescrits de notre Constitution».

Réagissant à la décision du Rassemblement des forces acquises au changement de récuser le facilitateur du dialogue Edem Ekodjo, la nouvelle société civile congolaise s’est dite préoccupée par cette mise en demeure du diplomate togolais. Pour Jonas Tshombela, le coordonnateur de cette structure de la société civile, les revendications du rassemblement, quoi fondées, remettraient à zéro le processus du dialogue. «Il y a dans leur revendication certains problèmes fondés. Mais ça ne devrait pas être une raison fondamentale pour récuser [le facilitateur]. Parce que cela va nous amener à la désignation d’autres et risque d’être encore long alors que nous nous en tenons aux délais constitutionnels» a estimé Jonas Tshombela. Il appelle la Majorité et l’opposition à la retenue et au consensus. Jonas Tshombela invite par ailleurs la Majorité a lancé de signaux forts d’apaisement à l’endroit de l’opposition en faisant libérer des opposants de premier plan, détenus à cause de leurs opinions politiques.

L’Union pour la Nation congolaise (UNC) de Vital Kamehre adhère à la position du rassemblement des forces acquises au changement, la plate-forme des partis politiques de l’opposition qui a récusé Edem Kodjo, le facilitateur du dialogue désigné par l’Union Africaine et approuvée par la communauté internationale. C’est qu’a indiqué Bertrand Ewanga, le secrétaire général de l’UNC. Toutefois Bertrand Ewanga laisse une lueur d’espoir quant à la participation de l’opposition au dialogue: «Je crois qu’il revient au panel de pouvoir améliorer les conditions de participation au niveau du dialogue et nous trouverons toujours des issues pour qu’on aille de l’avant».

Le 25 juillet, au cours d’une conférence de presse à Kinshasa, Franck Diongo, président du MLP et cadre de la plate-forme de l’opposition Alternance pour la République (AR), a affirmé que «le groupe international de [soutien] devrait se muer en comité international de facilitation du dialogue national, aux côtés d’Edem Kodjo». Selon lui, ce groupe ne devrait pas avoir le statut d’observateur, tel que voulu par Edem Kodjo, mais celui d’un comité de facilitation.

Il souscrit à la décision du Rassemblement des forces acquises au changement, qui a récusé Edem Kodjo, facilitateur du dialogue politique désigné par l’Union africaine. «Donc, si il n’y a pas dialogue d’ici le 19 septembre, nous n’allons participer à aucun dialogue. Et l’histoire dira son mot par rapport à la manière dont nous allons nous comporter», a menacé le président du MLP.

4. LA REPONSE DE EDEM KODJO

Le 26 juillet, dans un communiqué de presse, la présidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, dit avoir pris connaissance «avec regret» du document du Rassemblement des forces acquises au changement. Dans ce communiqué, Nkosazana Dlamini-Zuma dit renouveler sa confiance à Edem Kodjo, appuyé par le groupe de soutien international et invite toutes les parties prenantes de la RDC à s’engager «résolument» en faveur du dialogue politique.

Le 26 juillet, en répondant à la récusation de sa personne par le Rassemblement des forces acquises au changement, le facilitateur du dialogue politique en RDC, Edem Kodjo, a affirmé: «L’Union africaine a déjà renouvelé la confiance au facilitateur. Du reste, on voit dans la classe politique et dans la société congolaise beaucoup de soutiens qui se manifestent au facilitateur. Je m’en veux pour preuve la lettre pastorale et les positions qui sont prises par plusieurs partis de l’opposition. Je n’ai aucune espèce d’inquiétude. Nous travaillons dans le droit et dans l’honnêteté». Edem Kodjo dit mettre quiconque au défi de lui prouver qu’il roule pour Joseph Kabila.

«Je mets au défi quiconque de signaler un seul acte ou une seule position du facilitateur qui pourrait être interprété comme destiné à soutenir le président Kabila. Ce sont des élucubrations qui n’ont pas de fondements», a-t-il déploré.

Le 26 juillet, Edem Kodjo et son équipe ont débuté la séance de vérification et de validation des mandats des 19 délégués du comité préparatoire au dialogue, comme annoncé. Le facilitateur maintient, de ce fait, le lancement des travaux du comité préparatoire pour le 30 juillet 2016.

Le comité préparatoire a pour rôle de: préparer l’ordre du jour du dialogue, préparer un règlement intérieur et résoudre toutes les questions logistiques et matérielles.

Etaient chez Kodjo pour la validation des mandats: Jean Lucien Bussa pour le Front des démocrates, Clément Kanku pour le MR, Joseph Kokonyangi pour la MP, Pierre Kangudia pour l’UNC, Jonas Tshiombela pour la NSCC, Hubert Ifole pour le RCD et Kamanda pour l’Opposition républicaine. La séance se poursuit et d’autres partis et regroupements politiques continuent à venir.

Au sortir de la séance, Pierre Kangudia, secrétaire politique nationale en charge des relations avec les partis politiques de l’UNC, a déclaré: «Nous ne pouvons pas totalement fermer la porte pour le moment. Si nous avons des préalables à faire valoir nous devons les porter devant les responsables qui ont la charge de les faire parvenir à l’autre camp. C’est la raison pour laquelle nous avons la facilitation (…). Récuser Kodjo voudrait dire remettre en cause tout ce qui a été fait».

Le 26 juillet, au cours d’un point de presse, Jean-Lucien Bussa, coordonateur du Front des Démocrates,  a fait savoir que son groupement politique ne trouve plus d’inconvénient à prendre part au dialogue, d’autant plus qu’il a pour soubassement la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies et non l’ordonnance présidentielle du 15 novembre 2015. Jean-Lucien Bussa a fait savoir que son groupement politique, qui n’est pas membre du « Rassemblement », se reconnait dans la résolution de Genval exigeant la mise en œuvre intégrale de la Résolution 2277.

Faisant sienne la position des évêques reprise dans leur communiqué du 24 juillet 2016, l’élu de Budjala a appelé la classe politique congolaise à la conscience et à la responsabilité. «Plus les discussions liées à l’élection présidentielle s’éternisent, plus l’on retarde l’alternance politique en RDC», a-t-il martelé, avant d’exiger la libération des prisonniers politiques et d’opinions pour décrisper le climat politique avant la tenue du dialogue. Selon le Front des Démocrates, les mesures de grâce présidentielle en faveur de certains concitoyens condamnés en justice sont insuffisantes.

Le 29 juillet, Brahima Traoré, membre du staff d’Edem Kodjo, le facilitateur désigné par l’Union africaine, a annoncé que, initialement prévu pour le 30 juillet, le lancement des travaux du comité préparatoire du dialogue est reporté à une date ultérieure. «Les conditions ne sont pas réunies», a indiqué Brahima Traoré après la réunion qu’Edem Kodjo a eue avec le groupe de soutien au facilitateur. Ce report a pour but de «permettre à tous les acteurs de prendre leurs dispositions pour que la grande famille des participants au dialogue soit au grand complet», indique un communiqué signé par Edem Kodjo, facilitateur dudit dialogue. «Le facilitateur du dialogue inclusif congolais et le groupe international de soutien exhortent toutes les parties prenantes à faire preuve de dépassement pour créer des conditions du démarrage des travaux du comité préparatoire dans les tous prochains jours», renseigne le communiqué.

5. L’ACAJ DEMANDE LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES

Le 26 juillet, l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ) a demandé au Gouvernement congolais de libérer «tous les prisonniers politiques et/ou d’opinion avant le démarrage du dialogue national».

ACAJ explique: «Il s’agit des personnes emprisonnées à ce jour soit pour des motifs politiques, soit à cause de l’exercice de libertés publiques ou l’expression de leurs convictions politiques ou opinions, soit à cause de leur appartenance aux partis de l’opposition. Certains sont détenus dans les prisons sous contrôle de la justice et d’autres dans les cachots de l’agence nationale de renseignement (ANR) privés de droit de visite, d’être assisté de conseil de leur choix et d’être présenté devant un juge à l’expiration du délai légal de garde à vue de 48 heures». Il s’agit de:

– A Kinshasa:

Prison de Makala:

  1. Eugène DIOMI Ndongala, Président de la Démocratie Chrétienne (DC)
  2. Jean-Claude MUYAMBO, Président de la solidarité Congolaise pour la Démocratie et le Développement (SCODE)
  3. Christopher NGOIE MUTAMBA, défenseur des droits de l’homme
  4. Freud BAUMA, mouvement citoyen Lucha
  5. Bienvenu MATUMO, mouvement citoyen Lucha
  6. Héritier Marcel KAPITENI, mouvement citoyen Lucha
  7. Victor TESONGO, mouvement citoyen Lucha
  8. Yves MAKWAMBALA, mouvement citoyen Filimbi
  9. Jean de Dieu KILIMA, mouvement citoyen Filimbi
  10. Jean-Marie KALONJI, mouvement citoyen 4eme voix
  11. Yannick KIBINDA MUKEBA, proche de Moîse Katumbi
  12. Franck MWASHILA, proche de Moîse Katumbi
  13. IDI SEFU, proche de Moise Katumbi

Cachot ANR:

  1. KABULO SIMBI ZAZOU, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  2. KALENGA KINYANGO KAKOKO, membre de l’UNAFEC/Kyungu

– A LUBUMBASHI

Prison de la Kasapa:

  1. KAZADI BUKASA, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  2. KAPENDA BUPE, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  3. KABEMBA LUHEMBE, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  4. MASANGU UMBA, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  5. TSHIBWABWA KABONGO, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  6. NKULU KISAMBWA, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  7. KALONJI MUKEBA, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  8. MBAV KABWAND, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  9. TWITE KALUMBA, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  10. KABWISHE MWENYE Yousouf (refugié burundais considéré à tort comme membre de l’UNAFEC/Kyungu)
  11. KABALA MULIMBA Olivier, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  12. MULUMBA MUTOMBO, membre de l’UNAFEC/Kyungu
  13. NGONGO KASONGO Joseph, membre de l’UNAFEC/Kyungu

Cachot ANR:

  1. LWEMBE MUNIKA Lumbic, beau-fils du député Gabriel KyunguwaKumwanza, président de l’UNAFEC.
  2. KAPENDA Lemal, membre de l’UNAFEC/Kyungu

L’ACAJ rappelle aussi le cas de 83 personnes détenues, respectivement à la prison de Ndolo (55) et Makala (28), pourtant amnistiées depuis plus de deux ans, mais non libérées pour des motifs politiques, dont MM. Firmin YANGAMBI, Eric KIKUNDA, Professeur BONEKUBE Michel.

L’ACAJ demande au Gouvernement, de «libérer toutes ces personnes et faire cesser toutes les poursuites et harcèlement judiciaires contre les membres de l’opposition et de la société civile, et ce, avant le démarrage effectif du dialogue national».

L’ACAJ demande au Facilitateur Edem Kodjo, de «agir en urgence de manière à obtenir cette libération en vue de la décrispation du climat politique et du rétablissement de la confiance entre acteurs politiques et sociaux de la RDCongo».

L’ACAJ demande au Groupe des Experts d’appui international à la Facilitation, de «veiller à ce que la résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies soit scrupuleusement respectée en ce qui concerne, particulièrement, la libération préalable des prisonniers politiques et d’opinion».

6. LE RETOUR DE ETIENNE TSHISEKEDI A KINSHASA

Le 23 juillet, le commissaire provincial de la police de Kinshasa, Célestin Kanyama, a affirmé avoir arrêté des stratégies pour assurer la sécurité lors du retour d’Etienne Tshisekedi au pays.

Le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) rentrera mercredi 27 juillet par l’aéroport international de Ndjili, après avoir passé deux ans en Belgique, où il était évacué pour des raisons médicales. «A ce qui concerne la sécurité de Monsieur Etienne [Tshisekedi], on a pris toutes les dispositions pour l’acheminer chez lui à la maison et tout se passera bien», a assuré le général Célestin Kanyama. 15 personnes seulement sont autorisées à se présenter sur le tarmac de l’aéroport international de N’Djili et 40 au Salon d’honneur. Les autres qui pourront faire le déplacement de l’aéroport de Ndjili se mettront au-delà de la chaussée [boulevard Lumumba].

Le 26 juillet, arrivé en début de soirée à Kinshasa, Félix Tshisekedi, Secrétaire national de l’UDPS chargé des Relations Extérieures, s’est aussitôt confié à la presse dans les installations de l’aéroport international de N’Djili. D’emblée, il a accusé la Majorité Présidentielle, qui soutient le Facilitateur Kodjo, de vouloir prendre le dialogue en otage. Il a martelé que le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement ne pourrait participer à un Dialogue convoqué dans l’esprit de l’ordonnance du Chef de l’Etat. A ce stade, a-t-il indiqué, il ne peut y avoir de dialogue entre Congolais, car plusieurs préalables posés par l’Opposition réunie autour d’Etienne Tshisekedi (respect de la Résolution 2277, respect de la Constitution, libération des prisonniers politiques et détenus d’opinions, réouverture des médias fermés) ne sont toujours pas remplis.

Félix Tshisekedi a également rappelé que la récusation d’Edem Kodjo par le Rassemblement est sans appel. Par conséquent, l’Union Africaine devrait prendre ses responsabilités en lui désignant un successeur neutre et crédible. Interrogé à propos d’une possible transition en cas de non organisation des élections présidentielles dans les délais constitutionnels, il a répondu que, dans ce cas précis, la constitution reste muette et que, à ce moment-là, le pouvoir ne sera nulle part. C’est pourquoi, on a déjà proposé qu’Etienne Tshisekedi conduise la transition.

Le 26 juillet, dans la soirée, des échauffourées ont eu lieu entre la Police nationale congolaise et des militants de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), à Lubumbashi (Haut-Katanga). Les membres de l’UDPS indiquent qu’ils étaient sur l’avenue Maniema devant leur «écran géant»: un tableau sur lequel ils écrivent chaque jour les informations de leur parti politique. Ces militants s’étaient réunis pour échanger autour du retour d’Etienne Tshisekedi. Sur place, ils chantaient à la louange de ce dernier. A l’arrivée des policiers, il s’est en est suivi un tiraillement entre les deux parties ayant conduit à la débandade. Quelques militants de ce parti ont été arrêtés. Du côté de la police, on avance le nombre de quatre personnes interpellées.

Le 27 juillet, dans la matinée, à Lubumbashi, la même scène du soir précédent se serait reproduite aussi dans le quartier Kisanga, de la commune annexe à la permanence de l’UDPS. Là aussi, la police a mis la main sur certains leurs membres. Ils ont été amenés à une destination inconnue.

Le 27 juillet, l’avion d’Etienne Tshisekedi s’est posé, comme prévu, aux alentours de 14 heures, à l’aéroport de Kinshasa. Un comité d’accueil assez limité, composé de plusieurs dizaines de personnes, l’attendait à l’aéroport. En revanche, des foules très imposantes s’étaient rassemblées tout au long des routes qui traversent les quartiers populaires menant jusqu’au siège de l’UDPS.

Le 27 juillet, des membres de l’UDPS et ceux des partis de Rassemblement de forces acquises au changement se sont réunis aux environs de l’aéroport de Bipemba, à Mbuji-Mayi (Kasaï-Oriental), pour un «accueil virtuel» de l’opposant Etienne Tshisekedi. Ces militants de l’opposition n’ont pas pu cependant organiser l’accueil symbolique de Tshisekedi à l’aéroport de Bipemba comme prévu, toutes les voies d’accès étant bloquées par la police nationale. Entre-temps, dans l’autre partie de la ville, une «marche de soutien au dialogue national et à son facilitateur» se déroule sur le boulevard Mzee Laurent-Désiré Kabila à l’initiative des partis membres de la Majorité présidentielle.

A Kananga (Kasaï-Central) comme à Tshikapa (Kasaï), les manifestations relatives à «l’accueil virtuel d’Etienne Tshisekedi» ont été interdites.

A Kananga, capitale provinciale du Kasaï-central, l’une de trois permanences de l’UDPS a été investie, depuis le matin, par la police nationale. «Nous avons prévu quelques activités parmi lesquelles une caravane motorisée à partir de notre permanence jusqu’à l’aéroport. Et circuler dans quelques communes de Kananga et revenir au siège pour faire la lecture de l’acte d’engagement de Genval. Hier soir, le maire nous a répondu pour dire que nous n’allons plus marcher», s’est plaint un responsable de l’UDPS à Kananga.

A Tshikapa (Kasaï), la société civile a accusé la police nationale d’avoir arrêté le président de jeunesse de l’UDPS. Il lui est reproché d’avoir mobilisé les membres et sympathisants de l’UDPS pour l’accueil symbolique d’Etienne Tshisekedi.

Le 27 juillet, sept membres de la plateforme Front citoyen 2016 ont été arrêtés et acheminés au cachot du parquet de grande instance de l’Ituri à Bunia. Selon le procureur ad intérim, le rapport des services de sécurité renseigne que ces personnes sont accusées d’avoir troublé l’ordre public pendant la marche de soutien au dialogue organisée par le gouverneur de province à Bunia.

Parmi les sept arrêtés, il y a quatre membres de LUCHA (René Iragi, David Ngabu, Eugène Baminday, Luc Malembe) et trois membres de Filimbi (Godhi Naguy, Joseph Ubegiu et Youyou Byarufu). Les témoins rapportent qu’ils sont venus à la marche de soutien au dialogue en brandissant des calicots avec la mention: « Nous soutenons le dialogue, mais en respectant la constitution ». L’avocat de ces personnes arrêtées parle de la politisation de l’affaire. Selon Maître Augustin Aongonda, avocat au barreau près de la cour d’appel de Kisangani, le procès-verbal de l’Agence nationale des renseignements (ANR) impute à ses clients la désobéissance civile.

Dans un communiqué, la Lucha a dénoncé un énième acte de répression, à un moment où le gouvernement à promis une décrispation de l’espace politique en vue du dialogue.

Le 28 juillet, le député Franck Diongo, membre du « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement « , a affirmé que la question de la récusation de Kodjo est irrévocable. Le « Rassemblement  » ne peut y revenir et réservera une fin de non-recevoir à la décision de Mme Zuma. Du reste, poursuit-il, pour le « Rassemblement « , c’est la même chose qu’il y ait dialogue ou pas. Ce qu’ils attendent, c’est plutôt de signer la fin du mandat de Joseph Kabila le 19 décembre 2016. Selon Franck Diongo, cette date n’est pas liée au dialogue. Qu’il y ait dialogue ou pas, Kabila termine son tout dernier mandat le 19 décembre prochain.

Nul doute que si le Président du Comité des sages du « Rassemblement », Étienne Tshisekedi, reconfirmera à l’opinion le maintien de la récusation d’Edem Kodjo, on s’achemine donc vers la tenue d’un dialogue sans la frange de l’Opposition regroupée dans ce « Rassemblement ».

Le 29 juillet, les sept membres du Front citoyen 2016 arrêtés le 27 juillet à Bunia (Ituri) ont été relâchés. «Ils ont été libérés sur ordre du Procureur, qui est retourné à Bunia aujourd’hui. Cependant, ils seront encore entendus ce samedi 30 juillet 2016 par le procureur en personne qui souhaite en savoir plus sur cette affaire (…). Tous les sept militants se portent bien, bien que certains ressentent encore des douleurs dues à la brutalité des services de sécurité pendant leur arrestation», a dit l’avocat de Godhi Naguy, coordinatrice locale du Front Citoyen 2016.

7. LA MANIFESTATION DE LA MAJORITE PRESIDENTIELLE

Le 21 juillet, la majorité présidentielle a annoncé une manifestation le 29 juillet au stade Tata-Raphaël de Kinshasa et une autre prévue le 7 août à l’esplanade du Palais du peuple. L’objectif est de soutenir le dialogue national convoqué par le chef de l’Etat et d’appeler la population à s’enrôler sur les listes électorales. Il faut rappeler que, le 4 juillet, le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement avait déjà appelé à des manifestations populaires sur toute l’étendue du territoire le 31 juillet, pour exiger la tenue dans les temps de l’élection présidentielle.

Le 28 juillet, au cours d’un meeting à Butembo, le gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku a évoqué la situation politique du pays. Il a notamment demandé à la population de soutenir le dialogue national convoqué par le chef de l’Etat pour, selon lui, éviter que le pays ne sombre dans la crise. Selon Julien Paluku, «le président Kabila n’a pas l’intention de briguer un troisième mandat» à la tête de la RDC. Il n’a cependant pas écarté l’idée d’un referendum constitutionnel pour que le peuple décide si le président Kabila peut se présenter ou non à la prochaine élection présidentielle.

L’actuelle constitution interdit à Joseph Kabila, dont le deuxième mandat s’achève en décembre, de briguer un nouveau mandat.

Le 29 juillet, la Majorité présidentielle (MP) a tenu un meeting au stade Tata Raphaël de Kinshasa, pour soutenir la tenue du dialogue politique convoqué par le chef de l’Etat.

Le secrétaire général de la Majorité présidentielle, Aubin Minaku, a pris la parole pour appeler au dialogue. Il a fait savoir que le chef de l’Etat veut la tenue du dialogue et des élections.

Sur une grande affiche, on pouvait lire: « le président de la République reste en fonction » selon « l’article 70 de la Constitution » et Aubin Minaku a conclu: «Qu’on ne vous trompe pas, Kabila ne va pas violer la Constitution». Les activités ont tourné au ralenti dans certains services de la Fonction publique. Quelques fonctionnaires contactés ont indiqué que les travailleurs ont été obligés de se rendre au meeting de la Majorité présidentielle.

Parmi les participants au meeting, Sublime Okama, étudiant à l’université pédagogique nationale (UPN), s’est dit « vraiment déçu »: «Ils ont juste amusé la galerie, glorifier le président sans parler des élections ou du respect de la Constitution». «Au lieu de dire que le président est « fin mandat » et qu’il ne sera pas candidat, eux nous parlent de « Wumela » (Restez le plus longtemps possible)», a réagi avec amertume Éric Kabongo, motocycliste d’une trentaine d’années. «On nous a donné des T-shirts gratuitement » et « peut-être qu’on donnera 2.000 francs (2 dollars) de transport», a confié Meta, étudiante en sociologie de l’Université de Kinshasa, tout en démentant la rumeur selon laquelle les participants à ce rassemblement auraient reçu de l’argent.

Le porte- parole de la Majorité présidentielle, André-Alain Atundu Liongo, a rejeté les déclarations selon lesquelles les fonctionnaires de l’Etat ont été obligés de se rendre au meeting qui a eu lieu au stade Tata Raphaël. Selon lui, la MP n’a pas exercé une pression sur les fonctionnaires pour participer au meeting. Toutefois, il indique avoir noté l’existence d’un tract dans certains ministères appelant les fonctionnaires à aller au meeting du 29 juillet. André-Alain Atundu précise que ceux des fonctionnaires qui voulaient assister au meeting devraient prendre toutes les dispositions utiles avec leurs administrations respectives pour avoir légalement un jour libre.

8. LE DISCOURS DE ETIENNE TSHISEKEDI

Le 29 juillet, à l’issue d’une rencontre avec une délégation d’ambassadeurs accrédités à Kinshasa,

les leaders du G7, membres du Rassemblement des forces acquises au changement, ont déclaré de continuer à boycotter le dialogue convoqué par le chef de l’Etat, Joseph Kabila. Un des cadres du G7, José Endundo Bononge, a souligné: «Aussi longtemps qu’on reste dans l’idée d’un dialogue à la Kabila, c’est-à-dire, un dialogue rassemblant trois cents, quatre cents et un millier de personnes, nous n’accepterons pas. L’objectif du dialogue, que nous préférons appelée négociation politique, c’est aboutir à un consensus sur l’organisation des élections et rien que cela». Le G7 soutient le schéma de la tenue des élections dans le délai constitutionnel: «Nous voulons savoir: quand allons-nous organiser les élections et nous voulons qu’on tienne compte des dispositions constitutionnelles».

Le 30 juillet, au cours d’une conférence de presse organisée, à Kinshasa, le Rassemblement de la jeunesse des forces politiques et sociales acquises au changement appelle à l’alternance politique en décembre prochain. Le porte-parole des jeunes, David Mukeba, a affirmé: «Elections ou pas, dialogue ou pas, alternance oblige le 19 décembre 2016».

Le 31 juillet, Étienne Tshisekedi a tenu son premier discours à Kinshasa depuis 2011. Il a parlé pendant une vingtaine de minutes devant plusieurs milliers de personnes. Annoncé à 13H00, ce meeting a débuté à 15H20.

C’est Joseph Olenghankoy qui a assuré la modération du meeting. Les délégations de l’UDPS, de la Dynamique, du G7, de l’AR, du G14, de MPP, du Front du Peuple, de la Convention des républicains étaient présentes. La société civile était représentée par Maitre Georges Kapiamba et Kabengela Ilunga. Les mouvements citoyens LUCHA et FILIMBI étaient aussi présents.

Voici quelques extraits du discours de Étienne Tshisekedi:

«Le sens de ma lutte est d’ériger un véritable Etat de droit sur cette terre de nos ancêtres … Je donne l’assurance que des plans pertinents sont prévus, à mettre en œuvre, dans le cadre d’un gouvernement responsable.

Le Congo dispose déjà de la fondation sur laquelle j’ai le devoir de consolider avec vous la construction de la République : la Constitution.

Pour mener cette lutte, depuis la Belgique à Genval, mes compatriotes des forces politiques et sociales acquise au changement, ont constitué le Rassemblement pour la défense des valeurs de la République qu’elles ont unanimement placé sous mon leadership. C’es dans cette unité de combat que réside la victoire de notre peuple.

Les fossoyeurs du peuple congolais, les mêmes qui ont volé votre victoire aux élections de 2011, en m’empêchant d’assurer le mandat que vous m’aviez confié, n’ont pas désarmé.

Je suis là aujourd’hui pour qu’ensemble, avec votre soutient massif et déterminé, nous stoppions net leurs forfaitures. Défendre le respect de notre constitution, ainsi que les délais qu’elle prescrit, afin de donner des nouvelles perspectives à la RDCongo.

Comme prévu par la constitution, les élections doivent avoir lieu cette année 2016. Le 19 septembre 2016 est la première ligne rouge à ne pas franchir. Le corps électoral doit être convoqué pour l’élection présidentielle. Au cas contraire, la haute trahison sera attestée dans le chef de monsieur Kabila qui endosse la responsabilité du malheur des congolais. Dès cet instant, le décompte de son préavis de trois mois de locataire au palais présidentiel commence. Le 19 décembre 2016, le préavis terminé, le 20 la maison doit être libre. Cet homme, qui depuis 2001 jusqu’aujourd’hui joue à qui perd gagne, ne devra plus échapper à votre vigilance.

A cette date, nous en appelons à votre responsabilité : « YEBELA ». Avec le Rassemblement, nous vous donnerons un calendrier des actions citoyennes à entreprendre pour faire échec à tout coup de force contre la Constitution.

A mes appels de dialoguer sous la facilitation internationale, en conformité avec la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, Monsieur Kabila et sa majorité ont préféré répondre par des ruses, des manœuvres  dilatoires et d’autres diverses exactions. C’est ainsi que nous avons été amenés à récuser le facilitateur désigné par l’Union Africaine, dont les actes unilatéraux ont fini par lasser.

Je réitère les exigences du Rassemblement: la transformation du groupe de soutien en panel collégial des facilitateurs; l’intégration des USA, dont l’implication dans la problématique du processus électoral en cours est des plus engagée; la libération inconditionnelle des détenus politiques dont les plus connus: Ndiomi Ndogala, Me Muyambo, Christopher Ngoyi, les jeunes de Filimbi et de Lucha; la remise en liberté des combattants de l’UDPS tout récemment arrêtés à Lubumbashi, pour avoir manifesté leur joie à mon retour; la cessation des procédures arbitraires judiciaires ou autres à l’encontre des leaders de l’opposition comme c’est le cas de Moise Katumbi et Martin Fayulu; la libération des médias publics (RTNC) et l’arrêt du dédoublement des partis politiques.

En tout état de cause, le 20 décembre 2016, son préavis de trois mois ayant expiré, nous dirons tous au revoir à Monsieur Kabila et nous inaugurerons une nouvelle ère, telle que nous le déciderons au cours d’un vrai dialogue politique inclusif sans Kabila».

Rés. PAIX POUR LE CONGO

Strada G. Cavestro n°16

Loc. Vicomero

43056 Torrile (PR) – Italie

tel-fax: 0521/314263

E-mail: info@paceperilcongo.it

Web: http://paceperilcongo.it/fr

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